Le Québec doit se doter d’une culture entrepreneuriale plus forte

Publié le 03/07/2023 à 09:00

Le Québec doit se doter d’une culture entrepreneuriale plus forte

Publié le 03/07/2023 à 09:00

"Quand quelqu’un s’enrichit, c’est toute la société qui s’enrichit. Car on crée plus d’emplois, on paye davantage d’impôts et on consomme plus." (Photo: 123RF)

EXPERT INVITÉ. Baisse des intentions de se lancer en affaires, manque de relève pour les reprises, taux de survie des jeunes entreprises inquiétant… Il est temps de se poser une question cruciale: notre culture entrepreneuriale et notre culture repreneuriale sont-elles mauvaises?

C’est difficile d’être entrepreneur. Des longues journées, des nuits sans sommeil et bien de la pression. Ça vous donne le goût de vous lancer en affaires? Tant mieux ! Sinon, au moins, en lisant cela, vous saurez à quoi vous attendre.

Pourtant, cette vision claire est bien un enjeu de société aujourd’hui. En « glamourisant » l’entrepreneuriat, on a créé une tendance qui mène des personnes à penser, bien candidement, qu’elles peuvent faire fortune facilement.

Or, on devrait avoir une vision plus réaliste des efforts titanesques que cela demande : de la pression stratégique et de la pression financière, sans parler de la pression psychologique.

Même lorsqu’on travaille fort pour arriver à récolter des millions de dollars en financement, le chemin est encore long.

Si vous pensez à votre sortie avant même d’avoir pensé à votre démarrage et votre croissance, vous allez faire avoir une méchante surprise.

Je vous le garantis.

 

Différencier l’entrepreneuriat innovant et de repreneuriat

Par ailleurs, je pense aussi qu’on doit distinguer l’entrepreneuriat innovant et le repreneuriat.

Si vous lancez une start-up, vous créez nécessairement un nouveau segment de marché.

Bref, vous inventez quelque chose. Vous transformez une industrie, un bien ou service. Ou vous répondez à un fort déséquilibre entre l’offre et la demande d’un bien ou d’un service.

Si vous n’êtes pas dans cette catégorie, vous pouvez reprendre. Cela ne vous empêchera pas d’innover. J’en ai abondamment parlé.

Enfin, que ce soient les coachs et les consultants à leur compte qui s’autoproclament entrepreneurs ou encore le mirage du « flexipreneuriat », il faut distinguer et utiliser les bons termes.

On a déjà une base solide avec ces éléments.

 

Créer des entrepreneurs

Le Québec a en partie oublié de créer des entrepreneurs.

Tout notre écosystème de démarrage aujourd’hui se concentre sur les entrepreneurs existants. Et ceux-ci ne sont pas si nombreux si on regarde leur proportion parmi toutes les personnes qui composent la population active.

Je pense qu’on peut en faire beaucoup plus pour allumer la flamme entrepreneuriale tôt à l’école.

À cet égard, des initiatives remarquables comme le Défi OSEntreprendre ou encore l’ACEE jouent un rôle fondamental au sein de nos écoles secondaires et de nos cégeps.

Un atelier obligatoire afin de présenter ce portrait plus juste que nous dressons pourrait être le bienvenu.

Cette sensibilisation doit se poursuivre en faisant la promotion de nos entrepreneurs au sein d’autres structures. Les jeunes chambres de commerce font souvent rayonner des jeunes entrepreneurs et elles créent aussi des vocations chez les jeunes professionnels qui les y côtoient.

Enfin, grâce à une culture de l’intrapreneuriat, le milieu de l’entreprise pourrait aussi permettre à de jeunes professionnels – et de moins jeunes professionnels aussi! – de se rendre compte de leur potentiel et de passer un jour à l’action.

 

Valoriser le capital de risque et l’innovation ouverte

Il y a de plus en plus de fonds de capital de risque, et c’est globalement une bonne chose. Ils sont essentiels pour aider les jeunes pousses à passer à travers de la fameuse « vallée de la mort », où les sources de financement se tarissent.

Les différents paliers de gouvernement et les grandes entreprises ont aussi un rôle à jouer, car la culture de l’innovation ouverte nous fait défaut contrairement à ce qui se passe aux États-Unis.

Un cas connu est Space X. L’entrepreneur Elon Musk, avant d’obtenir 100 millions de dollars américains auprès du gouvernement américain, a reconnu qu’il était à une semaine de faire faillite.

On connaît la suite.

Grâce à ce montant, il a révolutionné le transport spatial, lui permettant de rembourser le prêt avec intérêts avant son échéance.

Les grandes entreprises américaines investissent très tôt et de manière très risquée dans de jeunes pousses.

Ces start-ups peuvent ainsi les aider à développer une nouvelle division en échange d'un important contrat. Elles bénéficient aussi du financement pour leur recherche et développement de produits, et ce, sans perte de propriété intellectuelle.

Il s'agit avant tout d'une question de proportion.

En effet, le nombre de très grandes entreprises au sud de la frontière est plus important qu'au Canada.

Avec des liquidités de loin supérieures, elles peuvent ainsi se permettre de prendre plus de risques. Il faudrait donc aider nos grandes entreprises à mitiger le risque. En créant un incitatif fiscal pour celles-ci, on pourrait très probablement accélérer cette pratique.

 

Nés pour un gros pain

On dit souvent que le Québec est né pour un petit pain. Ce n'est pas faux, mais cela doit changer.

Quand quelqu’un s’enrichit, c’est toute la société qui s’enrichit. Car on crée plus d’emplois, on paye davantage d’impôts et on consomme plus.

Il faut célébrer les réussites de nos entrepreneurs.

En tout temps.

Plusieurs entrepreneurs n’ont toutefois pas cette chance. Il ne faut pas l'oublier. Le nombre d'entreprises qui passent le cap des 10 ans en affaires est d’ailleurs dérisoire.

Il faut donc aussi qu’on accepte collectivement l’échec. Les Anglo-saxons parlent de FAIL (First Attempt in Learning). C’est assurément une manière constructive de voir les choses et de bâtir dans l’adversité.

Enfin, il faut dénoncer les comportements – par exemple, des parachutes dorés pour des dirigeants accompagnés de licenciements massifs de travailleurs – qui portent atteinte aux efforts de l’immense majorité des entrepreneurs et des patrons lorsqu’ils surviennent, tout en rappelant qu’ils sont très marginaux.

Commençons par là.

On verra pour la suite.

 

À propos de ce blogue

Passionné d’économie et de philosophie politique, Pierre Graff évolue depuis 10 ans dans le monde des affaires. Il se questionne sur les enjeux politico-économiques au Québec et au Canada, et plus particulièrement ce qui affecte les jeunes gens d’affaires et les générations à venir. Il est actuellement PDG du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec (RJCCQ).

Pierre Graff

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