Lowe's achète Rona: il faut que les garanties soient solides

Publié le 03/02/2016 à 07:22

Lowe's achète Rona: il faut que les garanties soient solides

Publié le 03/02/2016 à 07:22

La nouvelle vient d’être confirmée : après s’être fait dire non en 2012, Lowe’s est revenue à la charge et a finalement réussi à mettre la main sur Rona(Tor., RON). Les deux conseils d’administration se sont entendus, la proposition sera soumise aux actionnaires d’ici la fin mars, mais dans ce contexte, l’acceptation de la transaction ne devient plus qu’une formalité. À moins que… J’y reviens dans un instant.

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On se doutait depuis la semaine dernière que quelque chose se préparait. Ma collègue Dominique Beauchamp avait noté une agitation inhabituelle autour du tire de RONA et avait écrit un texte où elle se demandait si Lowe’s n’était pas en train de revenir à la charge.

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Et comment : à première vue, l’offre est difficile à rejeter. Lowe’s propose 24 $ pour chaque action de RONA en circulation, pour un grand total de 3,2 milliards $. C’est une prime de 104 % par rapport au prix de clôture de mardi (la veille), et de 38 % par rapport à son sommet de 52 dernières semaines (17,36 $). À cet égard, la faiblesse du dollar canadien lui donne un sérieux avantage. Les proies deviennent moins coûteuses…

Lowe’s cherchait depuis longtemps à se donner une véritable plateforme pour affronter son concurrent Home Depot pour le marché de la rénovation au Canada et c’est ce que lui permet l’acquisition de RONA et de toutes ses bannières. Mais tout n’est pas réglé pour autant. Il reste un éléphant dans la pièce : la réaction émotive que va certainement provoquer cette nouvelle.

En 2012, la première tentative avait provoqué une levée de boucliers et le ministre des Finances de l’époque, Raymond Bachand, avait fini par dire non. Lowe’s avait capitulé. Mais cette fois-ci, on ne parle plus d’une proposition, mais bien d’un fait quasi accompli.

Il faut en comprendre que la Caisse de dépôt et placement du Québec a dit oui. Ce n’est pas rien : elle demeure, et de loin, le plus important actionnaire de RONA, dont elle détient 17 % du capital. On doit également présumer que cette fois-ci, le gouvernement du Québec ne bronchera pas. L’annonce n’aurait pas eu lieu si on ne n’était pas assuré de son accord.

Par contre, les partis d’opposition, à commencer par le PQ, vont probablement rugir, comme une bonne partie de l’opinion publique. Après tout, RONA, c’est un pan de l’histoire économique du Québec, une pièce intégrale du Québec inc.

C’est aussi un important siège social, situé à Boucherville, un très gros employeur (24 000 employés), un donneur d’ordres avec un réseau de fournisseurs qui s’étend d’un bout à l’autre du pays, avec une bonne concentration au Québec, un citoyen corporatif engagé dans de multiples causes… et aussi un symbole de l’émergence de l’entrepreneuriat québécois.

Que va-t-il en advenir ? Dans le communiqué émis très tôt mercredi, Lowe’s donne des garanties sur le maintien du siège social, de la haute direction et de l’ensemble des bannières. Pour ce qui est des employés, c’est plus flou : on entend « garder à son service la vaste majorité des employés actuels de RONA ». Faudra voir. Le passé nous a montré que des belles assurances du genre ont fini par s’envoler et qu’on n’en conserve parfois que l’apparence.

On a dû en débattre ferme à la Caisse de dépôt, encore une fois tiraillée, on imagine, entre ses deux mandats, celui de participer au développement économique du Québec, et de veiller à faire fructifier les sommes qu’on lui confie. C’est cette fonction de fiduciaire qui a du peser plus lourd, cette fois-ci, étant donné les montants en jeu et le bénéfice qui en résulte.

Quand même. L’histoire de RONA remonte à 1939, son nom est indissociable du paysage économique québécois et plein d’images nous viennent à l’esprit quand on l’évoque. C'est - c'était ? - une de nos marques les plus connues et les plus prestigieuses. Et même si des entreprises québécoises réussissent elles aussi des acquisitions à l’étranger, cette fois-ci, c’est en est une grosse qui s’apprête à capituler. Tant mieux pour les actionnaires, mais il demeure difficile de s’en réjouir. Ça fait toujours un méchant pincement au cœur.

 

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