Le franc suisse désancré

Publié le 17/01/2015 à 07:17

Le franc suisse désancré

Publié le 17/01/2015 à 07:17

(Photo: Bloomberg)

À la surprise générale le 15 janvier, la Banque nationale suisse a décidé de mettre fin à son programme de cours plancher face à l'euro et d'abaisser son taux directeur à -0.75%. Résultat immédiat: une baisse de près de 9% du principal indice boursier suisse (SMI) et une hausse du franc suisse tournant autour des 15% face à la majorité des principales devises à travers le monde.


Les conséquences d'une telle décision sont nombreuses pour les entreprises et les investisseurs. Au même titre, les ramifications au cœur-même de l'économie suisse seront assurément importantes quoique difficiles à évaluer tant que les cours observés ne se seront pas stabilisés quelque peu.


Dans l'annonce de la fin du programme en place depuis le 6 septembre 2011, la Banque nationale suisse a justifié sa décision en affirmant que «L’introduction du cours plancher a eu lieu dans une période d’extrême surévaluation du franc et de très forte incertitude sur les marchés financiers. Cette mesure exceptionnelle et temporaire a préservé l’économie suisse de graves dommages. Le franc demeure certes à un niveau élevé, mais depuis l’introduction du cours plancher, sa surévaluation s’est dans l’ensemble atténuée. L’économie a pu profiter de cette phase pour s’adapter à la nouvelle situation… Dans ce contexte, la Banque nationale est parvenue à la conclusion qu’il n’est plus justifié de maintenir le cours plancher.»


Le marché domestique en suisse n'étant que limité, le marché boursier suisse est parmi les plus sensibles aux fluctuations des taux de change. En effet, selon les estimations d'UBS, seulement 12% des profits des entreprises suisses sont réalisés localement tandis que 88% proviennent des marchés extérieurs. De manière générale, une hausse de la devise locale affectera les résultats des entreprises de deux façons:


- Effet de traduction – les profits réalisés en devises étrangères apparaîtront comme étant plus faibles une fois traduits en devise locale;


- Effet de transaction – la disparité entre la devise associée aux coûts (plus forte) et celles associées aux revenus (plus faibles) vient éroder les marges bénéficiaires.


À l'heure actuelle, considérant la magnitude de la hausse observée sur le franc suisse, l'impact combiné des deux effets attendus viendrait effacer l'entièreté de la hausse de profits anticipée pour les entreprises suisses en 2015 préalablement projetée entre 10% et 12% selon UBS. De la même façon, les attentes quant à l'inflation sont en retrait tout comme les projections de croissance du PIB suisse.


Afin de contrer ces effets négatifs, la Banque nationale suisse a simultanément abaissé son taux directeur de façon dramatique le faisant passer à -0.75%. De tels taux sont une première et il demeure difficile de juger de leur efficacité et de leurs impacts collatéraux tant qu'ils n'auront pas été observés sur une certaine période de temps. La décision est audacieuse et les yeux de nombreuses banques centrales à travers le monde seront rivés sur la Suisse dans le but d'en apprendre le plus possible de cette expérience inédite. 


L'investisseur avisé


L'investisseur avisé ayant une exposition au marché suisse devra réviser sa stratégie afin de bien refléter les nouvelles données disponibles. Lorsqu'un virage fondamental de cette envergure se produit, de la même façon que lorsque le cours plancher avait été initialement mis en place, il est important de bien comprendre l'impact qu'il aura sur les entreprises affectées et leurs résultats. Dans le même ordre d'idée, la décision de couvrir l'exposition à la devise suisse doit maintenant être basée sur une toute nouvelle dynamique.


Questions à poser


Avant de prendre une décision, renseignez-vous auprès d'un professionnel qualifié:


- Quelle est mon exposition au marché européen; suis-je exposé au marché suisse?


- Mon exposition aux fluctuations du franc suisse est-elle couverte ou non?


- Quelle latitude mon gestionnaire a-t-il pour adapter mon portefeuille aux opportunités ou aux risques du moment?


 

À propos de ce blogue

Au fil des ans, Pierre a conseillé un large éventail d'investisseurs privés et institutionnels, y compris des familles fortunées, des fondations et des fonds de pension sur la saine gestion de leurs actifs. Au-delà de sa connaissance approfondie des marchés financiers, des stratégies d'investissement et de la construction de portefeuille, il a développé une expertise plus particulière en matière de conseil aux investisseurs sur l'utilisation de stratégies de placement non traditionnelles et d'investissements internationaux. Le mandat de ce blogue est donc d'aiguiller les lecteurs dans l'exploration de pistes paraissant inhospitalières à première vue, mais pouvant mener à des expériences très gratifiantes lorsqu'on sait s'y orienter. Pierre est titulaire d'un MBA, porte les titres de Chartered Financial Analyst (CFA) et Chartered Alternative Investment Analyst (CAIA), et est également Fellow de l'Institut canadien des valeurs mobilières et de l'Institut des banquiers canadiens. Il travaille pour UBS (Canada) à titre de gestionnaire privé senior.

Pierre Czyzowicz

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