En 2010, mettons fin au syndrome du voisin gonflable

Publié le 19/12/2009 à 00:00

En 2010, mettons fin au syndrome du voisin gonflable

Publié le 19/12/2009 à 00:00

Dans son plus récent film (Capitalism : A Love Story), Michael Moore présente une annonce publicitaire diffusée à la télé amériaine en 2007 et qui, à elle seule, symbolise toute la dérive à l'origine de la crise qui a secoué la planète. La première séquence montre un homme sûr de lui qui dit " Je possède une banque ". Deuxième séquence, il ajoute : " Ma banque, c'est ma maison " ! Autrement dit, elle lui sert, ou plutôt lui servait, de guichet automatique. La belle vie ! À crédit, bien sûr...

C'est précisément ce recours excessif à l'endettement qui a provoqué la ruine de millions de ménages américains. En réhypothéquant régulièrement leur résidence pour financer leur train de vie, ils se sont " peinturés dans le coin ". Pareil stratagème fonctionne tant que les prix de l'immobilier grimpent, mais quand ils s'affaissent, le piège se referme.

Aux États-Unis, on estime maintenant que près du quart des hypothèques courantes valent plus cher que la propriété qu'elles ont servi à acheter. Tôt ou tard, le créancier va s'impatienter. Un million de familles américaines ont ainsi dû remettre les clés de leur maison en 2008 et ont été contraintes de trouver un logement de fortune. " La décadence d'une société ", résume Yvan Allaire, président du conseil de l'Institut pour la gouvernance des organisations privées et publiques, dans son livre Black Markets and Business Blues, un ouvrage coécrit avec Mihaela Firsirotu.

Ici ? Pour différentes raisons, tant économiques que culturelles, nous n'avons pas été aussi nombreux à céder à la tentation de jouer au voisin gonflable qui achète et achète pour être aussi bien pourvu que son voisin. Au Canada, contrairement aux États-Unis, les intérêts sur les hypothèques ne sont pas déductibles du revenu au moment de calculer l'impôt à payer. Là-bas, c'est une incitation à surhypothéquer sa résidence.

De même, les pièges du genre " hypothèques avec intérêt seulement ", où le propriétaire ne rembourse jamais un sou noir sur le capital, ne sont pas permis chez nous. On en compte près de trois millions chez nos voisins du Sud... Notre rapport à l'argent et aux dettes n'est pas le même non plus. Savez-vous combien de cartes de crédit possède un Américain moyen ? Huit ! Presque deux fois plus que les Canadiens.

N'empêche, la pente est savonneuse et il ne faudrait pas grand-chose pour que nous glissions nous aussi... Plus tôt ce mois-ci, le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, sonnait l'alarme. Environ 6 % des ménages canadiens doivent déjà verser 40 % de leurs revenus mensuels - avant impôts - pour servir leur dette, c'est à-dire payer l'ensemble des frais qui y sont rattachés. Dans le lot, on inclut notamment le remboursement de l'hypothèque, des prêts à la consommation et du solde des cartes de crédit.

Ce seuil de 40 % est considéré comme critique. Au-delà, il y a un danger réel de se retrouver en mauvaise posture. Or, les taux d'intérêt sont encore à un niveau historiquement bas. Qu'arrivera-t-il lorsqu'ils commenceront à augmenter ? Dans l'un de ses scénarios, Marc Carney voit le taux directeur de la Banque du Canada à 3,2 % en 2012, et le pourcentage de gens qui ne peuvent plus étirer l'élastique du crédit pourrait alors grimper à 8,5 %, voire au-delà. Cet endettement constitue, selon lui, la principale menace à la santé financière du pays, selon lui.

Voyons la réalité en face : nous vivons trop souvent au-dessus de nos moyens. La surconsommation est devenue courante. Et payez plus tard ! Entre les tenants de la simplicité volontaire et les dépensiers compulsifs, il doit bien y avoir un juste milieu.

On entend souvent dire que la reprise de l'économie dépend en bonne partie du retour des consommateurs, et c'est vrai. Il y a les nécessités de la vie courante, et les petits extras qu'il est naturel de s'offrir quand c'est possible. Mais de là à tomber dans l'illusion du bonheur à crédit... Comme si le mot " budget " était tombé en disgrâce !

L'année 2010 sera cruciale. La planète devrait se relever de ce qui aura été la pire récession depuis 80 ans. Cela dépendra de la capacité des gouvernements de se retirer stratégiquement du front pour commencer à régler leurs factures. Mais les citoyens ne seront pas en reste. Ils devront eux aussi équilibrer leurs finances tout en participant à l'économie, et à cet égard, les sollicitations seront aussi nombreuses. Or, pour réussir ce " nouveau départ ", il nous faudra collectivement réapprendre à calculer pour vivre en fonction de nos moyens. Un passage obligé pour que 2010 puisse être l'année du réconfort.

À propos de ce blogue

Observateur et commentateur privilégié de l’économie québécoise depuis plus de 20 ans, René Vézina fait le point sur un monde en évolution constante. Il jette un regard critique sur les événements et les vulgarise pour faire ressortir les enjeux cachés.

René Vézina

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