Retour à la case départ

Publié le 21/09/2021 à 09:14

Retour à la case départ

Publié le 21/09/2021 à 09:14

Justin Trudeau

Le premier ministre Justin Trudeau a misé gros avec cette élection. Il s’est finalement retrouvé à changer quatre trente sous pour une piastre. (Photo: Getty Images)

BLOGUE INVITÉ. Pour la 44e fois dans l’histoire du pays, les électeurs canadiens se sont exprimés: ils et elles ont choisi de reconduire le gouvernement libéral de Justin Trudeau. 

En fait, non seulement le Canada se réveille ce matin avec exactement le même gouvernement minoritaire, mais on assiste pratiquement à une reprise du scénario de 2019. 

 

Justin Trudeau perd son pari 

Pour le premier ministre réélu, cette victoire a néanmoins un certain arrière-goût d’échec. 

C’est qu’au moment du déclenchement de ces élections dont personne ne semblait vouloir, sauf Justin Trudeau, le navire libéral était en position de voguer vers une potentielle majorité. À peine cinq semaines plus tard, après être passé près de l’échapper avant de se ressaisir en fin de campagne, le Parti libéral du Canada termine avec autant de votes et à peine plus de sièges qu’il y a deux ans. 

Lundi soir, devant ses partisans, le chef libéral a affirmé que sa formation s’est vu confier un « mandat clair » pour continuer à implanter les changements promis depuis 2015. Or, en matière de clarté, on a déjà vu mieux. C’est plutôt une indication évidente que les Canadiens ne sont pas prêts à donner à Justin Trudeau et à ses troupes un chèque en blanc pour les quatre prochaines années. 

Le premier ministre a misé gros avec cette élection. Il s’est finalement retrouvé à changer quatre trente sous pour une piastre. 

Comme chef de parti, il ressort de cette campagne certainement plus affaibli qu’il ne l’était avant de déclencher lui-même ces élections. 

 

Statu quo pour Blanchet et O’Toole 

Du côté du Bloc québécois, la situation reste pratiquement inchangée par rapport à 2019. Au moment d’écrire ces lignes, avec près de 99% des votes dépouillés, la formation souverainiste s’en tirait avec seulement deux sièges de plus au Québec, pour un total de 34. Un faible gain comparativement aux 40 sièges qu’Yves-François Blanchet disait espérer remporter en tout début de campagne. 

Les meubles ont donc pu être sauvés — là-dessus, les bloquistes doivent assurément une fière chandelle à l’animatrice du débat en anglais, qui leur a permis de redynamiser une campagne qui n’allait jusque-là nulle part — mais la cible n’en est pas moins ratée pour autant. 

Les conservateurs, eux aussi, restent sensiblement au neutre avec un score très proche de celui de 2019 au niveau des appuis exprimés. Les quelques gains réalisés dans les provinces de l’Atlantique, en début de soirée, n’ont pas suffi à compenser une performance quelque peu décevante dans le reste du pays, notamment en Ontario où Erin O’Toole n’est pas parvenu à percer autant qu’il l’aurait souhaité. 

Lundi soir, le chef conservateur a conclu son discours de concession en déclarant qu’il sera prêt à faire face aux libéraux lors des prochaines élections. On n’a clairement pas ici affaire à un dirigeant qui a l’intention de démissionner à court terme. 

L’aile plus à droite du Parti conservateur, lui reprochant une opération de recentrage qui n’a finalement pas porté fruit autant qu’espéré, sera peut-être tentée d’essayer de le déloger dans les prochains jours, mais ce serait une grave erreur stratégique. 

Dans les faits, Erin O’Toole est parvenu à maintenir, voire renforcer dans certaines régions les appuis de son parti par rapport à 2019. Au Québec, il est même allé chercher près de 3% de plus. S’il a perdu certaines luttes serrées, notamment en Ontario, c’est principalement en raison de la division du vote de la droite avec la présence du PPC de Maxime Bernier. 

Avec la possibilité que le Canada se retrouve à nouveau plongé en campagne électorale d’ici 18 à 24 mois, les conservateurs auront besoin d’un chef fort et bien en selle pour affronter les libéraux. S’il reste en place, Erin O’Toole aura alors l’avantage d’être déjà connu des électeurs, ce qu’il n’était pas lors du déclenchement des élections en août dernier. 

 

Un gagnant et une perdante 

De tous les chefs fédéraux, Jagmeet Singh est le seul qui a véritablement amélioré les résultats de son parti, avec près de 2 points de pourcentage de plus en ce qui a trait aux suffrages exprimés à l’échelle nationale. Cette hausse d’appuis pour le NPD ne s’est toutefois pas particulièrement traduite en sièges. 

Encore une fois, les néo-démocrates font les frais de notre système électoral, qui tend à avantager les grands partis au détriment des plus petits. Gageons que Justin Trudeau, qui avait rouvert la porte à une hypothétique réforme électorale en toute fin de campagne, va rapidement oublier ses paroles à ce sujet, lui qui a raflé près de 47% des sièges en jeu avec à peine plus de 32% du vote — environ deux points derrière les conservateurs. En fin de compte, c’est la démocratie qui perd au change. 

La cheffe des Verts Annamie Paul, pour sa part, ressort sans contredit comme la grande perdante de cette élection. En plus d’avoir échoué à se faire élire dans sa circonscription de Toronto-Centre, arrivant loin derrière en 4e place, son parti s’est effondré partout au pays avec trois fois moins de votes qu’en 2019. Et ce, alors que l’enjeu de l’urgence climatique est pourtant sur toutes les lèvres. Il sera sans doute très difficile pour elle de s’accrocher à son poste, alors que son leadership était déjà sévèrement contesté dans ses propres rangs avant l’élection. 

 

Match revanche dans 18 mois? 

Comme dans un jeu de serpents et échelles, cette élection nous aura fait vivre des hauts et des bas, nous tenant en haleine jusqu’au dernier instant pour finalement nous ramener, en fin de parcours… à la case départ. 

Un petit jeu qui nous aura coûté collectivement, au bas mot, plus de 600 millions de dollars. Tout ça pour en arriver là. 

Et alors qu’on sentait bien dans le ton des discours de lundi soir que les chefs fédéraux se tournent déjà vers le prochain affrontement électoral, les Canadiens pourraient bien avoir de nouveau rendez-vous dans l’isoloir d’ici aussi peu que 18 mois.

À propos de ce blogue

Cumulant plus de 15 années d'expérience dans les domaines des médias, des relations publiques et de la politique fédérale, provinciale et municipale, Raphaël Melançon est consultant en affaires publiques et président-fondateur de Trafalgar Stratégies. Diplômé de l’Université de Montréal en communication et science politique et titulaire d’un MBA de HEC Montréal, il analyse à travers ce blogue les décisions politiques qui ont des impacts sur le monde des affaires québécois et canadien.

Raphaël Melançon

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