Les rachats d'actions créent-ils de la valeur?

Publié le 01/11/2019 à 13:26

Les rachats d'actions créent-ils de la valeur?

Publié le 01/11/2019 à 13:26

Le logo de CGI sur une tour à bureaux de Montréal.

(Photo: Charles Desgroseilliers)

BLOGUE INVITÉ. J’ai reçu quelques questions au cours des dernières semaines concernant les rachats d’actions effectués par des sociétés en Bourse. Certains croient que ces rachats sont un peu de la frime, une façon pour les dirigeants de mousser leur titre, voire de le manipuler.

Comme en toute chose, il y a effectivement des abus. J’ai vu à de nombreuses reprises des entreprises annoncer des plans de rachats d’actions qui n’ont jamais vraiment abouti à de véritables rachats d’actions. De nombreuses sociétés instaurent aussi des plans de rachats afin de contrer l’effet dilutif des plans d’options versées à leurs employés. J’ai aussi régulièrement vu des sociétés racheter leurs actions de manière automatique, sans se poser de questions sur la validité financière de tels rachats. Ces sociétés rachètent souvent leurs actions à des prix trop élevés, ce qui n’a pas de sens.

À mon avis, les rachats d’actions sont un excellent outil de création de valeur pour les entreprises en Bourse, mais à certaines conditions.

J’en vois au moins deux:

1- La société dispose de capital réellement excédentaire. De nombreuses sociétés dégagent annuellement des flux de trésorerie libres substantiels qui surpassent les sommes qu’elles pourraient investir dans des projets de croissance attrayants. Dans ce cas, une société a deux choix: verser un dividende à ses actionnaires et/ou racheter ses propres actions. S’il existe des projets de croissance qui offrent un potentiel de rendement attrayant pour l’entreprise, que ce soit sur une base organique (ouverture d’un nouveau marché, augmentation de capacité, etc.) ou d’une acquisition intéressante, la société devrait les prioriser.

Un bémol à ce sujet: une entreprise devrait évaluer son bilan avant de décider de racheter ses actions. Selon moi, racheter des actions lorsque son bilan est lourdement endetté n’a pas de sens; tout comme il est un non-sens de s’endetter outre mesure pour racheter des actions.

2- L’évaluation du titre est attrayante. Il n’y a aucun sens à racheter ses actions à des multiples d’évaluation élevés, ce qui, me semble-t-il, est le cas de trop de sociétés. Les dirigeants et le conseil d’administration d’une société ont, à mon avis, la responsabilité de considérer tous les investissements potentiels qui se présentent, dont les rachats d’actions, et de les mesurer en termes de leurs rendements potentiels et de leurs risques.

C’est pourquoi je préfère qu’une entreprise rachète de manière opportuniste, soit lorsque son titre est peu cher, qu’une entreprise qui rachète de manière automatique, sans se préoccuper du cours payé.

À mon avis, CGI (dont nous sommes actionnaires depuis 2008) est l’exemple d’une société qui a créé beaucoup de valeur pour ses actionnaires au fil des ans en rachetant régulièrement, mais de manière très ponctuelle et opportuniste, ses propres actions.

Selon mes calculs, la société a racheté près de 40% de ses propres actions depuis 2004, le nombre de ses actions étant passé de 444,5 M en 2004 (son exercice prend fin en septembre) à 269,3 M présentement, en tenant compte des fractionnements du titre.

Mais la société a surtout racheté ses actions lorsque sa situation financière était très solide et qu’aucune acquisition d’envergure n’était sur le radar de ses dirigeants. Ainsi, elle a diminué le nombre de ses actions de plus de 41% entre 2004 et 2011, alors qu’aucune acquisition d’envergure n’a été réalisée, que son bilan était très solide et que son titre était raisonnablement évalué. Puis, elle n’a plus vraiment racheté d’actions entre 2012 et 2015… C’est que la société avait fait l’acquisition de Logica en août 2012 pour la somme de 2,7 G$ CA, ce qui avait considérablement alourdi son bilan. Aujourd’hui, alors que sa dette a été considérablement réduite, je remarque que CGI a recommencé à racheter ses actions de manière ordonnée.

Un autre point à considérer est fiscal. De ce point de vue, les rachats d’actions sont une manière beaucoup plus efficace de retourner du capital aux actionnaires d’une entreprise qu’un dividende. Ainsi, celui qui est actionnaire de CGI depuis de nombreuses années et qui n’a pas vendu ses actions n’aura pas encore payé un sou d’impôt alors qu’un dividende est imposé immédiatement.

En somme, les rachats sont un outil susceptible de créer beaucoup de valeur pour les sociétés, à condition qu’ils soient utilisés de manière intelligente.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

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