Bourse: Que gagne-t-on à envier le succès de son prochain?

Publié le 15/01/2021 à 09:50

Bourse: Que gagne-t-on à envier le succès de son prochain?

Publié le 15/01/2021 à 09:50

L’envie du succès des autres n’apporte rien de plus que frustration et haine. (Photo: 123RF)

L’envie est un des sept péchés capitaux. Or, contrairement à la plupart des autres péchés, l’envie ne procure absolument pas de plaisir; au contraire, elle est source de frustration et de haine. Que gagne-t-on à envier le succès de son prochain?

Pourtant, l’envie est très répandue chez les investisseurs, particulièrement en période de marchés haussiers. Je soupçonne qu’elle est en grande partie la source des bulles spéculatives qui entraînent régulièrement certains secteurs des marchés, parfois même l’ensemble des marchés boursiers.

Votre beau-frère a acheté un «bitcoin» il y a quelques mois à près de 5000$ et il vient de vous appeler pour se targuer du fait qu’il vaut maintenant plus de 35 000$. Il se demande s’il ne s’achètera pas un nouveau bateau avec ce bitcoin. Puis, il y a votre collègue de bureau qui a acquis des actions de Tesla en mars 2020 autour de 90$ l’action, alors que le titre vaut maintenant près de 835$ – il a multiplié son argent par près de 10 en moins d’un an et il songe maintenant à vendre ses actions dans le but de s’offrir le nouveau modèle de la société pour son anniversaire, une Tesla modèle Y.

Et puis, il y a votre voisin qui, depuis qu’il travaille à la maison en raison de la pandémie, a décidé d’ouvrir un compte de courtage pour s’amuser un peu. Lorsque vous l’avez croisé dans la rue il y a quelques jours, il a déclaré que cela avait été la meilleure décision de sa vie et qu’il songeait sérieusement à abandonner son boulot pour se vouer entièrement à la «gestion» de son portefeuille. Justement, pas plus tard qu’hier, vous dit-il, «j’ai fait un profit de 25 000$ en achetant des options d’achat à court terme sur le titre de Zoom. C’est tellement facile! J’aurais dû m’y mettre bien avant!».

De votre côté, vous n’avez jamais dévié de votre stratégie d’investissement et de votre plan de retraite. Vous continuez de mettre de l’argent de côté à chaque paye, argent qui est systématiquement réinvesti dans un mélange d’actions de grandes sociétés nord-américaines (75%) et d’obligations (25%). Cette méthode vous a bien servi au fil des ans et vous avez connu de bons rendements au cours des quelque vingt dernières années. Mais le doute vous tenaille et vous vous demandez si vous ne pourriez pas aller un peu plus vite qu’avec le rendement de 8% que vous avez enregistré en 2020. «Ne pourrais-je pas moi aussi profiter de cette manne et acheter le titre de Tesla, de Microsoft ou de Zoom?», vous demandez-vous. N’est-il pas frustrant de voir votre voisin et votre beau-frère qui, à votre avis, ne connaissent pas grand-chose à la Bourse et à l’investissement, vous surpasser de la sorte? N’avez-vous pas droit vous aussi à cette Tesla neuve modèle Y? N’aimeriez-vous pas lâcher cette «job» qui vous force à rester assis à la maison à participer à des conférences Zoom à longueur de journée?

C’est lorsque la tentation est la plus forte pour l’investisseur de se joindre à la masse de spéculateurs que le danger est le plus grand pour l’ensemble des investisseurs boursiers et pour le marché boursier. La grande popularité de services de négociation tels que Robinhood, l’attraction des commissions nulles à la négociation de titres (Les commissions nulles: un cadeau empoisonné?), la facilité à obtenir du crédit à faible coût de la part des banques afin d’investir, le confinement à domicile ainsi que l’argent que nous postent nos gouvernements pour nous aider à traverser cette damnée pandémie et la facilité déconcertante avec laquelle on peut du jour et lendemain se prendre pour un négociateur d’options – voilà autant de facteurs qui incitent à la prudence.

L’envie du succès des autres n’apporte rien de plus que frustration et haine. Assurez-vous qu’elle ne mènera pas en plus à de graves erreurs qui pourraient vous coûter une grande partie de votre fonds de retraite. De fait, il me semble que j’aurais très bien pu écrire ce même blogue à la fin des années 1990 alors que de nombreux investisseurs étaient attirés par les titres «.com».

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

Chef des placements, COTE 100

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