Trois « ten-baggers » à copier-coller

Publié le 05/06/2015 à 14:31

Trois « ten-baggers » à copier-coller

Publié le 05/06/2015 à 14:31

En rédigeant les textes de la Lettre financière COTE 100 au cours des derniers jours, j’ai réalisé que le titre de Enghouse s’approchait rapidement de la catégorie des « ten-baggers ». Ce terme avait été inventé par Peter Lynch, légendaire investisseur des années 1990, qui faisait ni plus ni moins une collection de tels titres dont la valeur est multipliée par 10 et plus.

Nous avions recommandé le titre de Enghouse Systems dans le numéro de la Lettre financière COTE 100 de juin 1998, alors qu’il valait 6,25 $ (en tenant compte d’un fractionnement 2-pour-1 subséquent). Dix-sept ans plus tard, la valeur du titre a été multipliée par près de 9,0, pour un rendement annuel composé de 13,7 % sans tenir compte des dividendes. De fait, le dividende actuel de 0,48 $ par action représente 7,7 % du coût initial de nos actions.

Deux autres titres du portefeuille de la Lettre financière COTE 100 sont de véritables « ten-baggers » : Couche-Tard et Home Capital Group. Dans le premier cas, nous avions recommandé et acheté le titre en janvier 2002 à un prix (ajusté pour trois fractionnements subséquents) de 2,06 $ par action. Près de 13 ans et demi plus tard, la valeur du titre a été multipliée par plus de 24!

Pour ce qui est de Home Capital, nous avons recommandé son titre en décembre 2001 à un prix équivalent à 2,31 $ (en tenant compte de deux fractionnements subséquents). Sa valeur aujourd’hui atteint près de 42,50 $, plus de 18 fois notre investissement initial.

Le but de cet exercice n’est pas de me « péter les bretelles », mais plutôt de tirer des conclusions quant au succès de ces investissements et d’augmenter les chances d’obtenir d’autres « ten-baggers » dans le futur. Car, de tels « ten-baggers » sont non seulement les plus beaux trophées de chasse pour l’investisseur boursier, ils sont également la meilleure façon de s’enrichir à long terme. Quels sont donc les points communs entre ces investissements?

1-     Un marché substantiel à développer. Les trois entreprises citées sont actives dans des marchés importants qui offrent un potentiel de croissance à long terme attrayant et la possibilité d’augmenter ses revenus pendant de nombreuses années. Couche-Tard était une petite entreprise régionale pendant les années 1990, mais les acquisitions qu’elle a réalisées lui ont permis de devenir en premier lieu, un important réseau canadien, puis un important joueur nord-américain et, maintenant qu’elle est présente en Europe, un important joueur mondial. Home Capital exploite un créneau particulier du marché hypothécaire immobilier canadien (celui des acheteurs de maisons qui ne peuvent pas obtenir d’hypothèques des grandes banques canadiennes) qui représente néanmoins un marché énorme(soit près de 20 % du marché hypothécaire canadien) et la direction estime que la part de ce marché détenue par Home Capital est de près de 5 %. Enghouse œuvre dans le secteur des logiciels et son marché est mondial, tel qu’en font foi les nombreuses acquisitions qu’elle a réalisées au fil des ans tant aux États-Unis, qu’en Europe et en Australie.

2-     Une façon de faire qui se démarque. Les sociétés qui réussissent à croître pendant de nombreuses années ont généralement un modèle d’affaires unique qui les différencie des sociétés « ordinaires ». Couche-Tard a ni plus ni moins révolutionné l’industrie des dépanneurs en se concentrant davantage sur le dépanneur que sur la vente d’essence comme l’ont toujours fait les grandes pétrolières. Home Capital exploite un créneau que les grandes banques n’ont jamais voulu desservir parce qu’elles le considèrent trop complexe et risqué. Dans le cas de Enghouse, la direction a su mettre en place une stratégie d’acquisition et d’intégration d’acquisitions extrêmement efficace.

3-     Une équipe de direction de grande qualité. Dans chacun des cas, les dirigeants de ces entreprises ont fait la différence. Et dans chacun des cas, ces dirigeants étaient avant tout des propriétaires de l’entreprise qu’ils dirigeaient, possédant un grand nombre d’actions. Mon expérience m’a démontré qu’il existe un monde de différence entre un dirigeant non actionnaire et un dirigeant propriétaire. C’est un peu le même phénomène qui existe entre un gérant d’épicerie et le propriétaire d’une épicerie.

4-     Une santé financière solide. Chacune de ces entreprises a conservé une excellente santé financière au fil des ans. À quelques occasions, Couche-Tard s’est endettée pour compléter des acquisitions importantes, mais elle a toujours rapidement amélioré sa santé financière afin d'être en mesure de sauter sur de nouvelles occasions. Home Capital a toujours eu un bilan exemplaire et possède aujourd’hui amplement de capital excédentaire. Enfin, Enghouse a toujours eu une encaisse substantielle et aucune dette, ce qui lui permet d’être à l’affût d’acquisitions en tout temps.

5-     L’achat du titre à une évaluation raisonnable. Il est certain que nous aurions fait d’excellents rendements avec ces trois titres si nous les avions achetés à des ratios d’évaluation relativement élevés. Mais le fait de les avoir payés peu cher a non seulement réduit notre risque, mais aussi amplifié nos rendements subséquents. Au moment d’acheter Enghouse, son titre s’échangeait à 11,6 fois les profits (en tenant compte de l'encaisse); celui de Couche-Tard était évalué à près de 20 fois les profits prévus et celui de Home Capital s’échangeait à 10 fois les profits prévus.

J’ajouterais une autre composante capitale : le temps. Il aura pris respectivement 18 ans, 13 ans et demi et 14 ans et demi pour obtenir ces trois « ten-baggers ». Rares sont les titres dont la valeur est multipliée par 10 en quelques années. Bonne chasse!

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

 

À propos de ce blogue : Philippe Le Blanc est président et gestionnaire de portefeuille chez COTE 100, une boutique de gestion de patrimoine. Il est également éditeur de la Lettre financière COTE 100, publiée depuis 1988. 

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