La lecture en cadeau

Publié le 13/12/2012 à 11:08

La lecture en cadeau

Publié le 13/12/2012 à 11:08

BLOGUE. Les livres se trouveront cette année encore sur bien des listes de cadeaux de Noël. C’est un beau présent, c’est aussi une façon d’encourager une industrie en profonde mutation depuis l’arrivée des tablettes et des livres électroniques. Cette industrie du livre a d’ailleurs fait l’objet de quelques échanges entre éditorialistes et commentateurs dans les dernières semaines. Ceux qui sont pour et ceux qui sont contre ont échangé leurs avis autour du prix unique du livre, débat relancé par la première ministre Pauline Marois dans son discours inaugural.


Pourquoi imposer un prix unique du livre? Pourquoi ne pas librement laisser les magasins à grande surface vendre à grands coups de rabais les succès de l’heure? Pourquoi ne pas laisser ce secteur évoluer selon les principes de la « destruction créatrice » et tranquillement péricliter pour être remplacé par une autre forme de livres électroniques?


Certains vont jusqu’à dire : pourquoi soutenir, une fois encore, ce milieu culturel québécois qui vit au crochet de la société? Pourquoi imposer ce prix unique du livre qui fera augmenter le prix des ouvrages, freinera l’accès à la littérature?


Tous ces arguments et bien d’autres encore moins fondés ont été avancés.


Non, ce type de réglementation ne fait pas augmenter le prix des livres. L’évolution du prix du livre dans les nombreux pays ayant adopté cette mesure en est la preuve. Non, ce n’est pas la présence des livres dans les grandes surfaces qui favorisera l’accès à la lecture et améliorera l’alphabétisation au Québec. Non, les écrivains du Québec ne sont pas des privilégiés injustement soutenus par les fonds publics. Quelques vedettes littéraires vivent correctement de leur art mais le salaire médian annuel tiré de la création littéraire est de 2 450$, ce qui veut dire que la très grande majorité de nos écrivains exercent en parallèle une autre profession.


Non, et cela il faut le répéter, le livre n’est pas un produit comme un autre. Si demain les librairies disparaissent, comme cela est le cas dans bien des villes américaines, où le prix unique du livre n’existe pas, c’est tout un espace d’introduction et d’accompagnement vers le livre et la lecture qui n’existera plus.


Ce qui m’inquiète vraiment, ce n’est pas que la règle de la libre concurrence soit un peu écornée par une telle réglementation, c’est de voir qu’en 2012, 49% de la population n’est pas capable de lire ou de comprendre ce qui est lu. Pour améliorer le niveau d’alphabétisation, le Québec a besoin d’enseignants, d’un réseau de bibliothèques scolaires enrichi, de bibliothèques publiques accessibles et de librairies avec des libraires professionnels.  


C’est une question éminemment économique. Je l’ai déjà écrit ici, pour rendre notre économie plus productive, il faut chercher la réponse du côté de l’éducation, de l’alphabétisation.


Pour joindre l’acte à la parole, je vous invite à participer à cette formidable initiative qu’est la « Lecture en cadeau ». Faites le don d’un livre neuf pour un enfant et vous déclencherez peut-être quelque chose de magique qui changera sa vie. Et ce sera bon, oui, pour l’économie !


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Sébastien Barangé, Directeur des communications et affaires publiques de CGI. (Twitter @SBarange)


 


Sébastien a été journaliste à Radio-Canada et a collaboré au quotidien Le Devoir, il a par la suite été conseiller de Michaëlle Jean durant son mandat de gouverneure générale du Canada, de 2005 à 2010. Sébastien est reconnu pour son engagement envers la communauté montréalaise et siège au sein de plusieurs conseils d’administration dans les secteurs de l’éducation et de la culture.


président du comité exécutif d'artsScène Montréal (Business for the arts)


membre du conseil d'administration de Ensemble (ex Fondation Tolérance)


 


 

À propos de ce blogue

Sébastien est reconnu pour son engagement envers la communauté montréalaise et siège au sein de plusieurs conseils d’administration dans les secteurs de l’éducation et de la culture.

Sébastien Barangé

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