Pas besoin d'être millionnaire pour collectionner

Publié le 19/04/2012 à 09:29, mis à jour le 19/04/2012 à 13:46

Pas besoin d'être millionnaire pour collectionner

Publié le 19/04/2012 à 09:29, mis à jour le 19/04/2012 à 13:46

Femme assise, Gigi Perron, 1993. Huile sur bois. (Collection Paryse Taillefer)

BLOGUE. Je suis allé visiter l’exposition des collectionneurs privés à L’Arsenal. D’abord, foncez découvrir ce lieu génial si ce n’est déjà fait. C’est LE lieu des soirées branchées en ce moment : soirée de l’OSM, des Ballets Jazz notamment. Cette visite m’a permis de rencontrer Paryse Taillefer et de discuter avec cette collectionneuse discrète. Vous connaissez Paryse? Je suis certain que le nom vous dit quelque chose. Oui, c’est un restaurant de burgers et frites dans le Quartier Latin. C’est SON restaurant. Paryse est une passionnée des frites, de la bouffe, mais aussi et peut-être surtout d’art. Elle ne veut d’ailleurs pas qu’on l’appelle collectionneuse, éventuellement collectionneure. Ce n’est pas l’investissement mais vraiment la passion qui est le moteur de sa démarche. Elle n’a pas attendu d’avoir des milliers de dollars dans son compte en banque pour acquérir ses premières œuvres. 

Rencontre avec une collectionneure : Paryse Taillefer.

Pour l’exposition à l’Arsenal et à la Maison de la culture Verdun, c’est la première fois que Paryse laisse ses œuvres sortir de chez elle. Et on sent que si cela lui fait plaisir de partager sa démarche avec le public, elle est aussi émue de replonger dans l’histoire portée par sa collection. « Je ne me suis jamais considérée comme une collectionneure d’œuvres » dit-elle. « C’est le fil de ma vie, c’est ce que j’ai de plus intime, c’est des rencontres, des amitiés, un mode de vie. » Elle a ainsi réuni une centaine de pièces durant les 36 dernières années. La première acquisition remonte à 1976, une petite lithographie d’un artiste ambulant devant le MoMa à New York. Oui, une collection, ça peut débuter aussi simplement ! Paryse fouille, découvre, rencontre des artistes et fréquente les galeries, les encans et des centres d’artistes. En 1980, elle ouvre son restaurant La Paryse sur la rue Ontario à Montréal. « Je me suis donné un outil avec La Paryse. Dès le départ, je savais que 1% des ventes serviraient à soutenir les artistes. C’est ma manière de dire merci. Une collectivité doit entretenir et prendre soin de sa mémoire » 

Un investissement?

« Autour de moi, au début, j’étais la seule à avoir des œuvres. Maintenant, j’en vois beaucoup plus chez mes amis, il y a un changement d’attitude ». Paryse est perplexe et même critique face à l’aspect « consommation » qui accompagne aussi le phénomène. « On mise aujourd’hui beaucoup sur le coté placement des œuvres, comme pour une maison ». Paryse se console en se disant que « ça donne du pain et du beurre aux artistes ». Au dernier encan ESSE, face à ces jeunes collectionneurs prêts à flamber des sommes considérables, Paryse se demandait si l’objectif était de posséder ou simplement le plaisir de l’art. En 2006, elle y a acheté une sculpture pour 1 800 $. Selon un galeriste, cette œuvre vaut aujourd’hui 10 000 $. « J’en ai rien à cirer » répond franchement Paryse ! Pour elle, ce n’est définitivement pas un placement, « c’est un désir de vivre avec l’œuvre, un privilège aussi d’y avoir accès ». 

Une passion accessible pour tous

Chaque année, Paryse se fixe un budget d’acquisition. On ne parle pas de millions de dollars car elle a payé certaines œuvres 50 $ ou 100 $. « Les gens sont intimidés par l’art, par les galeries, ils ont l’impression qu’ils ne comprendront pas, mais il n’y a rien à comprendre. C’est une question de sensation, l’important c’est qu’il y ait une affinité avec l’œuvre ». Paryse la collectionneure conseille donc de prendre son temps, de fréquenter les centres d’artistes, les expositions et de se laisser séduire finalement par l’œuvre. « On n’est pas obligé d’être riche pour faire des acquisitions. Avant tout, il faut regarder le travail artistique, c’est des émotions ». conclue-t-elle. 

Les œuvres qui accompagnent Paryse dans son quotidien ont changé sa vie : « grâce à toutes ces rencontres, je suis une femme différente. Les artistes m’ont amené à des réflexions, des manières de voir et de faire ». Finalement, c’est peut-être le plus bel investissement.

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Sébastien Barangé, Directeur des communications et affaires publiques de CGI. (Twitter @SBarange)

 

Sébastien Barangé est activement engagé auprès de plusieurs organismes à but non lucratif:

membre du comité exécutif d'artsScène Montréal (Business for the arts)

président du conseil d'administration d'Art Souterrain

membre du conseil d'administration de la Fondation Michaëlle Jean

membre du conseil d'administration de la Fondation Tolérance

 

Ancien journaliste à Radio-Canada et collaborateur du Devoir, diplômé en communication de l’Institut d’Études Politiques (Aix-en-Provence, France) et en gestion des arts de HEC Montréal, Sébastien Barangé est curieux de tout ce qui est créatif et invite à penser différemment. Ce blogue est un espace de dialogue autour des liens entre les arts et le monde des affaires.

 

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