La véritable bulle est dans le marché obligataire

Publié le 06/03/2020 à 09:46

La véritable bulle est dans le marché obligataire

Publié le 06/03/2020 à 09:46

Une personne songe.

Les obligations procurent un sentiment de réconfort, mais... (Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Nombre d’investisseurs sont bien contents d’avoir des obligations dans leur portefeuille ces jours-ci, et pour cause. Alors que les marchés boursiers sont en mode correction, la valeur des obligations ne cesse d'augmenter en Amérique du Nord.

Les obligations procurent généralement un sentiment de réconfort aux investisseurs. Bien souvent, quand l’économie va moins bien, les taux d’intérêt baissent et la valeur des obligations augmente. Ainsi, en date du 5 mars, l’indice FTSE Universal Canadian Universe Bond Index enregistrait un rendement de 5,45% depuis le début de 2020.

Par contre, il faut savoir que les taux d’intérêt offerts par les obligations sont particulièrement bas. Par exemple, une obligation 10 ans du gouvernement canadien offre présentement 0,68%. Cela se compare à 1,70% le 1er janvier dernier. La même obligation du gouvernement américain offre un rendement de 0,73% par rapport à 1,92% en début d’année.

Réalisez-vous que, avec un rendement de 0,68% par année, il vous faudrait 102 ans pour doubler votre capital? Je ne parle même pas des impôts qu’on doit payer sur les intérêts reçus dans des comptes de placement imposables.

Si l’on considère que le taux d’inflation se situe historiquement aux alentours de 2,0% par année, on comprend que de telles obligations sont une manière certaine de s’appauvrir avec les années.

Prenons l’exemple d’une obligation du Canada 10 ans qui vous propose un rendement de 0,68% par année. Si le taux d’inflation est effectivement de 2,0% en moyenne au cours des 10 prochaines années, l’investisseur qui aura acheté cette obligation s’appauvrira d’environ 1,3% par année pendant 10 ans. En termes réels, cet investisseur aura perdu pas moins de 14%. Et ce, encore une fois en présumant que cet investisseur ne paye pas d’impôt.

On peut débattre longuement de l’évaluation des titres boursiers. Certains disent que le marché boursier nord-américain est historiquement cher. Dans le moment, selon Standard & Poors, le S&P 500 s’échange à environ 17,5 fois les bénéfices (ajustés) prévus de 2020, ce qui est effectivement supérieur à la moyenne historique de près de 15,0.

D’aucuns diront aussi que la prévision de bénéfices ajustés est certainement trop optimiste à la lumière de ce qu’on sait et de ce qu’on pourrait appréhender au sujet du coronavirus. C’est tout à fait vrai! Dans un scénario pessimiste de récession en 2020 et d’une chute de 25% des bénéfices des sociétés du S&P, l’indice S&P 500 s’échangerait à près de 23,0 fois les bénéfices prévus de 2020.

Mais même dans un tel scénario, je préfère l’évaluation des titres boursiers à celles des obligations. Une évaluation de 23,0 fois les bénéfices, même si elle est très élevée par rapport à l’évaluation moyenne historique du marché boursier se traduit par un rendement de près de 4,3% (l’inverse du ratio cours-bénéfices, soit le ratio bénéfices-cours, ou 1 / 23,0). C’est encore nettement plus attrayant que le rendement des obligations.

Il me semble toutefois que cela représente probablement le pire scénario et que les probabilités qu’il se réalise sont assez faibles.

Qui plus est, le marché boursier est une machine à escompter le futur. Même si l’on présume le pire scénario pour 2020, je crois que les investisseurs ne tarderont pas à lorgner vers 2021 et une probable reprise économique.

Devant l’incertitude entourant la progression du coronavirus, même s’il est difficile de dire que la correction des marchés représente une belle occasion d’acheter des actions à bas prix, je crois qu’on peut néanmoins affirmer sans risquer de se tromper que les obligations sont généralement très chères, voire que le marché obligataire est en proie à une bulle spéculative. À court terme, possiblement pendant un an ou deux, les obligations pourraient continuer de bien faire. Mais à long terme, sur 10 ans par exemple, elles semblent constituer une bonne façon de s’appauvrir à coup sûr.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

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