Les banques canadiennes sont-elles sous-évaluées?

Publié le 16/01/2015 à 12:31

Les banques canadiennes sont-elles sous-évaluées?

Publié le 16/01/2015 à 12:31

(Photo: Bloomberg)

BLOGUE. Les titres des grandes banques canadiennes s’échangent présentement à des ratios d’évaluation qui me semblent difficilement justifiables par rapport aux titres d’autres sociétés canadiennes et américaines. En effet, comme on peut le voir au tableau ci-dessous, les titres des cinq plus importantes banques canadiennes s’échangent à un ratio cours-bénéfices prévus moyen de 10,8 :

Plusieurs diront qu’une telle évaluation des grandes banques canadiennes témoigne des risques auxquels elles font face. En particulier, le marché immobilier canadien est selon plusieurs observateurs trop élevé et sujet à correction. En outre, les consommateurs canadiens sont trop endettés et devront tôt ou tard ralentir leur rythme de consommation et réduire leur endettement, ce qui aura pour effet de diminuer la demande pour les prêts bancaires. La chute du prix du pétrole aura aussi certainement un impact négatif sur les pertes sur prêts et sur la demande de prêts dans l’Ouest canadien. Enfin, la baisse des taux continuera d’exercer une pression à la baisse sur la marge nette d’intérêt des banques.

En revanche, les banques canadiennes sont de mieux en mieux diversifiées. À titre d’exemple, en 2014, la Banque Royale a tiré 41 % de ses revenus de ses activités bancaires traditionnelles (revenus nets d’intérêt) alors que le reste, 59 %, est provenu de diverses activités liées aux marchés des capitaux, à l’assurance, aux frais bancaires et à la gestion de placements.

S’il est vrai que les perspectives de croissance à moyen terme sont limitées dans le segment bancaire traditionnel ainsi que dans les activités liées aux marchés des capitaux, le segment de la gestion d’actif devrait continuer de progresser. En outre, les banques sont en excellente santé financière et jouissent généralement d’un capital excédentaire important qui leur permettrait de racheter passablement de leurs propres actions ou de réaliser de nouvelles acquisitions dans certains créneaux au Canada ou à l’étranger.

En somme, je crois que tous les investisseurs s’entendent pour dire que les années de forte croissance des banques canadiennes sont révolues. Si l’on jette un coup d’œil sur les prévisions des analystes concernant les profits des banques, la plupart prévoient des profits à peu près stables en 2015.

Mais est-ce que cela justifie des ratios cours-bénéfices de près de 10 fois les profits? Les titres de bien d’autres sociétés canadiennes dont les perspectives de croissance sont tout autant médiocres méritent tout de même des ratios d’évaluation nettement plus élevés que ceux des banques. Croyez-vous vraiment que Rogers Communications ou BCE obtiendront une forte croissance au cours des années à venir alors que leur marché est déjà très bien desservi? Ces entreprises ne font-elles pas aussi face à des risques?

Et les entreprises de services publics? Je veux bien croire que ces sociétés ont généralement des modèles d’affaires peu risqués mais leur croissance future est généralement limitée, à moins qu’elles ne consentent des investissements importants en nouvelles infrastructures. Or, certains de ces titres s’échangent à des ratios de près de 20 fois les profits prévus.

Avec des ratios d’évaluation d’un peu plus de 10 fois les profits, je crois qu’une croissance des profits des banques n’est pas nécessaire pour justifier l’achat de leurs titres. Le dividende qui atteint près de 4,2 % en moyenne ainsi que des rachats d’actions futurs offrent à mon avis un rendement intéressant sans que la croissance des profits ne soit très élevée. En outre, l’histoire nous a démontré à maintes reprises la robustesse des modèles d’affaires des banques canadiennes. 

De deux choses l’une, soit que les titres des banques canadiennes sont sous-évalués et que leurs ratios cours-bénéfices augmenteront graduellement au cours des années à venir, soit que l’évaluation de plusieurs titres de sociétés canadiennes qui n’offrent pas plus de perspectives de croissance est trop élevée… Je suis porté à croire que c’est la première situation qui existe.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

À propos de ce blogue : Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100. Des portefeuilles gérés par COTE 100 possèdent des actions de quelques-unes des grandes banques canadiennes.

 

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