La fin des emplois?

Publié le 10/02/2017 à 07:17

La fin des emplois?

Publié le 10/02/2017 à 07:17

BLOGUE. J'ai lu récemment un article qui m'a fait réfléchir. Paru dans le Wall Street Journal cette fin de semaine, l'article était intitulé «The End of Employees» et écrit par Lauren Weber. Essentiellement, l'article met en lumière un phénomène qui existe depuis de nombreuses années dans le mode corporatif, mais qui ne semble pas s'estomper, au contraire: les entreprises embauchent de moins en moins de personnel permanent, préférant utiliser les services de firmes d'impartition («outsourcing») et de firmes contractuelles externes. Selon l'auteure, «Jamais auparavant les entreprises américaines ont-elles tant essayé d'employer si peu de personnel».

Les entreprises se concentrent sur leurs activités essentielles, tout le reste est susceptible d'être donné à des firmes contractuelles en impartition: des fonctions informatiques, aux services légaux, au nettoyage, à la logistique de transport, à la sécurité, aux essais cliniques de médicaments, au marketing, à l'entreposage et à la distribution, en passant par la gestion des payes ou des fonds de pension.

Cette tendance n'est pas nouvelle. Il n'est pas d'hier que nos entreprises font fabriquer leurs jouets ou vêtements en Asie. Mais cet article me fait réaliser que cette tendance n'est probablement pas terminée et qu'elle continuera d'avoir des effets notables sur les entreprises, sur les travailleurs et les syndicats et sur les investisseurs. De fait, le phénomène explique selon moi de nombreuses tendances socio-économiques des dernières décennies.

Pour les entreprises, le mouvement déjà bien amorcé vers l'impartition et l'utilisation de personnel contractuel les rend beaucoup plus flexibles. Elles sont désormais en mesure d'ajuster rapidement leurs structures de coûts aux fluctuations de la demande. J'estime d'ailleurs tout à fait remarquable que tant de sociétés nord-américaines aient traversé la crise économique majeure de 2008-2009 sans trop de dégâts. Leur grande flexibilité leur a permis de s'ajuster rapidement et même si leurs profits ont dans bien des cas chuté considérablement, nombre d'entre elles ont réussi l'exploit de demeurer rentables pendant la crise. Les grandes entreprises ont aussi moins de besoins en capital. Les usines, flottes de camions, entrepôts et laboratoires de recherche sont la propriété de leurs fournisseurs contractuels, lesquels, incidemment sont souvent en mesure de réduire leurs risques en diversifiant leurs revenus parmi une multitude de clients. En outre, je crois que les entreprises qui se concentrent exclusivement sur les activités où elles sont en mesure d'ajouter le plus de valeur, leurs activités «core», sont plus efficaces et innovantes. De leur côté, il est très probable que les fournisseurs contractuels externes aient développé une expertise dans leur domaine avec laquelle peu de grandes entreprises pourraient rivaliser.

Pour les travailleurs, le phénomène est moins attrayant. Les emplois à vie dans une grande entreprise sont de plus en plus rares. Souvent, les firmes contractuelles payent moins bien leurs employés que les grandes entreprises. De plus, la sécurité d'emploi en a pris pour son rhume puisque les entreprises s'ajustent plus rapidement à la demande. Cela peut selon moi expliquer au moins deux phénomènes constatés depuis plusieurs années : le fossé grandissant entre les riches et les pauvres ainsi que le plafonnement des salaires sur une base réelle. Dans un tel contexte, je crois que l'éducation prend et prendra encore plus d'importance pour nos jeunes.

Quant à l'investisseur, il devrait à mon avis garder en tête cette tendance vers l'impartition. Les grandes sociétés sont aujourd'hui beaucoup plus efficaces et flexibles. Quant aux petites entreprises, la décision des grandes multinationales de se concentrer uniquement sur leurs activités clés ouvrent de nombreuses avenues de croissance intéressantes. Lorsque j'analyse les sociétés que nous possédons dans nos portefeuilles, je me rends compte que nombre d'entre elles, les grandes comme les moins grandes, sont au beau milieu de cette tendance de fond. Est-ce le cas des titres de votre portefeuille?

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

À propos de ce blogue : Philippe Le Blanc est président et chef des placements chez COTE 100, une boutique de gestion de portefeuille. Il est également éditeur de la Lettre financière par COTE 100, publiée mensuellement depuis 1988.

 

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