Transformation alimentaire: de tout pour tous

Publié le 22/04/2021 à 08:26

Transformation alimentaire: de tout pour tous

Publié le 22/04/2021 à 08:26

Un panier d'épicerie

Presque tous les aliments qu’on retrouve à l’épicerie, à l’exception des fruits et légumes frais ou des poissons et crustacés vivants, sont passés par une usine de transformation alimentaire. (Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Les «aliments transformés» sont souvent dénigrés. On associe les aliments transformés aux mets préparés, surgelés ou aux aliments d’occasion. La réalité est tout autre. Dès qu’un aliment n’est plus dans sa forme originale, il est transformé!

De plus, le nom officiel utilisé pour identifier le secteur de la transformation - ou de la fabrication - des aliments et des boissons n’est pas particulièrement appétissant. Avouons que les termes «fabrication» ou «transformation» s’associent mieux aux secteurs manufacturiers du meuble ou de l’aéronautique que des aliments...

Le terme «aliment transformé» est généralement mal compris. Un aliment transformé est un aliment qui a subi une transformation, de sorte qu’il n’est plus dans sa forme brute ou à l’état frais. Il est important de remettre cette définition en contexte pour réaliser que presque tous les aliments qu’on retrouve à l’épicerie, à l’exception des fruits et légumes frais ou des poissons et crustacés vivants, sont passés par une usine de transformation alimentaire. Les recommandations galvaudées par quelques gourous de la nutrition, vous disant d’éviter les aliments transformés parce qu’ils ne favorisent pas une saine alimentation, sont non fondées.

La laitue mélangée, lavée et placée dans un emballage est passée par une usine de transformation alimentaire. Le tofu biologique est un aliment transformé, même hautement transformé selon certaines définitions. Les mélanges de légumes frais, surgelés, les amandes écaillées, grillées et ensachées, ou encore votre farine de blé entier préférée sont passés par une usine de transformation alimentaire. Le lait, le beurre ou votre fromage favori, quel qu’il soit, sont des aliments transformés.

Toutes les huiles ou les produits de base servant à la cuisson ont subi une première transformation. Par exemple, l’apport nutritionnel d’une pizza «faite maison» est très souvent similaire à celui d’une pizza congelée, surtout si on utilise des ingrédients déjà préparés (pâte, sauce, fromage, charcuterie, etc.). Cuisiner, c’est souvent assembler des aliments dont la majorité est déjà transformée. En résumé, les aliments transformés sont au cœur de notre alimentation de tous les jours, à la base de nos recettes maison. 

Sans vouloir revenir sur l’évolution de l’alimentation dans le temps, j’aime rappeler que l’origine de l’industrie agroalimentaire telle qu’on la connaît aujourd’hui est apparue dès le début de la révolution industrielle. Cette émergence de l’alimentation «industrielle» s'explique notamment par l’urbanisation, par le changement des rythmes de vie (moins de temps disponible pour la préparation des repas), par la forte croissance de la population et par le fait que les femmes accèdent - au XXe siècle - massivement au marché du travail. Cette période a permis une avancée importante des sciences et des technologies de pointe pour assurer la conservation et la salubrité des aliments.

Aujourd’hui, l’industrie alimentaire offre aux consommateurs un ensemble de produits et d’aliments qui ne pourraient leur être facilement accessibles autrement. Pour nous nourrir au quotidien, nous n’avons pas tous un accès direct à un champ de blé pour fabriquer notre farine, à un jardin ou à une serre, ou encore à une ferme. De plus, notre climat limite notre accès à une grande variété de produits frais entre les mois d’octobre et de juin.

Nous n’avons pas tous le temps, la facilité d’approvisionnement, ni les installations qui nous permettraient de transformer nous-mêmes tous nos produits à partir d’aliments frais provenant de notre environnement immédiat. Voilà pourquoi la quasi-totalité des aliments que nous consommons est constituée de produits transformés.

La majorité des aliments préparés et transformés ont des valeurs nutritives équilibrées et représentent des choix adaptés aux modes de vie actuels de la population. En plus des tableaux de valeur nutritionnelle sur les étiquettes des aliments, qui permettent aux consommateurs de mieux évaluer le produit qu’ils achètent, il existe aussi en parallèle des systèmes de classification des aliments (NOVA, IARC-EPIC, Siga…) qui catégorisent les aliments sous de nouveaux termes tels ultra-transformés et surtransformés, utilisés souvent à toutes les sauces et qui ajoutent un peu plus à la confusion. Il faut être prudent et surtout conscient que certains «experts» de la nutrition se servent de leurs tribunes et modulent ces systèmes et termes pour passer leurs propres idéologies, croyances et rhétoriques subjectives pour vous dicter comment vous alimenter.

Bien sûr, il y a des catégories de produits transformés qui outrepassent les critères pour se maintenir en bonne santé. Mais il faut éviter de tout mettre dans le même panier ! La transformation alimentaire permet d'offrir une très grande variété et diversité de produits alimentaires, à l’année, quelles que soient les circonstances. Il y en a pour tous les goûts, pour toutes les diètes, pour toutes les particularités alimentaires et pour combler toutes les demandes.

Les informations pertinentes sont aussi disponibles pour nous permettre de faire des choix éclairés et éviter les excès alimentaires. Si on parle de santé globale, l'alimentation ne règle pas tout puisqu'elle doit être accompagnée de saines habitudes de vie qui comprennent, entre autres, une bonne dose d'activité physique.

Bien qu’elle joue un rôle essentiel dans l’offre des aliments, l'industrie de la transformation des aliments et des boissons reste encore largement méconnue. La dernière année a certainement ouvert une fenêtre sur toute la complexité de la chaîne alimentaire et a permis aux consommateurs de mieux comprendre la résilience du secteur et de lui faire confiance. Effectivement, selon une étude récente du Centre canadien pour l’intégrité des aliments, et malgré l’énorme impact de la COVID-19 sur la vie quotidienne de la population en 2020, la confiance dans le système alimentaire de notre pays est extrêmement élevée: une majorité (87%) convient que la chaîne d’approvisionnement alimentaire du pays maintiendra des aliments frais à la disposition de tous les Canadiens, une proportion qui comprend un quart (24%) qui se disent «tout à fait d’accord».

En conclusion, je vous lance un défi : essayez de planifier votre menu de la semaine en excluant TOUS les aliments transformés. Je vous invite par la suite à me partager vos menus et recettes. Je suis convaincue que cet exercice vous réconciliera avec l’importance, la complexité et la diversité de l’offre des produits alimentaires transformés.

 

À propos de ce blogue

La face cachée de votre assiette est le blogue de Sylvie Cloutier, présidente-directrice générale du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ). Sylvie Cloutier est une incontournable du secteur bioalimentaire au Québec. Au cours des 20 dernières années, Sylvie a participé activement à l’élaboration de plusieurs décisions gouvernementales et réglementaires qui touchent le secteur alimentaire québécois. Reconnue pour son dynamisme et son leadership, elle veille aujourd’hui à la représentation, la promotion et la défense des intérêts de l’industrie de la transformation alimentaire du Québec afin d’appuyer les entreprises dans leur plein potentiel. Sylvie est membre fondatrice d’Aliments et boissons Canada, en plus de siéger sur plusieurs conseils d’administration de l’industrie bioalimentaire, dont ceux d’Aliments du Québec, d’Éco Entreprises Québec, de Financement agricole Canada et du Centre canadien sur l’intégrité des aliments. Sylvie est aussi co-présidente du nouveau Conseil consultatif de la politique alimentaire du Canada. Elle s’implique également auprès du comité de financement de La Tablée des Chefs qui vient en aide aux gens dans le besoin et développe l’éducation culinaire auprès des jeunes. Sylvie est présidente-directrice générale du CTAQ depuis 2010.

Sylvie Cloutier

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