Comment créer un environnement propice à la réussite en Bourse

Publié le 16/10/2015 à 08:07

Comment créer un environnement propice à la réussite en Bourse

Publié le 16/10/2015 à 08:07

(Photo: Bloomberg)

BLOGUE. Plus je lis, plus je rencontre d’investisseurs et plus je réfléchis à la bourse et au monde de l’investissement, plus je deviens convaincu d’une chose : la gestion de ses émotions est plus importante que les connaissances pour réussir à long terme en Bourse. Car lorsque l’on y réfléchit, la bourse n’est pas si compliquée : pour y réussir, il suffit d’investir dans une poignée d’entreprises de qualité à un prix raisonnable et de conserver ces titres très longtemps.

Mais comme l’a dit Warren Buffett : «Il semble y avoir une caractéristique perverse de la nature humaine qui nous force à rendre les choses simples difficiles.»

Les biais psychologiques sont probablement le facteur qui rend la gestion d’un portefeuille de placement si compliquée (et si peu rentable) pour de nombreux investisseurs. J’ai devant moi un rapport de recherche qui le confirme.

La firme Dalbar a étudié les rendements qu’ont obtenus les investisseurs américains dans les fonds communs au cours des 30 dernières années. Le constat est cinglant : au cours de cette période (se terminant le 31 décembre 2014), l’investisseur moyen dans les fonds communs d’actions a obtenu un rendement annuel composé de 3,79% comparativement à 11,06% pour le S&P 500. On observe un écart similaire pour les rendements obtenus pour l’année 2014 (5,50% par rapport à 13,69%, sur 3 ans (14,82% contre 20,41%), sur 5 ans (10,19% contre 15,45%), sur 10 ans (5,26% contre 7,67%) et sur 20 ans (5,19% contre 9,85%).

La firme Dalbar attribue cette nette sous-performance au fait que les investisseurs ont souvent décidé d’acheter et de vendre… au mauvais moment (voir «Ces biais psychologiques qui affectent les investisseurs»).

Dès que l’on connaît ces biais psychologiques, je crois qu’il est possible d’établir des façons de faire et de créer un environnement propres à nous permettre d’éviter, ou à tout le moins, d’éloigner ces pièges. Il me semble que nous avons réussi, chez COTE 100, à mettre en place dans notre environnement plusieurs éléments qui nous permettent d’agir comme des investisseurs à long terme :

1- Nous sommes en retrait de la cohue. Depuis la fondation de l’entreprise il y a plus de 25 ans, nos pénates sont établies à St-Bruno-de-Montarville. Ce n’est pas exactement la campagne profonde, mais nous sommes tout de même assez loin de la cohue et des rumeurs du centre-ville de Montréal. Je suis toujours épaté de savoir combien les gens qui travaillent dans le milieu de la finance à Montréal sont sollicités pour assister à des cocktails, des conférences, des lunchs d’affaires, etc. C’est sans compter le trafic et le stress qu’amènent les embouteillages constants.

2- Nous n’avons pas de terminal Bloomberg, ni de télévision. Les investisseurs qui visitent nos bureaux sont souvent très surpris de voir que nous n’avons ni terminal Bloomberg ni poste de télévision branché en permanence sur les nouvelles financières. Bien entendu, nous avons accès aux cotes et aux nouvelles qui concernent les titres que nous détenons en portefeuille. Il reste que nous passons le moins de temps possible à suivre les marchés boursiers en direct, ce qui nous laisse plus de temps et de silence pour faire ce qui est vraiment important : lire et réfléchir.

3- Nous effectuons notre propre recherche. Le Système COTE 100 nous permet de filtrer les titres offerts sur le marché et de concentrer nos efforts de recherche exclusivement sur ceux qui répondent à nos critères de sélection. Cette façon de faire nous force à développer nos propres idées d’investissement et à ne pas nous laisser influencer par des sources externes. À mon avis, les investisseurs sont généralement trop éparpillés dans leur recherche de placements potentiels. Comme l’ado qui butine constamment entre l’Internet, sa page Facebook, ses textos, la télé et ses devoirs, l’investisseur saute constamment d’une source d’information à l’autre sans jamais s’investir profondément dans un dossier. En général, nous n’attendons pas de nouvelles idées de placement de la part des analystes, des courtiers, ou des dirigeants d’entreprises. Notre processus est inversé : une fois que nous avons repéré un placement qui nous semble intéressant, nous obtenons les rapports de recherche des firmes de courtage et décidons s’il serait approprié de rencontrer les dirigeants de l’entreprise.

J’ai lu récemment une anecdote assez cocasse selon laquelle les comptes de courtage qui obtiennent les meilleurs rendements chez les courtiers sont ceux dont les propriétaires sont décédés depuis un bon moment! Comme le démontre l’étude Dalbar, les investisseurs auraient avantage à moins transiger et à ne pas se laisser influencer par le barrage d’information continue qui les incite à transiger. En créant un environnement propice à la réflexion et à la lecture, je crois qu’un investisseur met les chances de son côté pour réussir à long terme à la bourse. 

Aparté : nous aborderons ce sujet ainsi que plusieurs autres lors de nos prochaines conférences «L'investissement valeur n'est pas un concours de popularité». 

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

À propos de ce blogue : Philippe Le Blanc est président et gestionnaire de portefeuille chez COTE 100, une boutique de gestion de patrimoine. Il est également éditeur de la Lettre financière COTE 100, publiée depuis 1988.

 

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