À qui profite la baisse du pétrole?

Publié le 12/12/2014 à 16:30, mis à jour le 14/12/2014 à 13:04

À qui profite la baisse du pétrole?

Publié le 12/12/2014 à 16:30, mis à jour le 14/12/2014 à 13:04

Photo: Shutterstock

BLOGUE. «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.» Cette citation du chimiste français Antoine Lavoisier s'applique particulièrement bien au domaine de l'investissement lorsqu'on tente de déterminer l'impact de la baisse importante des prix du pétrole sur l'économie et les résultats des entreprises. L'objectif: trouver les secteurs qui ont le plus de chances de voir leurs revenus et leurs profits bénéficier des dollars libérés par un pétrole plus abordable.

Du point de vue des États-Unis, autant l'économie que les marchés boursiers devraient en principe profiter de prix du pétrole en baisse pour deux raisons principales:

- Les États-Unis demeurent un importateur net de pétrole. À ce titre, la décroissance des investissements des entreprises du secteur énergétique causée par la baisse des prix du pétrole devrait être plus que compensée par l'effet stimulant de cette même baisse sur la consommation des ménages. Selon les estimations d'UBS, du fait que l'investissement des entreprises représente seulement 12% du PIB américain alors que la consommation des ménages compte pour près de 70% de ce dernier, chaque baisse de 10$US du prix du baril de pétrole contribue à hausser le PIB américain de 0,3% sur une année.

- La baisse des prix du pétrole contribuera à limiter l'inflation ce qui devrait donner davantage de flexibilité à la Réserve fédérale quant à sa politique monétaire qu'elle pourra garder accommodante plus longtemps si les conditions le justifient.

Sans que l'effet se traduise nécessairement par une valeur boursière en hausse, voici quelques secteurs qui devraient être favorisés par l'environnement qui se dessine:

- Produits de consommation: probablement le secteur qui bénéficiera le plus d'un environnement de prix du pétrole dépréciés, plus particulièrement les produits s'adressant aux consommateurs à revenu faible ou modéré. Les coûts d'énergie représentent une part très importante du budget de ces ménages et les dollars libérés sont habituellement réalloués rapidement à d'autres postes budgétaires.

- Transport: le transport aérien et le transport par camion devraient être les sous-secteurs qui verront l'impact le plus positif sur leurs résultats. En fait, l'impact sera double puisque leurs coûts d'énergie devraient sensiblement diminuer tandis que la demande pour leurs services devrait croître proportionnellement à la hausse de la consommation discrétionnaire.

- Tourisme et hôtels: autant les voyages d'affaires que les voyages personnels sont généralement en hausse lorsque des dollars autrement alloués aux coûts en énergie sont libérés et deviennent disponibles pour des dépenses discrétionnaires.

Dans l'ensemble, bien que la baisse des prix du pétrole ne crée pas de nouvelle richesse en tant que tel, la possibilité de réallouer les fonds économisés devrait apporter une contribution positive à la croissance de la plupart des économies développées. Le Canada fait un peu bande à part en raison du poids important que représente le secteur énergétique dans son économie et sur ses marchés boursiers, mais une diversification internationale bien coordonnée évitera aux investisseurs canadiens d'être trop incommodés.

L'investisseur avisé

L'investisseur avisé réalisera que le marché du pétrole et les entreprises y opérant devront faire face à une volatilité accrue d'ici à ce que les prix se stabilisent et se normalisent à un niveau qui reflètera le nouveau comportement de l'OPEP. L'investisseur canadien ayant naturellement une surpondération importante dans le secteur énergétique (21.6% de l'indice S&P/TSX contre 7.9% pour l'indice MSCI Monde au 28 novembre), il pourra se protéger par l'entremise d'une diversification internationale dans les secteurs qui profiteront le plus d'un environnement de prix du pétrole en baisse. Une telle approche devrait contribuer à équilibrer les risques quelque peu.

Questions à poser

Avant de prendre une décision, renseignez-vous auprès d'un professionnel qualifié:

- Quelle est la pondération de mon portefeuille attribuée au secteur énergétique; est-elle active ou passive?

- Quelle est la portion de mon portefeuille qui est investie à l'extérieur du Canada?

- Comment ces répartitions sont-elles ajustées aux conditions du marché; ai-je la possibilité de profiter d'occasions ponctuelles?

À propos de ce blogue

Au fil des ans, Pierre a conseillé un large éventail d'investisseurs privés et institutionnels, y compris des familles fortunées, des fondations et des fonds de pension sur la saine gestion de leurs actifs. Au-delà de sa connaissance approfondie des marchés financiers, des stratégies d'investissement et de la construction de portefeuille, il a développé une expertise plus particulière en matière de conseil aux investisseurs sur l'utilisation de stratégies de placement non traditionnelles et d'investissements internationaux. Le mandat de ce blogue est donc d'aiguiller les lecteurs dans l'exploration de pistes paraissant inhospitalières à première vue, mais pouvant mener à des expériences très gratifiantes lorsqu'on sait s'y orienter. Pierre est titulaire d'un MBA, porte les titres de Chartered Financial Analyst (CFA) et Chartered Alternative Investment Analyst (CAIA), et est également Fellow de l'Institut canadien des valeurs mobilières et de l'Institut des banquiers canadiens. Il travaille pour UBS (Canada) à titre de gestionnaire privé senior.

Pierre Czyzowicz

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