Russie: que faut-il savoir?

Publié le 19/12/2014 à 16:46

Russie: que faut-il savoir?

Publié le 19/12/2014 à 16:46

En septembre dernier, nous regardions la situation en Russie d'un œil perplexe dans Russie: aubaine ou attrape? Bien que l'évolution précise de la situation était difficile à prévoir, il reste que les préoccupations soulevées dans le billet en question se sont matérialisées, en plus d'être amplifiées par une baisse des prix du pétrole surprenante qui n'a fait que mettre de l'huile sur le feu. La tempête ainsi provoquée est en grande partie responsable de la volatilité observée sur l'ensemble des marchés mondiaux depuis quelques temps et, dans ce contexte, la compréhension des facteurs qui influenceront la suite des choses revêt passablement d'importance pour tous les investisseurs.

L'état de la situation en Russie n'augure rien de bon: le prix du baril de pétrole est en chute libre, le rouble semble être en train de tomber dans un puits sans fond, les taux d'intérêt sont en forte hausse, l'économie se dirige tout droit vers une récession et les sanctions occidentales continuent à faire leur œuvre.

Dans ce contexte, la perception des marchés quant à la capacité des émetteurs russes de continuer à rencontrer leurs obligations s'est détériorée de façon importante. Ainsi, même la dette souveraine en a pris pour son rhume alors que sa cote de crédit implicite selon les Credit Default Swaps (CDS) se situe à B+, l'équivalent de la République du Congo, comparativement à une cote officielle bien meilleure se situant entre BBB- et BBB. Malgré la probabilité relativement faible de voir la Russie faire défaut sur sa dette souveraine compte tenu de ses importantes réserves en devises étrangères (évaluées à 416 milliards de dollars US en décembre 2014) et de son historique en la matière, le statut de la dette corporative est davantage en question. Des paiements sur dette étrangère de 170 milliards de dollars US doivent être faits par les émetteurs corporatifs russes d'ici à Juin 2016 selon la Banque centrale de Russie et, tout dépendant de l'usage qui sera fait des réserves monétaires pour maintenir le système à flot, la ponction pourrait être importante.

En ce qui concerne le marché boursier, la prime de risque est montée en flèche en même temps que les prix du pétrole ont baissé et que l'impact des sanctions occidentales se matérialisait. Bien que la faiblesse du rouble soit positive pour les producteurs de matières premières qui vendent en dollars US, la baisse des prix de ces mêmes matières premières vient effacer l'essentiel du bénéfice ainsi gagné. Par ailleurs, pour les entreprises qui ont des obligations en devises étrangères, la baisse du rouble est d'autant plus dommageable.

À court terme, une stabilisation ou une remontée du rouble est le baume qui contribuerait le plus à calmer les marchés quant aux risques accrus associés aux actifs russes. Par contre, si les efforts de la banque centrale et du gouvernement pour stabiliser le rouble sont vains, la crainte de voir des mesures drastiques être imposées (période minimum de détention d'actifs, restrictions sur les conversions de devises, impôt sur la vente d'actifs, moratoire sur la dette, etc.) pourrait gravement endommager les perspectives pour les actifs russes. Au-delà du contrôle de dommages à court terme, le retour à la normale en Russie passera nécessairement par la remontée des prix du pétrole et la levée des sanctions occidentales. D'ici-là, toute tentative d'avancée se fera contre un vent de face sibérien.

L'investisseur avisé

L'investisseur avisé voudra bien comprendre la composante 'marchés émergents' de son portefeuille de placement et s'assurer que son gestionnaire possède les ressources et la capacité d'aller au-delà des traditionnels BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) lorsqu'il le juge pertinent. La situation actuelle en Russie illustre bien la variété de risques associés à cette classe d'actif, risques qui demandent une analyse d'autant plus poussée. C'est dans les marchés moins efficients tels les marchés émergents qu'une gestion active pratiquée par un gestionnaire aguerri peut porter le plus de fruits.

Questions à poser

Avant de prendre une décision, renseignez-vous auprès d'un professionnel qualifié:

- Quelle proportion de mon portefeuille est/devrait être exposée aux marchés émergents et à la Russie plus spécifiquement?

- Est-ce que mon gestionnaire est un spécialiste dans le domaine et gère-t-il mon portefeuille activement?

- Quelle latitude mon gestionnaire a-t-il pour adapter mon portefeuille aux opportunités ou aux risques du moment?

À propos de ce blogue

Au fil des ans, Pierre a conseillé un large éventail d'investisseurs privés et institutionnels, y compris des familles fortunées, des fondations et des fonds de pension sur la saine gestion de leurs actifs. Au-delà de sa connaissance approfondie des marchés financiers, des stratégies d'investissement et de la construction de portefeuille, il a développé une expertise plus particulière en matière de conseil aux investisseurs sur l'utilisation de stratégies de placement non traditionnelles et d'investissements internationaux. Le mandat de ce blogue est donc d'aiguiller les lecteurs dans l'exploration de pistes paraissant inhospitalières à première vue, mais pouvant mener à des expériences très gratifiantes lorsqu'on sait s'y orienter. Pierre est titulaire d'un MBA, porte les titres de Chartered Financial Analyst (CFA) et Chartered Alternative Investment Analyst (CAIA), et est également Fellow de l'Institut canadien des valeurs mobilières et de l'Institut des banquiers canadiens. Il travaille pour UBS (Canada) à titre de gestionnaire privé senior.

Pierre Czyzowicz

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