Le ressac de la COVID

Publié le 03/03/2023 à 08:45

Le ressac de la COVID

Publié le 03/03/2023 à 08:45

D’autres entreprises, moins nombreuses, ont été favorisées par la COVID et les mesures de confinement. (Photo: 123RF)

Les trois dernières années ont été exceptionnelles du point de vue sociétal. J’espère que nous ne revivrons pas une pandémie mondiale telle que celle de la COVID avant longtemps.

La pandémie aura également été particulièrement marquante pour l’économie et les entreprises.

En analysant les résultats financiers récents de nos entreprises en portefeuille, je remarque à nouveau au moins trois phénomènes qui découlent de la pandémie. D’une part, l’effet a été particulièrement vigoureux sur les résultats de la grande majorité des sociétés. La plupart ont été affectées en 2020 et 2021. Je pense notamment aux sociétés liées aux industries touristiques, de la restauration, de l’hôtellerie, mais aussi à la plupart des sociétés industrielles. Pour ces entreprises, l’impact a été très négatif à court terme, mais la reprise a été vigoureuse une fois que les choses sont graduellement revenues à la normale – 2021 et, dans une moindre mesure, 2022 ont été des années fastes.

D’autres entreprises, moins nombreuses, ont été favorisées par la COVID et les mesures de confinement. Elles ont vu leurs résultats financiers gonfler en 2020 et 2021, mais le retour à la normale leur a été plutôt défavorable. C’est le cas de sociétés dans les secteurs de l’alimentation, des produits de consommation de base, la plupart des sociétés technologiques et de commerce en ligne, etc.

Avec le recul, je constate à quel point l’impact a été fort pour la majorité des sociétés, tant celles qui ont été initialement affectées que celles qui en ont tiré profit. On dit qu’il faut s’abstenir d’extrapoler le passé récent; je crois que c’est ce que de nombreux investisseurs ont fait depuis 2020.

Le deuxième phénomène concerne le ressac de la pandémie observé sur l’inflation et sur la chaîne mondiale d’approvisionnement à partir de 2021. Après l’interruption brutale de 2020, le retour à la normale a causé d’énormes maux de tête aux entreprises.

Or, lorsque j’étudie la performance de nos sociétés en portefeuille au cours des deux dernières années, je constate que la plupart d’entre elles ont dû s’adapter aux défis d’approvisionnement et de logistique en investissant des sommes substantielles dans leur fonds de roulement. De nombreuses sociétés ont pris la décision stratégique d’augmenter sensiblement le niveau de leurs stocks afin de protéger leur modèle d’affaires et de s’assurer de la satisfaction de leurs clients. Je constate donc que de nombreuses sociétés ont vu leurs flux de trésorerie libres («free cash flows») chuter en 2021 et une bonne partie de 2022.

Je crois d’ailleurs que les sociétés qui étaient en bonne santé financière ont probablement su se démarquer pendant cette période où il était difficile et coûteux de s’approvisionner. Cette capacité à investir leur aura probablement servi à améliorer leur position concurrentielle face à leurs concurrents moins solides financièrement.

Le troisième constat découle du précédent. Après avoir investi des sommes substantielles dans leur fonds de roulement (stocks et débiteurs) au cours des deux dernières années, de nombreuses sociétés seront probablement en mesure de renverser leurs investissements dans les prochains trimestres en libérant une partie importante de leur fonds de roulement. J’anticipe que nombre de nos sociétés seront en mesure de dégager des flux de trésorerie libres en forte progression au cours des prochains trimestres. Combinés à des bilans déjà solides, ces derniers pourraient procurer des occasions attrayantes d’investissement, surtout dans un contexte de ralentissement économique et de taux d’intérêt plus élevés.

La plupart d’entre nous avons à peu près oublié 2020 et le pire de la pandémie, mais elle continuera selon moi d’avoir une incidence sur l’économie et les résultats financiers de nombreuses entreprises dans les trimestres à venir.

 

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

Chef des placements chez COTE 100 et auteur du livre Avantage Bourse

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