Les profits valent davantage que les promesses

Publié le 09/02/2024 à 10:30

Les profits valent davantage que les promesses

Publié le 09/02/2024 à 10:30

Je ne me souviens pas où j’ai lu cette phrase, mais elle m’a interpellé. Elle résume selon moi la philosophie d’investissement «valeur» qui est la nôtre.

Dans les années 1990 et au début des années 2000, nous gérions chez COTE 100 le Fonds COTE 100 RÉA-Action, qui investissait dans des titres québécois admissibles au Régime Épargne-Actions (RÉA). Comme ce fonds investissait dans de jeunes sociétés québécoises, nous avons eu l’occasion de voir un grand nombre de sociétés, dont plusieurs étaient déficitaires. Notre stratégie dans le fonds était de concentrer autant que possible nos investissements dans des sociétés admissibles qui étaient rentables, ce qui limitait passablement l’univers des sociétés dans lesquelles nous pouvions investir.

Le constat que j’ai tiré de cette expérience est qu’il est difficile de faire de l’argent en investissant dans des sociétés qui ne réalisent pas encore de profits. La plupart du temps, ces entreprises présentent de belles histoires, un potentiel sur papier intéressant et, souvent, la prétention de révolutionner un secteur de l’économie. Je dirais que c’est aussi à cette époque que je me suis rendu compte que la plupart des dirigeants d’entreprises étaient d’excellents «vendeurs».

Pour moi, les entreprises qui n’ont encore pas encore réalisé de profits représentent un pari spéculatif. Les défis et les risques pour toute entreprise sont multiples et élevés; imaginez ce qu’ils représentent pour une société qui ne réalise pas de bénéfices. En plus de chercher à augmenter rapidement ses revenus en investissant dans le développement de ses activités, une telle entreprise doit éponger financièrement ses pertes et constamment s’assurer d’avoir suffisamment de capital disponible pour poursuivre son développement. À moins de réussir à franchir le cap du point mort rapidement, de telles entreprises deviennent, comme l’a dit Warren Buffett, tributaires de la «gentillesse d’étrangers», soit des banques pour des lignes de crédit ou des investisseurs pour l’achat de nouvelles actions.

Bien sûr, certaines entreprises réussissent l’improbable et atteignent éventuellement la rentabilité. Mais pour chaque réussite, combien d’autres ont failli? Si je me fie à mon expérience du RÉA, une petite minorité de sociétés ont réussi (certaines d’entre elles ont d’ailleurs créé beaucoup de valeur pour leurs actionnaires – Couche-Tard, CGI, Van Houtte, MTY, Richelieu, Lassonde, etc.).

Encore aujourd’hui, même si nous investissons majoritairement dans de grandes sociétés, nous n’investissons que dans des sociétés rentables; la plupart de nos sociétés réalisent des profits depuis de nombreuses années, voire des décennies. Nous évitons les sociétés déficitaires.

Il y a toujours des périodes où certains secteurs des marchés boursiers deviennent populaires. De nombreux investisseurs sont alors attirés par les titres de ces secteurs dans l’espoir de frapper le coup de circuit et de faire un coup d’argent rapide. Je pense notamment à la période, il y a quelques années, où les titres du secteur du cannabis faisaient l’objet d’un grand engouement. La majorité de ces sociétés étaient largement déficitaires. Aujourd’hui, qui parle encore de ces titres?

Je crois que la bulle techno de la fin des années 1990 demeure le plus bel exemple d’un engouement effréné des investisseurs pour un secteur populaire, l’Internet. À l’époque, des centaines d’entreprises misaient sur ce secteur du futur et la plupart d’entre elles essuyaient des pertes financières. Vingt-cinq ans plus tard, on constate que les investisseurs avaient raison de miser sur l’Internet, mais que seulement une poignée de sociétés en ont réellement profité.

J’ajouterais deux éléments qui justifient selon moi d’investir principalement dans des entreprises rentables. D’une part, une telle discipline diminue sensiblement les risques pour l’investisseur. Une entreprise qui réalise des profits, bon an mal an, depuis plusieurs années est moins susceptible de connaître des difficultés financières (il faut tout de même s’assurer que le niveau de sa dette est raisonnable). D’autre part, je crois qu’il est beaucoup plus facile d’évaluer le titre d’une entreprise rentable que celui d’une société déficitaire.

De tout temps, les promesses font rêver d’un monde meilleur. Dans la réalité, ce sont les profits qui mettent du pain sur la table, qui procurent l’oxygène qui propulse la Bourse toujours plus haut à long terme.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

Chef des placements chez COTE 100 et auteur du livre Avantage Bourse

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100+. Il est également l’auteur du livre Avantage Bourse et coauteur de La Bourse ou la Vie.

Philippe Leblanc
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