En Bourse, 98% du temps, il est préférable de ne rien faire

Publié le 19/02/2021 à 11:24

En Bourse, 98% du temps, il est préférable de ne rien faire

Publié le 19/02/2021 à 11:24

Des piles de cents qui grossissent

Si vous détenez un portefeuille de titres de qualité dont l’évaluation est raisonnable, conservez ces titres et ne faites rien d’autre! (Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Je crois que ce qui est le plus difficile pour un investisseur est l’inaction. On ressent toujours l’envie de bouger, d’acheter ou de vendre des titres dans son portefeuille. Agir nous donne l’impression d’avancer.

Ce réflexe est probablement utile et efficace dans la plupart des domaines. Si vous êtes entrepreneur ou dirigeant d’entreprise, l’inactivité n’est probablement pas une bonne idée. Vos journées seront remplies à parler à vos employés, à rencontrer (par visioconférence!) certains de vos clients ou des clients potentiels, à régler des problèmes de production, etc. La plupart de vos actions devraient avoir un impact favorable sur la valeur de votre entreprise, du moins à la longue.

En Bourse, 98% du temps, il est préférable de ne rien faire, de «rester assis sur ses mains»! Cela va à l’encontre de nos réflexes naturels, mais c’est généralement la chose la plus intelligente à faire. Si vous détenez un portefeuille de titres de qualité dont l’évaluation est raisonnable, conservez ces titres et ne faites rien d’autre!

Pourquoi devriez-vous vendre les actions d’un titre parce que vous croyez qu’il est un peu cher? L’évaluation d’un titre relève davantage de l’art que de la science et il est impossible d’évaluer une entreprise avec un haut degré de précision. De plus, les belles sociétés sont plutôt rares et elles valent cher. Lorsqu’on réussit à mettre la main sur l’une d’entre elles, on devrait chercher à l’accompagner dans son développement pendant de très nombreuses années.

La vente d’un titre engendre des coûts de transaction (la plupart du temps, bien que les investisseurs aient de plus en plus accès à des plateformes permettant de négocier des titres sans commissions) et généralement des impôts. De plus, après avoir vendu, vous devrez éventuellement prendre une autre décision, celle d’acheter un autre titre. Serez-vous en mesure de remplacer le titre vendu par un autre de qualité au moins équivalente?

Souvent, on vend un titre qu’on considère un peu cher en croyant qu’on aura l’occasion de le racheter moins cher dans le futur. Mon expérience personnelle m’a appris que c’est loin d’être toujours possible. Et une fois qu’on n’a plus un titre dans son portefeuille, il devient difficile de suivre l’évolution de la société de près. Aussi, le prix auquel on a vendu un titre devient en quelque sorte une ancre psychologique dans notre esprit; il est alors alors très difficile de se convaincre de racheter le même titre à un prix supérieur à celui auquel on l’a vendu, même si son évaluation est de nouveau attrayante.

Si l’on veut laisser le phénomène des «intérêts composés» faire son œuvre, il faut garder ses titres de qualité longtemps et résister à la tentation de les vendre.

Personnellement, je crois qu’un investisseur devrait minimiser le nombre de décisions qu’il prend dans la gestion de son portefeuille. Les stocks qu’il ou elle achète devraient l’être pour un horizon de plusieurs années, voire avec l’objectif de ne jamais le revendre. Ainsi, cet investisseur prendra tout son temps pour bien analyser l’entreprise convoitée, s’assurer que l’évaluation qu’il fait de son titre lui ménage une marge de sécurité importante par rapport au cours qu’il payera pour l’acquérir.

L’autre 2% du temps représente les périodes de correction des marchés boursiers ou de titres spécifiques. Ce sont dans ces moments qu’un investisseur devrait s’activer et tenter de profiter de la baisse généralisée pour ajouter des titres de qualité à son portefeuille. Pour ce faire, l’investisseur tentera de toujours conserver suffisamment d’encaisse en portefeuille pour acheter un, ou peut-être deux titres lorsque l’occasion se présentera.

Autrement, l’investisseur reste assis sur ses mains et résiste à la tentation d’agir. Cela ne veut pas dire qu’il reste inactif: il fait de la recherche pour identifier des sociétés de qualité qui correspondent à ses critères de sélection et les met de côté dans l’attente d’une éventuelle occasion d’acheter leur titre à bon prix. Il fait aussi un suivi régulier des entreprises qui composent son portefeuille afin de s’assurer qu’elles poursuivent leur développement et que leurs perspectives de croissance à long terme demeurent attrayantes. À l’occasion, cet exercice l’incitera à remettre un de ses titres en question et pourra le mener à la décision de vendre le titre.

Bien entendu, ce constat s’applique à la grande majorité des investisseurs. Je suis conscient que certains investisseurs réussissent très bien en effectuant beaucoup de transactions, mais ils constituent une petite minorité à mon avis.

C’est contre-intuitif, mais plus un investisseur reste inactif au niveau des transactions effectuées dans son portefeuille, meilleure sera sa performance à long terme.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

Chef des placements, COTE 100

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