Pourquoi les corrections sont-elles si abruptes?

Publié le 02/10/2015 à 14:28

Pourquoi les corrections sont-elles si abruptes?

Publié le 02/10/2015 à 14:28

Je viens de lire l’article intitulé « Une catastrophe pend au bout du nez des marchés, dit Carl Icahn » sur le site lesaffaires.com. Cet article m’a amené à réfléchir au phénomène des corrections boursières. Comment expliquer qu’elles surviennent en général aussi rapidement alors que l’évolution à la hausse des marchés se produit généralement de façon très graduelle? Ainsi, le S&P 500 a perdu 11,5 % de sa valeur depuis son sommet de juillet 2015 tandis que le S&P/TSX canadien est en baisse de plus de 15,0 % par rapport à son sommet de septembre 2014.

Je crois que, encore une fois, plusieurs facteurs psychologiques sont en cause. Et encore une fois, que l’on peut trouver parmi ceux-ci quelques-uns des nombreux biais psychologiques identifiés par Charlie Munger dans le livre Poor Charlie’s Almanack. Voici ceux qui alimentent et expliquent à mon avis une bonne partie de la faiblesse des marchés boursiers des derniers mois :

- La tendance à mésestimer la puissance des récompenses et des punitions. Pour Munger les mesures incitatives et désincitatives (généralement financières) sont particulièrement puissantes pour changer ou orienter le comportement d'un individu. À première vue, cette tendance ne semble pas être une cause de la chute des marchés… Jusqu’à ce qu’on pense aux gestionnaires de portefeuille qui détiennent une grande partie des titres boursiers nord-américains. Leur rémunération et surtout leurs bonis de fin d’année sont souvent directement liés au rendement relatif de leur portefeuille. La tentation est donc très forte de vendre les titres qui sous-performent à court terme.

- La tendance à éviter le doute. Selon Munger, le cerveau humain est ainsi programmé qu'il cherche à éliminer les doutes en empruntant des raccourcis et en prenant des décisions rapides. Quelle meilleure manière d’éliminer les doutes (du moins à court terme) que de vendre? L’expression souvent citée prend ainsi tout son sens : « vendre et poser des questions après » (« sell and ask questions later »).

- La tendance à éviter ce qui nous est désagréable. Parfois, la réalité est trop difficile à accepter : notre cerveau a alors tendance à déformer les faits pour les rendre plus acceptables. J’ajouterais que de nombreux investisseurs ont toujours la crise financière de 2008-2009 en tête (sur le cœur?) et que la dernière chose qu’ils voudraient est de revivre un tel traumatisme.

- La tendance à surestimer ses capacités. Les sondages démontrent régulièrement que la plupart des automobilistes estiment leur conduite sur la route largement supérieure à celle de la moyenne des conducteurs. De même, la majorité des investisseurs surestiment leur capacité de prévoir les mouvements boursiers à court terme.

- La tendance à dramatiser les pertes. Une perte de 10 $ nous procure plus de déplaisir qu'un gain de 100 $ nous procure de plaisir. Cette tendance incite de nombreux investisseurs à vendre lorsque les marchés commencent à se corriger.

- La tendance à se conformer. Les individus ont une forte propension à suivre les mouvements de foule. Vos amis et connaissances ont vendu? Forte est la tentation de faire de même.

- L’influence du stress. C’est bien connu, un stress intense nous pousse souvent à prendre des décisions que nous regretterons plus tard. La baisse des marchés boursiers vous rend-elle nerveux?

- La tendance à se fier aux informations facilement accessibles. L’article portant sur Carl Icahn m’a fait réfléchir au fait que les médias ont tendance à colporter davantage de messages très pessimistes lorsque les marchés sont à la baisse. C’est le cas présentement alors que de nombreux prophètes de malheur ont à nouveau la cote.

- Enfin, la tendance à se fier aux personnes en situation d’autorité. Carl Icahn est un investisseur reconnu qui a eu beaucoup de succès dans le passé. Il est très tentant de suivre les recommandations de tels « gourous » de la finance.

À court terme, l’évolution des marchés boursiers est autant sinon plus influencée par des facteurs psychologiques que par les données fondamentales. J’ai souligné plus haut 9 tendances ou biais psychologiques qui sont susceptibles de contribuer à une baisse de marché. Il y en a sûrement d’autres. Lorsque l’on pense que chacun de ces facteurs est hautement corrélé avec les autres et qu’ils interagissent entre eux, on comprend mieux pourquoi les chutes de marché sont souvent si abruptes.

Y a-t-il un antidote? Je crois que la meilleure façon de rester rationnel est de penser à long terme et de ne pas trop s’inquiéter des inévitables corrections. Au contraire, mieux vaut les voir comme des occasions. L’autre antidote est de se concentrer sur les sociétés dans lesquelles on investit et de faire davantage abstraction de l’ensemble du marché boursier.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

À propos de ce blogue : Philippe Le Blanc est président et gestionnaire de portefeuille chez COTE 100, une boutique de gestion de patrimoine. Il est également éditeur de la Lettre financière COTE 100, publiée depuis 1988.

 

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