Suite des leçons de psychologie de Charlie Munger

Publié le 16/04/2015 à 14:08

Suite des leçons de psychologie de Charlie Munger

Publié le 16/04/2015 à 14:08

BLOGUE. Pour faire suite à mon blogue de la semaine dernière, voici d’autres tendances psychologiques énumérées par Charlie Munger et qui touchent à mon avis particulièrement les investisseurs et les incitent à commettre des erreurs.

- La tendance à éviter le doute Doubt-Avoidance Tendency»). Selon Munger, le cerveau humain est ainsi programmé qu'il cherche à éliminer les doutes en empruntant des raccourcis et en prenant des décisions rapides. Le patron qui tranche rapidement peut paraître très efficace, mais il aurait peut-être avantage à prendre un peu plus de temps pour réfléchir pour s’assurer de prendre les bonnes décisions. L'adage qui veut que «la nuit porte conseil» prend ici toute sa valeur. Face à une décision de placement, la leçon à retenir pour l’investisseur est de prendre son temps.

- La tendance à éviter les incohérences Inconsistance-Avoidance Tendency»). Le cerveau humain est réticent aux changements. Les investisseurs ont tendance à prendre des décisions rapides et conformes aux décisions qu'ils ont prises dans le passé. D'où l'importance de : 1- reconnaître et comprendre ses erreurs passées et 2- prendre des mesures pour s'assurer de ne pas les répéter. On a tous tendance à faire une croix sur les mauvais placements que l’on a faits dans le passé et à les placer dans une filière «à oublier», mais c’est une erreur. Non seulement est-il déplaisant de revenir sur ses échecs mais il est encore plus pénible d'admettre que son raisonnement initial était déficient. Une bonne manière de déjouer cette tendance pourrait être de discuter d'un placement avec un tiers indépendant et objectif, appelé à jouer le rôle d'avocat du diable. Pour ma part, j'aime bien me demander qu'est-ce qui pourrait aller mal, quels sont les risques qui menacent une entreprise.

- La tendance à éviter ce qui nous est désagréableSimple, Pain-Avoiding Psychological Denial»). Parfois, la réalité est trop difficile à accepter : notre cerveau a alors tendance à déformer les faits pour les rendre plus acceptables. Voilà certainement une autre raison pourquoi bien des investisseurs gardent leurs titres perdants trop longtemps.

- La tendance à surestimer ses capacitésExcessive Self-Regard Tendency»). Les sondages démontrent régulièrement que la plupart des conducteurs automobilistes estiment leur conduite sur la route largement supérieure à celle de la moyenne des conducteurs. De même, la majorité des investisseurs surestiment leur perspicacité et c'est probablement pourquoi ils investissent en si grand nombre dans les «penny-stocks» ou dans des titres d'entreprises dont le modèle d'affaires est complexe ou risqué.

- La tendance à être trop optimisteOveroptimism Tendency»). J'apprécie les gens qui font preuve d’optimisme dans la vie de tous les jours, mais cette tendance peut coûter cher en placement. Elle permet d’expliquer pourquoi beaucoup d'investisseurs payent souvent trop cher leurs titres, après avoir surévalué les perspectives de sociétés à fort potentiel de croissance. Le remède selon Munger : appliquer les principes de base des probabilités à nos évaluations de titres.

- La tendance à surréagir face aux pertesDeprival-Superreaction Tendency»). La peur de perdre quelque chose nous a probablement bien servis lorsque nous étions des chasseurs-cueilleurs mais elle a moins sa place dans notre société moderne. Cette tendance explique probablement pourquoi une perte de 10 $ nous procure beaucoup plus de déplaisir qu'un gain de 100 $ nous procure de plaisir. Et pourquoi beaucoup d'investisseurs sont incapables d’accepter qu’un titre perde de la valeur après qu’ils l’aient acheté.

- La tendance à se conformerSocial-Proof Tendency»). Cette tendance à vouloir faire comme les autres est à mon avis très néfaste pour les investisseurs. Quand on y réfléchit, la seule façon de battre les marchés sur une très longue période est de se démarquer, de sortir des sentiers battus. Sinon, mieux vaut acheter des fonds indiciels.

Ceci conclut la série de blogues sur Charlie Munger que m’a inspirée la lecture du livre «Poor Charlie's Almanack». J'espère qu'elle vous aura plu et qu'elle vous incitera à lire ce livre qui permet de mieux comprendre comment pense un des plus grands investisseurs de tous les temps. Vos commentaires sont toujours bienvenus.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

À propos de ce blogue : Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100, une boutique de gestion de patrimoine, et éditeur de la Lettre financière COTE 100 depuis 1988. Divers comptes sous la gestion de COTE 100 possèdent des actions de Berkshire Hathaway.

 

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