Bourse: correction rime avec occasion

Publié le 15/01/2016 à 13:34, mis à jour le 16/01/2016 à 12:54

Bourse: correction rime avec occasion

Publié le 15/01/2016 à 13:34, mis à jour le 16/01/2016 à 12:54

BLOGUE. Le moins que l'on puisse dire est que 2016 commence difficilement pour les marchés boursiers. Au moment d'écrire ces lignes, l'indice américain S&P 500 a perdu 8,5% de sa valeur depuis le début de l'année; le S&P/TSX canadien a quant à lui perdu 7,9% depuis le 1er janvier. Comme cette baisse fait suite à un recul de 11,1% enregistré en 2015, la régression qu’a subie le TSX commence à être très marquée. De fait, le marché canadien a perdu 20,5% de sa valeur depuis le 20 novembre 2014, date de son dernier sommet, ce qui fait que, techniquement, il est entré dans un marché baissier.

On peut sentir la nervosité chez les investisseurs depuis quelques jours. Le fait que cette correction survienne en tout début d'année semble d'ailleurs en déstabiliser plus d'un. Combien de fois au cours des derniers jours ai-je entendu «ça commence bien mal une année!»

Pour ma part, voici comment je vois les choses.

1- Les corrections sont normales. Elles font partie de la vie d'un investisseur. Il y a toujours des facteurs de risque dans un marché ou dans une économie. Parfois, les investisseurs voient davantage les facteurs positifs; parfois, comme cela semble être le cas présentement, ils voient surtout les points noirs. Le marché boursier a beaucoup enrichi les investisseurs au cours des nombreuses dernières décennies mais cela ne s'est pas fait sans heurts, sans corrections régulières et sans marchés baissiers douloureux. En moyenne, une correction de 10% ou plus survient à peu près tous les 12 mois.

2- Concentrez-vous sur vos sociétés. Je crois que le gros problème de nombreux investisseurs est qu'ils fixent leur attention sur les nouvelles véhiculées par les médias. Ouvrez le cahier économie de jeudi (hier) ou de tout autre jour suivant une chute boursière marquée et faites le décompte des nouvelles positives et des nouvelles négatives. Je parie que vous serez submergé par les mauvaises nouvelles et qu’elles vous rendront vous-mêmes plutôt pessimiste.

Je vous suggère plutôt un exercice plus rationnel qui devrait mieux vous servir: refaites le tour des sociétés de votre portefeuille. Je ne parle pas de fixer votre attention sur leurs cours! Concentrez-vous plutôt sur leurs plus récents résultats financiers. Sur leur santé financière - vos entreprises ont-elles selon vous les reins assez solides pour traverser une période économique difficile qui pourrait durer? Les raisons pourquoi vous avez acheté chaque titre sont-elles toujours valables? La conjoncture économique remet-elle le modèle d’affaires de vos sociétés en question?

Après un tel exercice, vous devriez à mon avis vous sentir beaucoup mieux. Du moins, c'est la sensation que j’éprouve personnellement après un tel exercice - je considère que la majorité de nos entreprises se portent plutôt bien. Mais il est également possible que vous arriviez à certaines conclusions qui pourraient vous inciter à agir. D'une part, peut-être jugerez-vous que certaines de vos sociétés sont en danger. Par exemple, une entreprise qui produit du pétrole, qui devient largement déficitaire en raison de la chute du prix du pétrole et qui est lourdement endettée pourrait ne pas réussir à traverser la crise. D'autre part, vous pourriez juger que certaines de vos sociétés connaîtront probablement une période prolongée de résultats médiocres. Par contre, si leur santé financière est très saine et que l'évaluation de leur titre est très raisonnable, vous déciderez probablement de les conserver.

Enfin, cet exercice vous permettra peut-être de repérer de véritables occasions parmi les titres de votre portefeuille. Peut-être opterez-vous alors pour ajouter à ces positions, quitte à laisser aller un ou deux titres dont les perspectives vous semblent plus incertaines?

3- Correction rime avec occasion. Enfin, dites-vous bien que ce sont de telles corrections qui créent les occasions. Personnellement, je crois que le marché canadien, en raison de sa forte pondération en titres de ressources naturelles et de la chute associée de notre dollar est devenu un marché à éviter pour les investisseurs étrangers. Il est ni plus ni moins que pestiféré depuis quelque temps. Si nous ne sommes pas attirés par le secteur des ressources naturelles dans lesquels nous n'avons presque jamais investi, il me semble néanmoins que plusieurs titres d’entreprises oeuvrant dans d’autres secteurs ont probablement été injustement punis par simple association.

Quoique vous décidiez, prendre une décision sous le coup de l'émotion mène rarement à de bons résultats. Ne regardez plus les cotes de vos titres (ou moins souvent; voir mon récent blogue à ce sujet), faites abstraction des nouvelles souvent alarmantes dont nous bombardent les médias (il faut bien qu'ils attirent l'attention) et passez plus de temps à analyser vos entreprises. Cette correction sera sans doute oubliée depuis longtemps dans cinq ans (qui se souvient de la forte correction du marché de l'été 2011?).

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

À propos de ce blogue : Philippe Le Blanc est président et chef des placements chez COTE 100, une boutique de gestion de portefeuilles. Il est également éditeur de la Lettre financière COTE 100, publiée depuis 1988.

 

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