Rachat d'entreprise: les employés à la rescousse du manque de relève?

Publié le 06/12/2022 à 13:46

Rachat d'entreprise: les employés à la rescousse du manque de relève?

Publié le 06/12/2022 à 13:46

Un sondage Léger commandé par le RJCCQ en 2021 démontrait que 24% des 18-35 ans ont un intérêt pour l’intrapreneuriat. (Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Le rachat d’une entreprise par des employés en place (management buy-out, en anglais), est une option séduisante à plusieurs égards. Comme notre économie fait face à divers enjeux, cette option répond donc à plusieurs d’entre eux.

La poussée inflationniste des salaires causée par un déséquilibre entre l’offre et la demande de main-d'œuvre crée de nombreux problèmes.

Premièrement, la guerre des salaires favorise le maintien à l’emploi des professionnels. La prise de risque pour se lancer en affaires est moins attrayante avec des salaires d’entrée sur le marché de l'emploi, qui sont de plus en plus élevés.

Deuxièmement, la perspective de réussir à embaucher du personnel pour faire grandir sa jeune pousse devient beaucoup plus difficile. Car des salaires plus élevés ont un impact sur les finances d’une jeune entreprise.

Sachant que les intentions de se lancer en affaires ont fortement baissé dans les 18 derniers mois, on aurait un moyen de «recréer» des entrepreneurs en ajoutant des nouveaux propriétaires d’entreprise à la population active.

 

Attraction, rétention et pénurie de main-d’œuvre

Alors que l’indice de remplacement de la main-d'œuvre laisse entendre que la pénurie va s’aggraver jusqu’en 2030, la lutte pour attirer et retenir des talents va s’intensifier.

Et quoi de mieux pour fidéliser des employés que d’en faire des associés?

Un sondage Léger commandé par le RJCCQ en 2021 démontrait que 24% des 18-35 ans ont un intérêt pour l’intrapreneuriat.

Cela démontre qu’il existe des profils de futurs entrepreneurs au sein d'entreprises existantes.

C’est une occasion à saisir.

Si hier, les jeunes employés qui «ont les dents longues» effrayaient les propriétaires d'entreprises, ils sont aujourd'hui potentiellement leur porte de sortie.

L’avenir de la rétention est peut-être là.

On a vu cela par exemple avec des entreprises qui offrent une participation aux bénéfices et les nouvelles tendances nées du contexte de la rareté de la main-d'œuvre.

Donc, pourquoi pas l’accès à l’actionnariat?

 

Changer notre culture d’entreprise

Il faudra toutefois surmonter un enjeu de taille : le fait que les propriétaires vieillissants d’entreprise refusent de dire publiquement qu’ils veulent passer le flambeau.

Cette pratique est malheureusement ancrée dans notre culture d’entreprise, au point que certaines sociétés sont sur le point de mettre la clé dans la porte. Pas moins de 2000 pourraient disparaître dans les 12 prochains mois, selon le Centre de transfert d’entreprise du Québec.

De la même manière, les jeunes entrepreneurs désireux de reprendre ont moins accès à l’information et aux entreprises qu'ils pourraient reprendre.

Tout le monde y perd.

 

Assurer une continuité

La solution est attrayante aussi bien à l'interne qu’à l’externe.

En effet, avec des employés qui connaissent bien les nouveaux propriétaires, on s’évite possiblement des enjeux d’intégration. Pour ce qui est des clients de l’entreprise, ceux-ci seront probablement aussi rassurés de savoir que l’équipe en place assure la suite des choses.

La transition avec le cédant se ferait de manière plus harmonieuse et tout le monde y gagnerait à court, moyen et long terme.

L’autre enjeu est le fait qu’un propriétaire – sur le point de cesser ses activités ou de céder la propriété – va avoir tendance à prendre moins de risque et à investir moins.

On perd donc aussi une occasion de garder nos entreprises en bon état pour affronter la concurrence internationale. Tout comme on perd une occasion de les inciter à poursuivre leurs investissements en innovation et à assurer sa transition technologique.

Or, la pandémie de COVID-19 a prouvé le besoin d’adapter nos modèles d’affaires.

Il est aussi évident que les jeunes entrepreneurs sont un moteur important de l’innovation. Cette vision renouvelée viendrait complémenter des modèles d’affaires qui ne peuvent se permettre de rester figés dans le temps.

Le rachat d’une entreprise permet ainsi de s’attaquer à de nombreux défis et représente une avenue non négligeable pour pérenniser notre économie.

À tous les propriétaires d'entreprises souhaitant passer le flambeau, osez parler du transfert de votre entreprise à vos employés.

Nous en avons grandement besoin!

 

À propos de ce blogue

Passionné d’économie et de philosophie politique, Pierre Graff évolue depuis 10 ans dans le monde des affaires. Il se questionne sur les enjeux politico-économiques au Québec et au Canada, et plus particulièrement ce qui affecte les jeunes gens d’affaires et les générations à venir. Il est actuellement PDG du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec (RJCCQ).

Pierre Graff

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