Les fractionnements d'actions, qu'ossa donne?

Publié le 04/10/2019 à 08:30

Les fractionnements d'actions, qu'ossa donne?

Publié le 04/10/2019 à 08:30

(Photo: Andrew Ridley/Unsplash)

BLOGUE INVITÉ. J’ai récemment reçu cette question d’un investisseur: «Y aurait-il possibilité, dans une chronique, d'expliquer le pourquoi, les pour et les contre des "splits" d'actions comme vient de le faire Couche-Tard? Quels avantages et désavantages y trouve-t-on?»

D’abord, merci à ce lecteur pour cette question. J’apprécie énormément, car je suis souvent en panne d’inspiration quand vient le moment de trouver des sujets d’intérêt pour ce blogue. J’en profite d’ailleurs pour vous encourager à me faire part de vos questions, commentaires et suggestions.

Effectivement, le titre de Couche-Tard a été fractionné à raison de deux actions pour une en date du 30 septembre dernier. C’est donc dire que, à compter de cette date, la société a doublé le nombre de ses actions en circulation (si vous êtes actionnaires, vous le constaterez sur le prochain relevé de votre portefeuille) et que le cours du titre a immédiatement «chuté» de moitié. Si le 27 septembre, vous déteniez 100 actions à son cours de fermeture de 80,66$, vous vous êtes retrouvé le 30 septembre avec 200 actions valant chacune 40,60$. La valeur de votre investissement est ainsi passée de 8 066$ à 8 120$, la différence étant attribuable à une simple fluctuation journalière du cours du titre.

C’est que les fractionnements d’actions ne créent aucune valeur. Ils me font penser à la citation de Yogi Berra qui a dit un jour «Vous êtes mieux de couper la pizza en quatre morceaux, car je n’ai pas assez faim pour en manger six». Qu’on multiplie ou qu’on subdivise le nombre d’actions d’une société, l’opération n’en change pas la valeur.

Pourtant, les fractionnements sont à mon avis l'une des grandes illusions du marché boursier. Ils sont en quelque sorte une consécration du succès boursier d'un titre, mais ils n’enrichissent pas nécessairement ses investisseurs à long terme. De fait, le titre de Couche-Tard a été fractionné à maintes reprises au fil des ans: à raison de 3-pour-1 en avril 2014 et de 2-pour-1 en mars 2005, juillet 2002 et juillet 2001.

Quels sont donc les motifs derrière les fractionnements? Bien des dirigeants vous diront qu'ils le font pour augmenter la liquidité de leur titre en Bourse. C’est peut-être vrai dans des cas où le titre d’une société est relativement peu liquide, mais un tel argument ne tient pas la route avec le titre de Couche-Tard dont le volume moyen journalier de transactions dépasse 1,7 M d’actions.

Mais quelle est la différence entre acheter 100 actions d’un titre à 80$ plutôt que 200 actions à 40$ d’un titre qui a été fractionné? Ce qui importe est la valeur totale négociée et non pas le nombre d’actions négociées.

Il reste que, dans bien des cas, les titres fractionnés ont tendance à mieux faire en Bourse dans les semaines suivant un fractionnement, d’où leur attrait pour de nombreux investisseurs. À mon avis, cela découle davantage du fait que les dirigeants d'une entreprise fractionnent leur titre pour envoyer un signal aux investisseurs que leurs affaires vont bien et que les perspectives de croissance sont favorables. Il s'agit cependant d'un effet positif à court terme. En effet, même sans fractionnement, tôt ou tard le titre aurait fort probablement reflété ces résultats favorables après leur publication.

En fin de compte, ce qui compte vraiment est la progression à long terme des bénéfices par action d’une entreprise. Sans celle-ci, un titre ne fera rien qui vaille même s’il est fractionné à répétition.

Le meilleur exemple de la futilité des fractionnements est sûrement le titre de Berkshire Hathaway qui n'avait pas été fractionné pendant plus de 40 ans, ce qui ne l'a pas empêché d'enrichir généreusement ses actionnaires. Bien sûr, avec un titre qui valait plus de 100 000$ l’action, M. Buffett n'a eu d'autre choix que de capituler et de créer en 1996 une nouvelle classe d'actions (de catégorie B) valant sensiblement moins cher afin de permettre aux investisseurs d'investir dans Berkshire Hathaway sans avoir à débourser plus de 100 000$.

À mon avis, dans le passé, ceux qui avaient peut-être le plus à gagner des fractionnements d’actions étaient les courtiers. Ces derniers étant souvent rémunérés sur la base de «sous par action négociée» (par exemple, 3¢ par action achetée ou vendue), chaque fois qu'un titre était fractionné, ils empochaient des commissions accrues. C’est beaucoup moins vrai aujourd’hui alors que les frais de commission ont sensiblement baissé et sont même nuls chez plusieurs firmes de courtage.

En somme, on achète le titre d’une entreprise par ce qu’on évalue que ses perspectives de croissance à long terme sont favorables et que son cours boursier est raisonnable en fonction de ses bénéfices actuels et futurs. Le fractionnement d’un titre ne change rien à cette évaluation.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

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