Peter Lynch, l'investisseur pragmatique

Publié le 10/03/2017 à 14:22

Peter Lynch, l'investisseur pragmatique

Publié le 10/03/2017 à 14:22

Photo: Courtoisie.

BLOGUE. Je suis en train de relire le livre «One Up On Wall Street», ce classique du placement écrit par le célèbre investisseur et gestionnaire, Peter Lynch.

En le relisant, une des qualités de Lynch qui me frappe aujourd'hui est son ouverture d'esprit, la grande flexibilité qu'il démontrait dans la gestion du fonds Magellan. Saviez-vous par exemple que Lynch investissait dans près de 1400 titres à l’intérieur de ce fonds? Je suis loin d'être certain d'être en accord avec cette diversification à outrance, mais il semble que ça l’ait bien servi: pendant les 13 ans pendant que Magellan était sous sa gouverne, le fonds a dégagé un rendement annuel composé exceptionnel de 29%. Pensez-y deux secondes: un tel rendement a fait multiplier la valeur unitaire du fonds de près de 27 en 13 ans!

Outre ce grand nombre de titres, Lynch ne s'est jamais laissé influencer par les méthodes institutionnelles traditionnelles selon lesquelles un fonds doit se concentrer dans ces titres de sociétés dont la capitalisation boursière est limitée à certaines fourchettes. Ainsi, un fonds peut être un fonds de petites capitalisations, par exemple de 1 G$ ou moins, ou de moyennes capitalisations (disons entre 1 G$ et 10 G$) ou de grandes capitalisations (disons 10 G$ ou plus). Non, pour Lynch, la taille d'une entreprise n'était pas en soi un critère de sélection, ce qui comptait était le potentiel de croissance d'une entreprise et l'évaluation raisonnable de son titre. C'est d'ailleurs pourquoi il privilégiait les titres de sociétés de tailles relativement petites - leur potentiel de croissance était souvent bien plus élevé que celui des très grandes entreprises. Comme il l'écrit: «La taille d'une entreprise est intimement liée au rendement que vous pouvez espérer obtenir d'un titre».

Lynch était également prêt à payer assez cher pour les titres de sociétés en forte croissance. C'est lui qui a d'ailleurs popularisé le ratio PEG qui signifie «Price-to-Earnings Growth» ou la relation entre le ratio cours-bénéfices et le taux de croissance des profits d'une entreprise. Pour lui, un ratio PEG de 1,0 ou moins était généralement attrayant: ainsi le titre d'une entreprise dont la croissance des profits serait de 30% ne serait pas nécessairement cher à un ratio cours-bénéfices de 30 (pour un PEG de 1,0: 30%/30). Bien entendu, pour que ce soit vrai, il faut être plutôt confiant que la croissance d'une telle entreprise demeure très élevée pendant un bon bout de temps.

Lynch était aussi un investisseur très pragmatique. Il était conscient de l’impossibilité d'avoir toujours raison lorsqu'on choisit des entreprises. De fait, il écrit: «Vous n'avez pas besoin d'avoir raison sur chaque titre que vous choisissez. Selon ma propre expérience, six gagnants sur dix dans un portefeuille peuvent produire un rendement satisfaisant... Tout ce dont vous avez besoin pour connaître une carrière couronnée de succès en investissement est quelques grands gagnants et les avantages de ces derniers compenseront largement les titres qui s'avéreront des échecs». C'est d'ailleurs cette capacité d'identifier des grands gagnants, ces titres qu'il a lui-même baptisés les «tenbaggers» (des titres dont la valeur est multipliée par 10 ou plus), qui a fait son succès. De les identifier, mais aussi de les conserver longtemps: «Accompagnez vos titres aussi longtemps que l'histoire fondamentale de la société n'a pas changé».

Enfin, Lynch se concentrait sur les entreprises et faisait autant que possible abstraction du marché boursier et de l'économie dans son ensemble. Pour lui, il y a toujours des occasions attrayantes d'investir dans des actions, quelle que soit la conjoncture. Il ne croyait pas à la possibilité de réussir à faire du «market timing» (entrer et sortir du marché boursier aux moments propices). «Cela ne veut pas dire que les marchés boursiers sur-évalués n'existent pas, mais qu'il est futile de s'en préoccuper.» Il a dit que, même avec les rendements qu’a obtenus le fonds Magellan sous sa gouverne, de nombreux investisseurs du fonds n’ont malheureusement pas fait de bons rendements parce qu’ils avaient tenté d’y entrer et d’en sortir aux bons moments.

Lynch croyait aussi que les petits investisseurs ont des avantages marqués face aux gestionnaires de portefeuille professionnels. Non seulement pour dénicher les prochains «tenbaggers» dans la vie de tous les jours, mais aussi dans leur façon de construire et de gérer leur portefeuille. Il dit, par exemple, que de nombreux titres gagnants lui ont été suggérés par sa femme ou en fréquentant les centres d’achat. Les investisseurs autonomes n'ont pas de comptes à rendre à personne et ils ne sont pas sujets à la pression d'obtenir sans cesse des rendements supérieurs à ceux des marchés.

«One Up On Wall Street» a peut-être été écrit il y a près de 30 ans (en 1989), mais les principes et les leçons que le livre contient sont toujours aussi actuels.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

À propos de ce blogue : Philippe Le Blanc est président et chef des placements chez COTE 100, une boutique de gestion de portefeuille. Il est également éditeur de la Lettre financière par COTE 100, publiée mensuellement depuis 1988.

 

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