Baisse des marchés, faut-il vendre ou acheter?

Publié le 17/10/2014 à 17:23

Baisse des marchés, faut-il vendre ou acheter?

Publié le 17/10/2014 à 17:23

Photo: Shutterstock

Une correction de quelque 10%, surtout dans un laps de temps relativement court, porte généralement les investisseurs à se demander s'il est temps de vendre ou d'acheter. Avant de prendre une décision, il est primordial de bien comprendre les éléments qui ont précipité la baisse et de les traduire en facteurs fondamentaux qui peuvent influencer les résultats financiers. Ce sont ces derniers que le marché finit toujours tôt ou tard par refléter.

Le dernier mois s'est avéré passablement volatile alors que l'indice de volatilité VIX est passé de 12 à plus de 30, atteignant un niveau qu'on n'avait plus vu depuis la crise européenne de 2011. Sur la même période, les principaux indices boursiers mondiaux se sont tous repliés: S&P 500 -8%; S&P TSX -10%; MSCI Europe -12%; MSCI Marchés émergents -7%.

Il semble qu'une série d'éléments, certains nouveaux, d'autres moins, ont pris le devant de la scène pour provoquer la correction dont nous sommes témoins:

- Croissance anémique en Europe: la meilleure manière de stimuler l'économie européenne afin de lui insuffler un peu d'oxygène ne semble pas claire. L'absence de consensus mène certains à transposer leurs craintes récessionnistes en craintes déflationnistes.

- Risques liés à l'Ebola: s'il fallait que le virus, pour lequel il n'existe ni remède ni vaccin, se répande à l'extérieur de son foyer initial, les restrictions qui risquent d'être imposées afin de le contenir pourraient avoir un effet sur la croissance économique mondiale. Au-delà du drame humain, la difficulté à prévoir la trajectoire que prendra l'épidémie amène un niveau d'incertitude important quant à son impact financier et économique.

- Incertitude autour du début du resserrement de la politique monétaire américaine: bien que le consensus quant à la première hausse de taux aux États-Unis se situe autour de la mi-2015, la fin de la troisième vague d'assouplissement quantitatif annoncée pour cet automne et l'incertitude quant à l'impact des hausses de taux éventuelles continuent à polariser le marché.

- Ralentissement prévu de plusieurs pays émergents et incertitude liée aux risques géopolitiques: sans être nouveaux, ils contribuent à la grisaille de la toile de fond lorsque les marchés sont d'humeur pessimiste.

Bien que ces préoccupations soient légitimes, la robustesse de la reprise américaine qui a été la principale locomotive menant les marchés boursiers jusqu'à leurs sommets du mois de septembre semble intacte pour l'instant. Les indicateurs économiques précurseurs demeurent favorables, les banques continuent à assouplir leurs standards d'octroi de crédit, les nouvelles demandes d'assurance-chômage ont atteint un creux de 14 ans, l'optimisme des PME américaines augmente et l'indice ISM purchasing managers demeure à des niveaux suggérant une croissance robuste.

Par ailleurs, ces indicateurs économiques positifs semblent bel et bien se traduire par des résultats financiers solides. Malgré que la saison d'annonces des résultats soit encore jeune, 70% des entreprises ayant rapporté à date ont battu les prévisions au niveau des ventes tandis que 66% les ont battues au niveau des profits. Non seulement ces pourcentages sont-ils supérieurs à la moyenne historique, mais les perspectives prennent elles aussi un ton généralement positif jusqu'à présent.

Le récent repli a eu pour effet de réduire le ratio cours/bénéfice des composantes de l'indice S&P 500 à 14.5X comparativement à une moyenne historique de 15X depuis 1960. Cet escompte, jumelé à la baisse additionnelle des taux obligataires, rend le marché des actions d'autant plus intéressant par rapport aux titres à revenu fixe. Bien qu'on ne puisse être certain que les risques qui préoccupent les marchés à l'heure actuelle n'auront pas d'impacts réels éventuellement, les données semblent pour l'instant suggérer le contraire.

L'investisseur avisé

L'investisseur avisé voudra profiter des périodes de volatilité accrue pour confirmer sa tolérance risque. Les questionnaires portant sur le profil de risque des investisseurs sont de bons indicateurs, mais il n'y a rien comme d'avoir les deux pieds dedans. Un portefeuille dont le niveau de risque est bien calibré évitera aux investisseurs de prendre des décisions douloureuses et coûteuses au pire moment. Il leur permettra également d'agir de façon réfléchie pour tirer profit des périodes de baisse plutôt que de se retrouver paralysés.

Questions à poser

Avant de prendre une décision, renseignez-vous auprès d'un professionnel qualifié:

- Quel est le profil de risque de mon portefeuille? Est-il en ligne avec mon profil d'investisseur et celui-ci est-il à jour?

- Comment puis-je profiter des périodes de repli sans changer le profil de risque général de mon portefeuille?

- Comment mon portefeuille se comporterait-il si la situation se détériorait davantage ou lors d'un scénario catastrophe?

À propos de ce blogue

Au fil des ans, Pierre a conseillé un large éventail d'investisseurs privés et institutionnels, y compris des familles fortunées, des fondations et des fonds de pension sur la saine gestion de leurs actifs. Au-delà de sa connaissance approfondie des marchés financiers, des stratégies d'investissement et de la construction de portefeuille, il a développé une expertise plus particulière en matière de conseil aux investisseurs sur l'utilisation de stratégies de placement non traditionnelles et d'investissements internationaux. Le mandat de ce blogue est donc d'aiguiller les lecteurs dans l'exploration de pistes paraissant inhospitalières à première vue, mais pouvant mener à des expériences très gratifiantes lorsqu'on sait s'y orienter. Pierre est titulaire d'un MBA, porte les titres de Chartered Financial Analyst (CFA) et Chartered Alternative Investment Analyst (CAIA), et est également Fellow de l'Institut canadien des valeurs mobilières et de l'Institut des banquiers canadiens. Il travaille pour UBS (Canada) à titre de gestionnaire privé senior.

Pierre Czyzowicz

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