Y a-t-il des parallèles entre les «Nifty Fifty» et aujourd'hui?

Publié le 31/05/2019 à 16:26

Y a-t-il des parallèles entre les «Nifty Fifty» et aujourd'hui?

Publié le 31/05/2019 à 16:26

Le logo d'Amazon.

(Photo: Getty)

BLOGUE INVITÉ. L’expression Nifty Fifty a été inventée pour décrire la période boursière des années 1960 jusqu’au début des années 1970. Cette période de marché haussier avait été propulsée par une cinquantaine de titres vedettes (blue chips) américains, des entreprises de croissance qui, à l’époque, ne semblaient pas pouvoir mal faire.

On disait alors que ces quelque 50 titres boursiers, parmi lesquels on comptait 3M, McDonald’s, Xerox, GE et Eastman Kodak, étaient des titres pour lesquels on n’avait qu’une décision à prendre («one-decision stocks»): les acheter et les conserver à long terme! Ces entreprises étaient alors considérées comme très solides et les investisseurs croyaient que leur croissance future était pratiquement une certitude.

Un tel consensus général est très dangereux pour l’investisseur car il mène souvent à des évaluations complètement détachées de la réalité économique. Pendant la période des Nifty Fifty, plusieurs de ces titres obtenaient des ratios d’évaluation de 50 fois les bénéfices ou plus. 

La plupart de ces titres ont fortement corrigé dans le marché baissier de 1973-1974, notamment en raison de la crise du pétrole et d’une reprise de l’inflation. Au début des années 1980, la plupart des titres du Nifty Fifty avaient fait moins bien que les marchés boursiers et obtenaient des ratios d’évaluation très bas.

Cette période me fait penser à la bulle techno de la fin des années 1990. On disait alors qu’Internet était la voie du futur et que les entreprises du secteur allaient profiter d’une véritable révolution technologique et connaître une période de croissance sans pareille. Puisque de nombreuses sociétés technologiques de l’époque ne faisaient pas d’argent (ce n’était pas important; seule comptait la croissance du nombre de visiteurs sur un site!), on avait développé de nouvelles façons d’évaluer leurs titres. J’ai vu notamment des analystes qui évaluaient des titres sur la base de leurs dépenses annuelles en recherche et développement (R-D)!

On sait comment cet épisode s’est terminé… L’indice Nasdaq, largement constitué de titres technologiques et le baromètre du secteur, a atteint un sommet en 2000 et a fortement corrigé par la suite. Après la correction de la bulle techno, il a mis 15 ans à retrouver ce sommet. Celui qui aurait acheté l’indice Nasdaq à son sommet de 2000 et qui l’aurait conservé durant 19 dernières années aurait obtenu un rendement de 2,1% (sans les dividendes).

L’histoire boursière nous a démontré à maintes reprises qu’il est dangereux de ne pas se poser de questions, de suivre le sentiment général, sans se soucier outre mesure des évaluations. John Templeton, célèbre investisseur et fondateur des fonds portant son nom, a dit: «Les quatre mots les plus dispendieux de la langue anglaise sont: «Cette fois, c’est différent».

Si on examine les marchés actuels, y a-t-il des titres ou des secteurs où les investisseurs semblent penser que, «cette fois, c’est différent»? Où les évaluations semblent détachées de la réalité économique?

Peut-être... Plusieurs titres de grands «blue chips» américains, de sociétés de grande qualité, s’échangent selon moi à des ratios d’évaluation qui laissent peu de place à l’erreur, surtout lorsqu’on considère le fait que leur taille actuelle limite leur potentiel de croissance future. Voici quelques exemples, peut-être anecdotiques, mais qui font tout de même faire réfléchir:

 

  Valeur boursière (G$) Ratio cours-bénéfice prévu au prochain exercice
Costco (CTST) 106,2 30,3
Amazon (AMZN) 896,6 66,8
Netflix (NFLX) 152,4 101,9
Mastercard (MA) 257,8 33,1


Je ne veux pas insinuer que le marché boursier est nécessairement trop cher. Pour chaque titre mentionné précédemment, je pourrais vous en nommer plusieurs qui se négocient à des ratios d’évaluation raisonnables. En ce sens, nous sommes probablement encore très loin de la période des Nifty Fifty.

Même si on investit dans la plus belle société au monde, l’évaluation doit toujours être prise en compte par l’investisseur. Les «one-decision stocks» n’existent pas. Et plus on paye cher, plus le risque de baisse est prononcé et moins le rendement futur est attrayant.

Par ailleurs, veuillez prendre note que je compte réduire à un par mois ma fréquence de blogues pour l'été. N'hésitez pas à me faire part de vos commentaires, suggestions ou questions. Bon été et merci de me lire!

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

Président exécutif du conseil et chef des placements, COTE 100 

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