Modérez vos attentes boursières!

Publié le 12/09/2014 à 12:15

Modérez vos attentes boursières!

Publié le 12/09/2014 à 12:15

BLOGUE. Le marché boursier tel que représenté par le S&P 500 a littéralement explosé depuis la crise financière de 2008-2009. Son niveau record de plus de 2 000 points représente une hausse de 194 % depuis son creux atteint en mars 2009. Au cours des cinq dernières années, l’indice a procuré un rendement annuel composé de 14,0 %, sans compter les dividendes. De tels rendements sont particulièrement alléchants, surtout dans le contexte où les alternatives de placement offrent de bien maigres rendements. Par contre, les attentes des investisseurs ne devraient pas être fondées sur les années exceptionnelles que nous venons de connaître.

En effet, si on se remettait dans la peau d’un investisseur boursier le 1er septembre 2009, il y a exactement cinq ans, voici ce qu’il pouvait observer de la situation boursière et économique :

- Le marché boursier avait perdu près de 35 % de sa valeur en 2008 et avait poursuivi sa descente aux enfers au début de 2009 avant de se rétablir quelque peu par la suite.

- Il y avait 8,8 billions $ de liquidités sur les lignes de côté, représentant 74 % de la valeur des sociétés publiques américaines.

- Le rendement moyen en dividende des titres du S&P 500 était de 2,9 %, plus que le rendement de 2,8 % d’une obligation 30 ans du gouvernement américain. C’était la première fois en cinquante ans que cette situation se présentait.

- Selon Standard & Poors, les profits des entreprises du S&P 500 avaient considérablement chuté pendant la crise, passant de 69,73 $ à la mi-2008 à 39,61 $ en septembre 2009, une baisse de 43,2 %. Les entreprises de l’indice avaient même perdu un peu d’argent au quatrième trimestre de 2008, un événement rarissime.

Cinq ans plus tard, les profits des entreprises du S&P 500 se sont fortement rétablis pour atteindre 108,85 $ à la fin de mars 2014. Il s’agit d’une hausse de 175 % par rapport au creux de 2009. Par contre, ils ne sont que 19 % plus élevés qu’au sommet précédent de juin 2007. Les prévisions de profits pour 2014 sont de 119,17 $, ce qui représenterait une croissance de 11,1 % par rapport à 2013, alors que les prévisions pour 2015 sont de 136,04 $, en hausse de 14,2 % par rapport à 2014.

Pour ce qui est du ratio cours-bénéfices, il a atteint un creux d’un peu moins de 12,0 fois les profits en 2011. À cette époque, les profits avaient déjà fortement rebondi de la crise alors que les investisseurs demeuraient très frileux face à la Bourse. Aujourd’hui, les ratios d’évaluation semblent raisonnables à 16,8 fois les profits prévus en 2014 et à 14,7 fois ceux prévus en 2015. De tels ratios s’approchent de la moyenne historique de la Bourse de près de 15,0 fois les profits.

Si vous croyez comme moi que les ratios d’évaluation ne devraient pas augmenter outre mesure au cours des années à venir, vous conviendrez que la progression de la Bourse devra provenir de la croissance des profits des entreprises. Or, nous ne croyons pas que cette dernière sera très élevée. La première raison est que la croissance économique mondiale demeure peu élevée. La deuxième est que les marges de profits des entreprises sont présentement à un sommet historique, ces dernières bénéficiant de taux d’intérêt très bas, de taux d’imposition réels sensiblement en baisse depuis plusieurs années et de structures de coûts reflétant les coupures effectuées pendant la crise 2008-2009. De plus, de nombreuses entreprises se sont endettées pour effectuer des acquisitions ou racheter des actions, un phénomène qui ne se répétera probablement pas aussi fortement au cours des trimestres à venir.

Pour ces raisons, je crois qu’il serait sage de prévoir des rendements boursiers nettement moins élevés dans les années à venir. Ce qui ne veut pas dire de ne pas privilégier le marché boursier… Au contraire, même si les rendements des prochaines années n'atteignaient « que 5 % ou 6 % », ce serait néanmoins beaucoup mieux que ce qu’offrent les alternatives. Ce serait également amplement suffisant pour surpasser le taux d’inflation, ce qui devrait être l’objectif à long terme de tout investisseur.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

À propos de ce blogue : Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

 

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