La valeur des réputations

Publié le 11/02/2022 à 12:00

La valeur des réputations

Publié le 11/02/2022 à 12:00

L’une des entreprises dont la réputation est particulièrement difficile à analyser, c’est le Club de hockey Canadien. (Photo: 123RF)

Découvrez le premier billet de Pierre Gince, nouveau blogueur invité de «Les Affaires». Deux fois par mois, ne manquez pas ce rendez-vous dans lequel le président fondateur de la firme d’analyse et d’évaluation du contenu des médias traditionnels et sociaux, Mesure Média, décortique différents enjeux de communication et de réputation.

BLOGUE INVITÉ. Quel est le dénominateur commun entre Desjardins, Anne Casabonne, une PME, le Club de hockey Canadien et… vous-même?

La réponse est plus évidente qu’elle n’y parait: chacune de ces entités possède plusieurs réputations à soigner et à préserver. Oui, plusieurs.

Il existe de nombreuses définitions. En me basant en partie sur celle de la plateforme française e-marketing.fr, voici la définition que je privilégie:

«La réputation d'une entreprise, d'une marque, d'une organisation ou d'une personne résulte de ses attitudes, de ses comportements et de sa communication. Elle est la somme de tout ce qui est projeté de positif, négatif ou neutre.»

En guise de première chronique, voici un tour d’horizon qui vise à cerner l’importance des réputations et leur valeur, tant chez les individus que pour les entreprises.

 

Des biens intangibles d’une immense valeur

L’importance à accorder aux réputations n’est pas nouvelle. Warren Buffett a souvent dit ceci: «Il faut 20 ans pour bâtir une réputation et 5 minutes pour la détruire. Si vous y pensez bien, vous ferez les choses différemment.»

Cinq minutes pour détruire une réputation? C’est même devenu un long délai depuis l’essor des médias sociaux…

En 2012, le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) s'est penché sur le sujet dans un rapport Bourgogne intitulé «La réputation de votre entreprise: est-ce votre actif le plus stratégique en danger ?»  Cinq facteurs de risque y sont identifiés:

  •  l’émergence des médias sociaux;
  •  la complexité des activités commerciales;
  •  les attentes de la société envers les entreprises;
  •  l’augmentation des crises à la suite d’événements intentionnels;
  •  le cynisme de la population à l’égard des entreprises.

Dix ans plus tard, alors que ce qu’il est convenu d’appeler «le tribunal de l’opinion publique» a pris beaucoup d’importance, cette liste doit être actualisée avec des notions devenues incontournables en gestion de réputation:

  • la préparation envers les risques de divers types de crises potentielles (organisationnelles, techniques, environnementales, mœurs);
  • l’acceptabilité sociale;
  • les facteurs ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance);
  • les déficits de réputation découlant d’une couverture médiatique négative.

 

DIRIGER UNE ORGANISATION SANS SE CONCENTRER SUR SES RÉPUTATIONS DANS LES TABLEAUX DE BORD, C’EST SE DIRIGER TOUT DROIT DANS LE MUR… 

Plusieurs réputations, vraiment? 

Oui.

Chaque individu possède, dans sa vie privée, plusieurs réputations liées à l’amour, la famille, l’amitié, le travail, l’art et le sport, etc. qui – comme les facettes d’un ballon de soccer – sont interreliées.

Lorsqu’une personne assume une fonction dans la vie publique, cette facette prend alors une importance considérable qui – comme dans les montagnes russes – peut monter et descendre! C’est ce que l’on appelle les gains et les déficits de réputation.

Prenons l’exemple de la comédienne Anne Casabonne. Talentueuse, celle qui est connue pour disparaitre et se fondre dans ses personnages pourrait bien ne plus revenir au petit et grand écran. Pourquoi?

Parce que ses propos concernant la vaccination pourraient éloigner les donneurs de contrats de son métier, sans oublier sa candidature auprès d’Éric Duhaime… Parallèlement – et malheureusement – elle est devenue toxique pour les marques. Déjà, la chaîne de pharmacies Accès Pharma a coupé tout lien avec cette «chum de fille» avec laquelle elle a été associée durant plusieurs années.

Il n’est toutefois pas toujours aussi facile de déterminer de quelle manière évolue le capital de sympathie qu’attire une personne ou même une organisation.

L’une des entreprises dont la réputation est particulièrement difficile à analyser, c’est le Club de hockey Canadien qui, 365 jours par année, fait l’objet de nouvelles, de rumeurs et d’opinions de toutes sortes dans les médias traditionnels et sociaux. Résultat: plusieurs dizaines de milliers de retombées de presse, soit des articles ou des reportages, sont diffusées dans les quotidiens et les tablettes, à la radio et à la télévision, et sur les blogues crédibles à son sujet!

Afin de mieux comprendre l’image qu’elle projette, il faudrait tout d’abord faire le tri parmi cette faramineuse quantité d’information et ne retenir que les enjeux les plus pertinents ou qui affectent le plus la marque. C’est un travail que toute organisation devrait d’ailleurs faire, soit dit en passant. Ici, le principe de Pareto s’applique bien souvent: seuls 20% des enjeux génèrent 80% du déficit de réputation.

Aujourd’hui, j’estime que pas moins de 18 éléments qui circulent dans l’actualité nourrissent positivement celle du Canadien de Montréal, comme l’arrivée de Kent Hugues, le repêchage 2022 qui pourrait avoir lieu ailleurs que dans la métropole ou encore le retour incertain de Carey Price.

Ces différents enjeux touchent quatre piliers sur lesquels repose sa réputation :

  • l’équipe sur glace
  • l’équipe hors glace (l’entreprise privée)
  • l’employeur des joueurs et du personnel administratif
  • le citoyen corporatif (les cliniques de sang, les patinoires bleu blanc rouge, etc.)

 

L’importance de segmenter et de mesurer les réputations

Toutes les PME et les plus grandes entreprises, les sociétés d’État, les OSBL, les associations patronales et syndicales et les personnalités publiques ont intérêt à soigner leurs réputations – imbriquées, complémentaires, et parfois différentes – auprès de leurs différents publics, et mesurer leur impact auprès de différents publics clés.

Une question, en terminant : est-ce que la réputation n’est que liée aux médias?

Bien sûr que non. J’y reviendrai dans un prochain blogue.

À propos de ce blogue

Pierre Gince a créé la firme de relations publiques Direction Communications stratégiques en 1994, puis la firme d’analyse et d’évaluation des médias Mesure Média en 2015 après avoir fait de l’analyse de presse dès 1996. Professionnel des communications depuis 1976, il a une vision entrepreneuriale qui met l’accent sur le professionnalisme, l’éthique et l’engagement. De son parcours professionnel, on retiendra qu’il a été journaliste en presse parlée et écrite (1976 à 1984), conseiller d’un ministre du gouvernement du Québec (1984 à 1985), conseiller au sein de trois cabinets de relations publiques (1986 à 1994) et chargé de cours et conférencier invité au Québec et à l’étranger depuis 2001. Agréé en relations publiques (ARP) depuis 1995, il est l’un des membres fondateurs de l’Alliance des cabinets de relations publiques du Québec (ACRPQ), dont il a assumé la présidence entre 2013 et 2016.Récipiendaire du Prix Or, Campagne globale, des Prix Excellence de la Société québécoise des professionnels en relations publiques (SQPRP) en 2009, il a été président de l’édition 2011. Puis, de 2013 à 2021, responsable du volet stratégique de ce concours. En 2016, la SQPRP lui a remis le prestigieux Prix Yves-St-Amand afin de récompenser la façon dont il s’est distingué au cours de sa carrière, à la fois par ses activités professionnelles, son engagement, le partage de ses connaissances et l’avancement de la profession auquel il a contribué. Depuis 2010, il publie régulièrement des textes sur différentes problématiques de la communication dans Infopresse, Grenier Magazine et Mesure Média. Régulièrement, il commente dans les médias, l’actualité du point de vue de la réputation (notamment à Radio-Canada et au 98,5 FM). Co-auteur (avec Marie Grégoire) des livres «Robert Bourassa et nous» et «René Lévesque et nous», et co-auteur (avec Monique Giroux) de «Félix Leclerc et nous».

Pierre Gince

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