La baisse du PIB par habitant ne doit pas inquiéter, mais...

Publié le 25/03/2024 à 09:50

La baisse du PIB par habitant ne doit pas inquiéter, mais...

Publié le 25/03/2024 à 09:50

Loin de s’améliorer, la productivité du Canada est même en stagnation depuis 2017. (Photo: 123RF)

EXPERT INVITÉ. Depuis plusieurs mois déjà, le Canada fait face à une baisse marquée de son PIB par habitant. La situation est toutefois loin d’être surprenante et il n’y pas lieu pour autant de s’en inquiéter, du moins pas à court terme. 

Le PIB par habitant, qui se calcule en divisant le PIB d’un pays par sa population totale, est une mesure souvent utilisée pour évaluer le niveau de vie de ses habitants. Il sert du même coup à comparer notre prospérité avec celle d’autres pays. 

Depuis 2020, soit au début de la pandémie, le PIB par habitant a diminué de 1,3% par année au Canada, comparativement à une augmentation moyenne annuelle à plus long terme de 1,0% entre 2010 et 2019 ou encore de 1,2% entre 1981 et 2019. 

Or, en 2023, le Canada a vu son PIB par habitant diminuer encore plus fortement, soit de 2,1% en termes réels. La croissance démographique exceptionnelle enregistrée au cours de la dernière année, qui a vu la population canadienne franchir le cap des 40 millions de personnes, n’est pas étrangère à la situation. Le Canada, rappelons-le, a en effet accueilli un important afflux d’immigrants qui a amené le pays à connaître une croissance démographique de 3,2% en 2023, soit sa plus forte augmentation jamais atteinte depuis l’apogée du baby-boom en 1957. 

Cette forte poussée de la population a évidemment pesé très lourdement sur le PIB par habitant et ainsi exacerbé son déclin. D’autant que cette mesure du niveau de vie est presque toujours en territoire négatif lorsqu’une récession ou un ralentissement frappe l’économie du pays. La faible croissance de 1,1% du PIB canadien en 2023, jumelée à cette imposante augmentation de la population, a donc eu un effet majeur sur la mesure du PIB par habitant.

 

Le rôle des entreprises

Il faut donc s’attendre à ce que le PIB par habitant se redresse au fur et à mesure que les nouveaux immigrants s’intègrent dans l’économie, que l’activité économique reprend elle-même son élan des beaux jours et que la croissance démographique ralentisse son rythme effréné.

Toutefois, à plus long terme, la prospérité du Canada est confrontée à des défis. Les données révèlent en effet que la croissance du PIB par habitant est principalement alimentée par la hausse de la productivité. Au cours des quelque 40 dernières années, soit de 1981 à 2019, 92,5% de la croissance du PIB par habitant a en effet été attribuable à la croissance de la productivité horaire du travail. 

 

Or, comme on le sait, le Canada fait moins bonne figure que bien d’autres pays de l’OCDE en la matière. Loin de s’améliorer, la productivité du Canada est même en stagnation depuis 2017. Cette mauvaise performance est principalement attribuable à la faiblesse des investissements des entreprises qui, ces dix dernières années, ont trop peu injecté d’argent en technologies ou autres équipements et processus afin d’améliorer leur productivité. L’excuse des taux d’intérêt élevés et du ralentissement économique, souvent invoquée au cours de la dernière année pour expliquer la situation, ne tient donc pas la route. 

Si la dernière baisse du PIB par habitant ne constitue pas un motif de panique, nous ne devons pas pour autant négliger la nécessité d’accroître la productivité. Les entreprises ont donc un rôle crucial à jouer dans la prospérité future des Canadiens. Mais il semble que les inciter à investir davantage reste encore un défi de taille.

 

 

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À propos de ce blogue

Pierre Cléroux est vice-président à la recherche et économiste en chef de la Banque de développement du Canada.

Pierre Cléroux

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