Conseil des ministres: Énergiser l’économie

Publié le 21/10/2022 à 10:15

Conseil des ministres: Énergiser l’économie

Publié le 21/10/2022 à 10:15

Pierre Fitzgibbon aura beaucoup de pain sur la planche dans les prochaines années. (Photo: La Presse Canadienne)

BLOGUE INVITÉ. Après trois semaines de tractations en coulisses, François Legault a dévoilé jeudi son nouveau gouvernement. Une équipe légèrement plus nombreuse que sa dernière mouture et toujours en «zone paritaire», avec 14 femmes et 16 hommes.

Avec 90 députés élus, le premier ministre avait l’embarras du choix pour composer son équipe gouvernementale. Peut-être même trop de choix, en fait. Car avec seulement une trentaine de sièges disponibles, seul le tiers de son caucus pouvait aspirer à obtenir une place au prestigieux conseil des ministres.

Gageons que plusieurs de ceux qui attendent leur tour depuis plusieurs années seront déçus d’avoir été exclus de la sélection finale.

Certains députés caquistes ont tout de même été promus, alors que d’anciens ministres n’ont pas été reconduits dans leurs fonctions. C’est notamment le cas de l’ancienne ministre déléguée à l’Économie, Lucie Lecours, l’ex-responsable des Forêts, Pierre Dufour, et l’ancienne titulaire de la Culture, Nathalie Roy, qui s’est vu offrir la présidence de l’Assemblée nationale comme prix de consolation.

De nouveaux venus font également leur entrée dans ce club sélect, véritable Saint des saints de la politique québécoise.

Déjà l’une des figures les plus influentes du premier gouvernement Legault, Pierre Fitzgibbon voit ses pouvoirs renforcés encore davantage, ajoutant à sa charge de ministre de l’Économie et de l’Innovation celle de l’Énergie (notamment responsable d’Hydro-Québec), en plus du Développement économique régional et de la Métropole.

 

Les bons coups

Commençons avec les bons coups: détacher l’Énergie et des Ressources naturelles pour la confier à l’Économie est tout à fait judicieux et logique.

Alors que le gouvernement souhaite approfondir le développement de certaines industries de pointe nécessitant de grandes quantités d’électricité – des secteurs tels que l’hydrogène et la filière batterie –, il est primordial d’arrimer la production d’hydroélectricité avec les besoins énergétiques anticipés des entreprises québécoises pour les décennies à venir.

Le développement économique du Québec, tout comme son positionnement comme leader en matière de technologies vertes, sera inévitablement conditionné dans les prochaines années par la capacité de la province à assurer un approvisionnement suffisant en énergie.

Et tandis que le Québec continue d’exporter massivement son électricité dans le nord-est des États-Unis et que ses surplus énergiques fondent comme neige au soleil, cela passera assurément par la construction de nouvelles installations de production électrique, dont de nouveaux barrages.

La CAQ s’y est engagée durant la dernière campagne électorale, et ce chantier s’annonce déjà titanesque.

Pierre Fitzgibbon aura donc beaucoup de pain sur la planche dans les prochaines années.

Son premier défi sera sans doute de convaincre la haute direction d’Hydro-Québec d’embarquer dans la nouvelle vision du gouvernement. Nombre d’observateurs anticipent des frictions à ce niveau entre la PDG de la société d’État, Sophie Brochu, et le super-ministre Fitzgibbon.

Reste à voir si cette divergence de points de vue se transformera en guerre ouverte dans les prochaines semaines, ou si les deux dirigeants sauront trouver un terrain d’entente pour travailler ensemble.

 

Les moins bons coups

Les moins bons coups, maintenant: considérant sa charge de travail déjà très élevée avec ces deux dossiers majeurs, pourquoi avoir aussi confié à Pierre Fitzgibbon les portefeuilles de la Métropole et du Développement économique régional?

Premièrement, comme député de Terrebonne, le tentaculaire ministre est un élu de la région de Lanaudière et non de Montréal, alors que la ministre Chantal Rouleau, mutée jeudi à la Solidarité sociale et l’Action communautaire, aurait très bien pu poursuivre en parallèle son travail comme ministre responsable de la Métropole.

Deuxièmement, certains verront une certaine contradiction entre le rôle de «ministre de Montréal» et celui de ministre responsable du développement économique des régions. Quelles régions, entre la Métropole et le reste du Québec, cette nouvelle dynamique avantagera-t-elle?

Conjuguer les deux dossiers pourrait s’avérer plus complexe qu’il n’en a l’air à première vue…

Mais au-delà de ces considérations, n’est-ce pas tout simplement trop de pouvoir et de chapeaux à assumer en même temps pour un seul homme?

L’Économie et l’Énergie étant déjà deux dossiers prioritaires pour ce second mandat, la Métropole et le Développement économique régional ne risquent-ils pas de se retrouver à passer au second plan dans l’agenda politique du puissant ministre?

 

De nouveaux visages et quelques surprises

Pierre Fitzgibbon pourra tout de même compter sur l’appui d’un nouveau ministre délégué à l’Économie pour l’aider à remplir son très large mandat.

Christopher Skeete, député de Sainte-Rose depuis 2018, occupait jusqu’à tout récemment les fonctions d’adjoint parlementaire du premier ministre responsable des relations avec les Québécois d’expression anglaise.

C’est lui qui a eu la tâche – souvent difficile – de défendre auprès de la communauté anglophone les décisions du gouvernement Legault, notamment dans les dossiers de la langue et de la laïcité de l’État.

Il hérite également des portefeuilles de la lutte au racisme et de la région de Laval. Une promotion autant méritée qu’inattendue pour ce fidèle soldat de François Legault qui œuvre au sein de la CAQ depuis la création du parti, il y a dix ans.

La cérémonie de jeudi a donné lieu à d’autres surprises : l’ex-journaliste Pascale Déry à l’Enseignement supérieur – une entrée par la grande porte pour celle qui amorce son tout premier mandat comme députée de Repentigny –, et France-Élaine Duranceau qui prend la tête d’un nouveau ministère de l’Habitation désormais autonome des Affaires municipales.

Gageons toutefois que le passé de Mme Duranceau, comme courtière immobilière et vice-présidente d’un géant international du domaine du développement immobilier, en fera sourciller plus d’un, alors qu’elle aura la lourde responsabilité de s’attaquer à la crise du logement qui affecte plusieurs villes et régions de la province.

 

Écrire l’histoire

Finalement, mentionnons la nomination historique de Kateri Champagne-Jourdain. Elle est devenue cette semaine non seulement la toute première femme autochtone (de la nation innue) à être assermentée députée de l’Assemblée nationale, mais aussi la toute première autochtone à accéder au conseil des ministres.

Une avancée importante et hautement symbolique pour les Premières Nations et les Innus du Québec.

Parce que la réconciliation passe aussi par une meilleure représentation de celles et ceux qui, trop longtemps, ont été tenus à l’écart de nos institutions publiques et des hauts lieux de pouvoir.

 

À propos de ce blogue

Cumulant plus de 15 années d'expérience dans les domaines des médias, des relations publiques et de la politique fédérale, provinciale et municipale, Raphaël Melançon est consultant en affaires publiques et président-fondateur de Trafalgar Stratégies. Diplômé de l’Université de Montréal en communication et science politique et titulaire d’un MBA de HEC Montréal, il analyse à travers ce blogue les décisions politiques qui ont des impacts sur le monde des affaires québécois et canadien.

Raphaël Melançon

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