Une erreur stupide et coûteuse

Publié le 29/03/2024 à 08:39

Une erreur stupide et coûteuse

Publié le 29/03/2024 à 08:39

Les investisseurs boursiers commettent deux types d’erreurs: les erreurs de commission et les erreurs d’omission.

EXPERT INVITÉ. Les investisseurs boursiers commettent deux types d’erreurs: les erreurs de commission et les erreurs d’omission.

La première catégorie, les erreurs de commission, est celle qui nous vient généralement à l’esprit: ce sont les erreurs que nous avons commises dans le passé, les titres que nous avons acquis ou vendus par erreur. Je suis certain que, comme moi, vous avez commis de telles erreurs. Vous possédez probablement dans votre portefeuille des titres qui vous remettent ces erreurs sur le nez.

La deuxième catégorie, les erreurs d’omission, est plus nébuleuse; elle regroupe toutes les décisions que nous aurions dû prendre, mais que nous n’avons pas prises. Ce sont surtout les titres que nous avons vu passer, que nous avons regardés, analysés et décidé de ne pas acheter pour les voir s’apprécier fortement par la suite.

Les erreurs d’omission sont celles qui nous font dire «J’aurais donc dû acheter ce titre».

Les erreurs d’omission sont celles qui ne paraissent pas sur notre tableau de chasse. Elles passent tout simplement inaperçues – personne ne viendra vous blâmer de ne pas avoir acheté d’actions d’Amazon en 2005… même si vous aviez analysé le titre de près à l’époque et décidé de ne pas l’acheter! La seule personne qui vous blâmera peut-être est vous-même.

Pour ma part, une des erreurs coûteuses que j’ai commises dans la gestion de nos portefeuilles sous gestion concerne le titre de Chipotle («CMG»). La plupart d’entre vous connaissez probablement cette chaîne de restaurants de type «fast-casual» qui connaît beaucoup de succès aux États-Unis depuis de nombreuses années. Dans ce cas précis, je trouve que mon erreur a été encore pire qu’une simple erreur d’omission – elle regroupe ni plus ni moins à la fois des erreurs de commission et d’omission!

Je m’explique.

À la fin de 2015, des maladies liées à la bactérie E. coli se sont déclarées chez des clients de plusieurs restaurants Chipotle. Ces incidents ont fait chuter son titre, mais ont également eu un impact très négatif sur ses résultats financiers en 2016 et 2017. Or, à la fin de 2017, nous avons été alertés par la baisse sensible du titre, qui valait alors moins de 300 $ par rapport à son sommet de plus de 700 $ avant les incidents d’E. coli. Nous avons alors examiné la société de près et l’avons acheté en novembre 2017 et en février 2018 dans un de nos fonds à un prix moyen inférieur à 280 $ l’action.

J’ai écrit un chapitre sur cet épisode et le détail de notre analyse du titre dans mon livre, Avantage Bourse.

Il faut croire que notre analyse était valide et presciente. Quelques mois plus tard, le titre de Chipotle avait rebondi à plus de 450 $. C’est pourquoi nous avons donc pris la décision de vendre nos actions (à un prix moyen de plus de 466 $), pour un rendement très attrayant de près de 68% en un peu plus de six mois.

Bravo? Je m’en mords toujours les doigts.

C’est au financier Bernard Baruch qu’on attribuerait le dicton qui veut que «Personne n’a jamais perdu d’argent en prenant des profits». Notre expérience avec le titre de Chipotle nous prouve que ce dicton est particulièrement coûteux.

En effet, combien vaut le titre de Chipotle aujourd’hui, un peu moins de six après la vente du reste de nos actions? Environ 2900 $!

Si nous avions conservé nos actions, nous aurions multiplié notre mise initiale par plus de 10! Il s’agit d’un rendement de plus de 940%, ou d’un rendement annuel composé d’environ 34%. Avec le recul, le rendement de 68% que nous avons réalisé me paraît bien médiocre.

Je considère que cette décision de vendre nos actions de Chipotle a été une de mes pires erreurs de commission. Le raisonnement qui nous avait incités à acheter le titre était excellent: nous avons profité d’une crise (E. coli) que nous considérions temporaire pour acheter le titre d’une société de qualité, dont nous comprenions bien le modèle d’affaires, à un prix attrayant.

En revanche, la décision de prendre des profits rapides a été stupide et coûteuse.

Quelle a été notre erreur d’omission? Après avoir commis l’erreur de vendre le titre de Chipotle, nous aurions très bien pu la réparer dans les mois qui ont suivi en le rachetant, quitte à le payer plus cher.

Cet épisode me rappellera qu’il faut garder ses titres de qualité à long terme et ne pas les vendre simplement parce qu’ils nous ont procuré de bons rendements en peu de temps.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

Chef des placements chez COTE 100 et auteur du livre Avantage Bourse

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100+. Il est également l’auteur du livre Avantage Bourse et coauteur de La Bourse ou la Vie.

Philippe Leblanc
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