La pandémie rend l'évaluation de sociétés plus difficile

Publié le 22/05/2020 à 15:20

La pandémie rend l'évaluation de sociétés plus difficile

Publié le 22/05/2020 à 15:20

Des courtiers sur le plancher de la Bourse de New York.

(Photo: Getty images)

BLOGUE INVITÉ. Mon travail consiste essentiellement à évaluer des entreprises cotées en Bourse. C’est un travail qui peut paraître complexe; bien des gens imaginent d’énormes modèles mathématiques incluant de nombreuses variables.

La réalité est bien différente et elle reflète un choix que nous avons fait il y a de nombreuses années chez COTE 100: nous nous limitons le plus possible aux situations les plus simples que l’on puisse trouver. Pas de biotechs dont l’évaluation dépend du succès potentiel d’un médicament en développement. Pas de titres de sociétés dont les activités sont très cycliques et dont les bénéfices peuvent varier considérablement en fonction de variables difficilement prévisibles (le cours du pétrole, les devises, la croissance du PIB, etc.). Pas de sociétés en démarrage dont les perspectives se résument souvent à «ça passe ou ça casse».

J’ai écrit une série de blogues sur l’évaluation des titres boursiers qui résume bien ma façon de voir les choses. Notre méthode d’évaluation se résume en un mot: KISS ou «Keep It Simple Stupid». Nous nous en tenons à des sociétés dont les activités sont relativement prévisibles (peu ou non cycliques), facilement compréhensibles et qui sont déjà rentables.

J’avoue toutefois que la pandémie de la COVID a mis un gros bâton dans les roues de notre méthode d’évaluation. Cela dit, dans ce contexte, il est probablement devenu encore plus aléatoire d’évaluer les titres de sociétés que nous évitons généralement. Alors que notre méthode repose sur la stabilité des bénéfices de nos entreprises, la COVID mine cette stabilité, ce qui rend leur évaluation particulièrement difficile et incertaine.

Essentiellement, l’évaluation d’une société est un travail de probabilités. On évalue un titre en fonction de divers scénarios associés à diverses probabilités. Dans des conditions normales, l’étendue des scénarios, du plus pessimiste au plus optimiste, est relativement serrée.

Mais qu’en est-il dans la situation actuelle de la COVID? J’estime que dans la grande majorité des sociétés que nous possédons et que nous suivons, l’écart entre les scénarios optimiste et pessimiste est considérablement plus étendu que dans des conditions normales. Ainsi, notre prévision de bénéfices d’une entreprise est susceptible de varier dramatiquement, selon que nous croyions au scénario qui prévoit que l’économie se normalisera rapidement ou, au contraire, qu’une deuxième vague de contagion frappera au cours des prochains mois et retardera toute reprise économique.

Par exemple, que faire lorsqu’on tente d’évaluer une entreprise dont notre prévision de bénéfices pour 2020 serait de, disons, 5$ dans un scénario optimiste et de 2$ dans un scénario pessimiste?

Pour ma part, je crois qu’il est plus logique dans la situation actuelle de tenter d’évaluer un titre en fonction de bénéfices normalisés. On pourrait par exemple se servir des bénéfices réalisés par une société en 2019 pour se faire une meilleure idée des bénéfices qu’elle pourrait à nouveau réaliser une fois que les conditions se seront quelque peu normalisées.

Pour des investisseurs à long terme comme nous, il faut également garder les yeux sur les perspectives à long terme d’une entreprise. La pandémie actuelle remet-elle en question son modèle d’affaires à long terme? Ou, au contraire, pourrait-elle permettre à la société d’être encore plus dominante à la sortie de la crise?

Je crois aussi qu’il faut utiliser des multiples d’évaluation plus bas que dans le passé pour évaluer un titre afin de tenir compte de l’incertitude accrue.

À mon avis, la difficulté d’évaluer les entreprises dans le contexte actuel est la raison pour laquelle Warren Buffett n’a pas vraiment acheté d’actions de titres boursiers lors de la chute des marchés boursiers en mars.

Dans un climat de haute incertitude, il me semble qu’une prudence accrue est de mise. Ça ne veut pas dire qu’on doive se retirer des marchés boursiers (les solutions de rechange aux actions sont encore moins attrayantes que les actions), mais qu’il faut rester aussi objectifs et réalistes que possible dans l’évaluation de ses titres. Comme le disent les Américains, «it is better to be safe than sorry» (mieux vaut prévenir que guérir).

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

 

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