Difficile d'entreprendre quand on rejette le succès

Publié le 01/02/2023 à 11:00

Difficile d'entreprendre quand on rejette le succès

Publié le 01/02/2023 à 11:00

Comment peut-on espérer réussir collectivement à innover et à nous enrichir sans valoriser le succès de ceux et celles qui osent? (Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Le Québec est en retard. La part des entrepreneurs dans la population active est inférieure à celle dans les autres provinces. Pis encore, un article de Les Affaires rappelle que seulement 55% des entrepreneurs québécois survivent après cinq ans en affaires. Notre culture entrepreneuriale est en partie responsable de cette situation.

Nous n’avons pas besoin d’aller bien loin pour constater que le succès en affaires n’a pas toujours bonne presse au Québec. Vous voulez un exemple récent? La rémunération du PDG de Couche-Tard, Brian P. Hannasch, qui a suscité une levée de boucliers!

Pourtant, il s’agit d’une fière entreprise québécoise, avec un chiffre d'affaires dépassant les 60 milliards de dollars canadiens, et qui emploie plus de 130 000 personnes.

Rien que ça !

Et certaines personnes semblent penser qu’un salaire de 12 millions de dollars est déconnecté de la réalité, alors qu’un dirigeant américain fera sûrement dix fois ce montant…

 

Humanisons le succès

Je pense que cela est intimement lié à notre culture entrepreneuriale. Dès qu’il est question de succès et, spécifiquement, de son pendant financier, l’humain derrière l’entrepreneur prend le bord.

On ne voit plus la personne qui a conçu la stratégie qui permet de créer de la richesse et des emplois.

Tout comme on ne voit plus la personne qui a investi toutes ses économies, ou encore la personne qui souffre psychologiquement, en silence, en raison de la pression qui l’écrase au quotidien.

On a l’impression que l’on voit uniquement la personne qui en profite pour s’enrichir sur le dos des autres.

Je suis étonné par le manque de sagesse populaire à l’égard de nos créateurs de richesse.

Comment peut-on espérer réussir collectivement à innover et à nous enrichir sans valoriser le succès de ceux et celles qui osent?

Sans récompenser ceux et celles qui osent?

Nous gagnerions à humaniser nos entrepreneurs.

 

Pour un portrait plus réaliste de l’entrepreneuriat

Rappelons que près de 98% des entreprises au Québec sont de petites et moyennes entreprises. De plus, elles ont des chiffres d’affaires très modestes et, surtout, des salaires versés aux dirigeants qui le sont encore plus.

La rémunération de certains grands gestionnaires et fondateurs d'entreprises ne reflète donc pas leur réalité, qui est bien loin des paillettes et des jets privés.

Je pense donc qu’il faut «déglamouriser» l’entrepreneuriat!

Il existe aussi bien de fausses perceptions à propos des entrepreneurs.

La téléréalité y a certainement contribué, en montrant des jeunes entrepreneurs échanger des millions de dollars pour une part de leur compagnie face des investisseurs privés.

Or, seule une poignée d’entrepreneurs arrivent à se rendre jusqu’à ce niveau.

L’idée, bien qu’excellente, manque de pédagogie sur ce que les entrepreneurs vivent avant de se rendre jusqu’à ce stade.

Une meilleure pédagogie amènerait deux bénéfices.

 

Jalousie, éducation et responsabilisation

D’une part, le commun des mortels pourrait devenir un brin plus empathique envers leur « patron » et les entrepreneurs en général. D’autre part, nos futurs entrepreneurs sauraient qu’ils s’engagent dans une avenue hautement risquée et difficile.

Je ne me lancerai pas dans le fameux débat sur le fait de savoir si on naît entrepreneur ou si on le devient.

Toutefois, apprendre à respecter le travail et le succès d’autrui devrait être partie intégrante de notre éducation.

Voici trois pistes de réflexion à ce sujet.

 

  • Premièrement, chacun a le pouvoir de choisir la voie qu’il désire. C’est une chance incroyable de notre société développée et démocratique. C’est pourquoi on ne devrait pas assister à des scènes où certains dénigrent la réussite des autres.
  • Deuxièmement, on pourrait aussi mettre l'accent sur tous les entrepreneurs qui innovent, notamment ceux qui ont repris et non créé une entreprise. Car on ne le dira jamais assez : les repreneurs sont des entrepreneurs à part entière.
  • Troisièmement, je propose d'éduquer et de responsabiliser les jeunes face à leurs choix. On aurait éventuellement moins de jalousie mal placée et, surtout, davantage de reconnaissance pour nos créateurs de richesse.

 

Je rêve que le Québec de demain valorise l’entrepreneuriat et le repreneuriat.

Que l’on ne blâme pas et que l’on ne rit pas de l’échec, mais qu’on le respecte.

Que l’on comprenne les sacrifices et les risques liés au fait d’être en affaires, ou encore la pression financière stratégique et psychologique qui y est associée.

Ce serait déjà un bon début.

À propos de ce blogue

Passionné d’économie et de philosophie politique, Pierre Graff évolue depuis 10 ans dans le monde des affaires. Il se questionne sur les enjeux politico-économiques au Québec et au Canada, et plus particulièrement ce qui affecte les jeunes gens d’affaires et les générations à venir. Il est actuellement PDG du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec (RJCCQ).

Pierre Graff

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