BRP ou pourquoi nous évitons généralement les nouvelles émissions

Publié le 16/05/2013 à 14:41

BRP ou pourquoi nous évitons généralement les nouvelles émissions

Publié le 16/05/2013 à 14:41

BLOGUE. BRP, l’ex-division Produits récréatifs de Bombardier qui a été privatisée en 2003 par Bain Capital, la famille Bombardier et la Caisse de dépôt, revient à la Bourse avec une émission de 12,2 M d’actions à un prix qui sera établi dans une fourchette de 18,50 $ à 21,50 $ chacune. On parle donc d’une émission de 226 M$ à 262 M$. Bain Capital aurait probablement bien voulu procéder à cette émission plus tôt mais la crise financière de 2008-2009 leur a sûrement joué un petit tour…

J’ai jeté un coup d’œil au prospectus qu’a déposé BRP au cours des derniers jours. L’exercice m’a rappelé pourquoi nous ne participons que très rarement aux nouvelles émissions d’actions. Voici quelques commentaires concernant l’émission de BRP qui s’appliquent à la plupart des nouvelles émissions d’actions :

1- Les propriétaires choisissent le moment pour faire leur rentrée en bourse. Les marchés boursiers atteignent des sommets et les titres liés à la consommation discrétionnaire tels que BRP ont très bien fait en bourse au cours des derniers trimestres, obtenant des ratios d’évaluation historiquement élevés. Par exemple, le titre de Polaris, probablement le meilleur comparable de BRP, vaut présentement plus de 90 $ par action et s’échange à des sommets historiques. Au creux de la crise de 2009, vous auriez pu acheter ce titre à un peu plus de 9,00 $.

2- L’évaluation du secteur atteint des sommets. Le titre de Polaris s’échange à 20,5 fois les profits qu’elle a réalisés en 2012 et à plus de 17 fois les profits prévus pour l’exercice 2013, ce qui pousse son évaluation près des plus hauts niveaux des 10 dernières années. À 18,50 $, au bas de la fourchette prévue, le titre de BRP se vendra à 14,4 fois ses profits normalisés de l’exercice clos le 31 janvier 2013; à 21,50 $, ce ratio serait de 16,8.

3- Le produit de l’émission ira essentiellement aux propriétaires. Lorsque l’on investit dans une nouvelle émission d’actions, il est à mon avis préférable que le produit de l’émission serve à investir dans l’entreprise pour alimenter sa croissance future. Dans le cas de BRP, la société aura versé 531 M$ en dividendes à ses actionnaires juste avant l’émission. Autant dire que le produit de l’émission ira dans les poches des actionnaires actuels.

Par ailleurs, si l’on poursuit la comparaison avec Polaris, on note que celle-ci est à la fois plus rentable que BRP (marge d’exploitation de 17,1 % au dernier exercice par rapport à 11,6 % pour BRP) et en meilleure santé financière (au 31 décembre 2012, son encaisse surpassait sa dette totale de 310 M$ alors que BRP avait au 31 janvier 2013 une dette nette de près de 550 M$). De plus, Polaris semble avoir beaucoup mieux traversé et récupéré de la crise de 2008-2009 : ses revenus ont chuté de 19,6 % de 2008 à 2009 et ont ensuite rebondi de 105 % depuis le creux de 2009; de son côté, BRP a essuyé une baisse de 27 % de ses revenus en 2009 (exercice clos le 31 janvier 2010) et ces derniers ont depuis rebondi de 45 %.

Cela dit, cette brève analyse ne veut pas dire que le titre de BRP ne fera pas bien au cours des semaines qui suivront sa venue en bourse. Comme je l’ai souvent dit dans ce billet, les titres de qualité tels que BRP ne sont pas légion au Canada et se méritent souvent des primes par rapport aux titres similaires américains. En outre, les propriétaires de BRP demeureront des actionnaires importants après l’émission et Bain Capital aura tout intérêt à ce que le titre performe bien au cours des prochains trimestres pour continuer à vendre sa participation. Par contre, je préfère généralement acheter des actions d’une entreprise à mes conditions, c’est-à-dire sur le marché secondaire, plutôt que selon les termes dictés par ses propriétaires lors d’une nouvelle émission d’actions.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

À propos de ce blogue : Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

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