Des erreurs liées à un excès de confiance

Publié le 24/07/2015 à 17:09

Des erreurs liées à un excès de confiance

Publié le 24/07/2015 à 17:09

BLOGUE. J'ai pris quelques jours de congé pour assister cette semaine au championnat provincial de tennis de mon fils. Loin de la bourse, j'ai tout de même appris quelque chose qui s'applique à celle-ci : nous avons tous tendance à être trop optimistes face aux perspectives futures et à surestimer nos propres capacités.

Par exemple, je discutais avec le parent d'un des quelque 60 garçons et filles de 12 ans et moins participant au tournoi. Lorsque je lui ai demandé quel futur il envisageait pour son fils dans le tennis, il m'a répondu « nous serions déçus s'il ne devenait pas professionnel. Nous visons beaucoup plus haut qu'une simple bourse dans une équipe universitaire. »

Cette réponse m'a laissé perplexe. À souhaiter le meilleur pour nos enfants, ne risquons-nous pas de perdre toute notion de rationalité?

Il est facile, voire naturel, de perdre ses repères lorsque l'on fixe son attention sur son enfant, sur ses résultats à ce jour. Ce père fondait probablement ses attentes sur le fait que son fils a jusqu’à maintenant toujours bien réussi dans les tournois provinciaux auxquels il a participé et sur son classement qui le place parmi les 5 premiers de sa catégorie au Québec.

Cette situation me rappelle l'histoire d'un de mes amis, ex-joueur de hockey repêché par le club-école d'une équipe de la LNH. Alors qu’on l’avait invité à prononcer une allocution devant les parents des joueurs de hockey de niveau pee-wee de l'équipe de son fils, il leur avait souligné qu'il était statistiquement improbable de voir leur enfant joindre un jour la LNH. Bien entendu, peu de parents ont accepté ce pronostic et ils n’ont pour la plupart pas tenu compte de ce message.

La force des probabilités

Pourtant, il n'est pas nécessaire d'être un expert du tennis pour comprendre quelques statistiques de base, que l'on peut calculer au dos d'une enveloppe. Chez les hommes, on peut estimer qu'il y a environ 100 joueurs au monde qui réussissent à vivre convenablement de la pratique du tennis. Quelles sont les chances qu'un jeune joueur de 12 ans se hisse un jour parmi le Top 100?

Je me suis prêté à quelques calculs. Combien y a-t-il de jeunes joueurs de 12 ans dans le monde qui aspirent à une carrière dans le tennis? J'estime qu'il doit y en avoir au bas mot 150 seulement au Québec. Au Canada, il doit bien y en avoir 1 500. Aux États-Unis, on peut au moins multiplier ce nombre par 10, soit 15 000. Dans le monde, mon estimation est qu'il y en a probablement plus de 50 000. Il n’y a rien de scientifique dans ces chiffres mais je crois qu'ils ne sont pas trop loin de la réalité. Néanmoins, cela voudrait dire qu'un enfant de 12 ans a approximativement 1 chance sur 500 (100 joueurs du Top 100 par rapport à 50 000 joueurs de 12 ans) de gagner sa vie convenablement en faisant une carrière professionnelle de tennis. Il s'agit d'une probabilité de 0,2 %.

L'optimisme est une grande qualité et elle est très utile dans la vie. C'est grâce à elle que les entrepreneurs lancent de nouvelles entreprises et qu'ils récidivent après un échec. C'est aussi grâce à elle que les inventeurs cherchent à créer de nouveaux produits qui révolutionneront leur industrie en dépit des faibles chances de succès.

Mais même si je prône l'optimisme, je crois qu'il faut toujours l'ancrer dans la réalité. Une estimation même très approximative des probabilités de succès procure un tel ancrage. Il est bien de croire et d'espérer que son enfant puisse un jour devenir un pro de tennis, mais il faut tout de même garder en tête que les chances que cela se produise sont très minces.

Ce même calcul des probabilités peut servir en bourse. Je lisais récemment que les probabilités de succès d'une nouvelle entreprise était de 35 %, près de une sur trois. Quelles sont les chances de succès d'une petite biotechnologie qui vise à commercialiser un jour un nouveau médicament en développement? 1 sur 10, 1 sur 100, 1 sur 1 000? Quelles sont les probabilités de succès d'une acquisition majeure? Dans vos estimations, fiez-vous davantage aux taux de succès passés de cas similaires. On a tous tendance à surestimer les probabilités mais une évaluation objective de celles-ci peut remettre les choses en perspective.

Voilà une bonne leçon apprise aux abords d'un court de tennis.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

À propos de ce blogue : Philippe Le Blanc est président et gestionnaire de portefeuille chez COTE 100, une boutique de gestion de patrimoine. Il est également éditeur de la Lettre financière COTE 100, publiée depuis 1988.

 

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