«Dessine-moi un leader!»: de Socrate au Petit Prince

Publié le 25/10/2021 à 12:00

«Dessine-moi un leader!»: de Socrate au Petit Prince

Publié le 25/10/2021 à 12:00

Et vous, comment dessineriez-vous un leader? (Photo: Eniko Kis pour Unsplash)

BLOGUE INVITÉ. Vous avez certainement reconnu dans le titre une injonction similaire avec celle du Petit Prince du livre d’Antoine de Saint-Exupéry.

Si je vous en parle, c’est que j’ai été amené à réfléchir à ce qui me semble fondamental comme leader alors que l’Institut du Nouveau Monde me confiait le rôle de mentor et coach de la 7e édition de son école de leadership appelé «École d’influence». Cette école réunit de jeunes leaders de la génération Z de tous horizons pour les outiller et les inspirer afin qu’ils soient des acteurs de changements positifs dans la société. Dès lors, je me suis demandé: «Mais par quoi commencer ?». Il m’est apparu alors évident qu’il fallait partir de soi en tant que leader pour aller vers l’autre. Je me suis alors souvenu d’un cours de philosophie qui portait sur la connaissance de soi, et dans ce domaine, le philosophe Socrate en connaissait suffisamment sur le sujet…

 

1. «Connais-toi toi-même.» — Socrate 

Cette maxime de la sagesse grecque antique invite à l’introspection. Se connaître soi-même m’est apparu comme fondamental pour tout leader. En effet, en raison de sa position, un leadership inspire, influence et prend des décisions, seul ou à plusieurs. J’ai toujours pensé que la qualité d’un leader se mesurait en temps de pluie et de tempête et non au courant d’une douce journée ensoleillée, car quand tout va bien, tout le monde est à son meilleur jour. C’est lorsque le bateau se met à tanguer et que l’équipage est en recherche d’instructions claires et persuasives que toutes les qualités d’un leadership s’expriment.

Dès lors, en tant que leader, il me paraît fondamental de bien se connaître pour agir de la meilleure façon possible particulièrement dans les situations critiques. Le premier atelier que j’ai souhaité mettre en place est celui sur la recherche de ses valeurs personnelles. Les participants ont été amenés à effectuer le test de Schwartz leur permettant de découvrir leurs valeurs par ordre d’importance. Fait intéressant: la quasi-totalité des participants retrouvait la valeur «bienveillance» dans leur top 3. Je crois que ce n’est pas innocent à la génération Z, qui a cœur une société plus juste et inclusive et qui se démarque par un activisme plus prononcé portée par le force des réseaux sociaux qu’elle maîtrise.

Le second atelier portait sur la question de la motivation. Il permettait de répondre à la question du «Why  ou «pourquoi on fait ce que l’on fait». Cette question est au cœur, selon moi, de toutes initiatives. Qu’est-ce qui motive intrinsèquement nos actions? Les équipes qui nous supportent et nous accompagnent en tant que leader partagent-elles le même «Why» que nous?

Une référence en la matière est Simon Sinek, conférencier aux millions de vue sur TED Talks et auteur du livre à succès: Start with Why. Sinek nous partage la méthodologie du «cercle d’or» pour répondre à cette question simple en apparence, mais ô combien profonde ! Il explique d’ailleurs que le succès d’Apple réside dans sa capacité à, dès le début, partager la raison d’être de l’entreprise pour créer l’adhésion quasi affective à leurs produits. Afin de poursuivre la réflexion, les participants se sont interrogés sur leur propre «ikigaï» une philosophie de vie japonaise qui consiste à trouver un sens à sa vie, un équilibre, une raison de se lever le matin.  

Littéralement, «iki» signifie «vie» et «gaï» veut dire «qui vaut la peine». L’ikigaï serait la jonction et l’équilibre entre quatre composantes: ce que l’on aime faire, ce pour quoi nous sommes doués, ce dont le monde a besoin et ce pour quoi nous pouvons recevoir une rémunération.

C’est une vie dans laquelle on se sent «complètement aligné avec soi-même et ses valeurs dans tous les domaines».

Un leader qui démontre qu’il est aligné à ses valeurs ne sera que plus inspirant et visionnaire. La notion d’équilibre me semble également fondamentale lorsque l’on parle des qualités d’un leader. Trouver ses propres espaces d’oxygène pour se régénérer afin de se libérer des pressions accumulées est essentiel. Je parle évidemment ici de santé mentale et de l’importance que ces aspirants leaders doivent accorder dans la mise en œuvre de leur leadership.

 

2. «Dessine-moi un… leader!»

Dans l’œuvre de Saint-Exupéry, un jeune prince rencontre un aviateur en déroute et lui demande: «Dessine-moi un mouton!». Cette rencontre marque le début d’échanges et d’apprentissages mutuels entre les deux personnages. En tant que mentor, c’est cette discussion enrichissante que j’ai souhaité instaurer avec cette cohorte de jeunes leaders. Hormis la qualité narrative qui ressort de l’histoire du Petit Prince, c’est principalement la réflexion philosophique qui m’intéresse.

Les défis de notre temps ont modifié les priorités des entreprises. Longtemps le profit a été leur plus importante mesure de performance et de réussite. Aujourd’hui, la conscience aux changements climatiques, à l’importance de la santé physique et mentale et aux inégalités sociales est plus forte. Elle s’impose aux leaders d’entreprises notamment qui sont fortement invités à faire partie de la solution. Pour y parvenir, les leaders devront développer leur empathie afin d’apporter une réponse plus humaniste.

Dans le roman de Saint-Exupéry, j’y vois la traduction d’une philosophie de l’éveil et d’une philosophie de l’action. De l’éveil d’abord, parce qu’à travers son voyage initiatique, le Petit Prince s’ouvre à son environnement en essayant de le comprendre, sans jugement, et avec ouverture d’esprit. De l’action ensuite puisque le personnage principal est constamment en mouvement: l’inertie, c’est l’absence de vie. La capacité à prendre des mesures pour challenger le statu quo et faire bouger les choses me semble capitale pour tout leader. Le Petit Prince retire également de ses aventures l’importance de cultiver sa richesse intérieure, son altruisme et d’assumer son humanité. 

Dans le monde des affaires, savoir qui l’on est, d’où l’on vient, où l’on va et comment, ainsi que les raisons de nos actions devrait représenter les axes de réflexions qui orientent continuellement notre leadership. Et vous, comment dessineriez-vous un leader?

À propos de ce blogue

Radouan Torkmani est vice-président de la Fondation de l’Ordre des Ingénieurs du Québec. Il a également été nommé Commissaire de l’Office de Consultation Publique de Montréal par le Conseil municipal de la Ville de Montréal. Formé en ingénierie et en architecture, il œuvre comme chef d’équipe et gestionnaire de projets de conception des nouvelles écoles Montréalaises. Radouan est ambassadeur du « Groupe des 30 », une initiative rassemblant des leaders de différents horizons qui siègent au sein de conseils d’administration pour encourager une gouvernance représentative de la diversité Montréalaise. Il intervient également à titre de conférencier à l’Institut du Nouveau Monde dans le cadre notamment de son École d’influence. Radouan a été finaliste du Grands Prix de la Relève d'Affaires du Regroupement des Jeunes Chambres de Commerce du Québec et a reçu le Prix Desjardins du Réseau Jeunes Entrepreneurs de la Jeune Chambre de Commerce de Montréal en 2019.

Radouan Torkmani

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