Avant d'apprendre d'une défaite, il faut savoir l'accepter

Publié le 13/11/2020 à 15:29

Avant d'apprendre d'une défaite, il faut savoir l'accepter

Publié le 13/11/2020 à 15:29

Une personne qui tombe d'un graphique

(Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Je crois que c’était à l’été 1984. Je disputais le match de finale d’un tournoi de tennis pour la région de l’Est du Canada dans la catégorie 14 ans et moins. Je me souviens très bien du dernier point, le point de match: je servais et le pointage était de 5-3, 40-30, après avoir remporté la première manche. J’effectue mon service qui tombe sur la ligne du centre – un as! Mais mon adversaire appelle la balle à l’extérieur. S’en suit un long argument qui se conclut par une décision de l’arbitre à l’effet que la balle était sur la ligne: j’avais remporté le match!

Cependant, mon adversaire ne l’a pas vu de cette façon. Il a refusé de me serrer la main et a continué à argumenter auprès de l’arbitre. Il a même demandé que l’organisateur du tournoi vienne sur le court afin qu’il puisse lui soumettre ses arguments. Après quelques minutes à l’écouter, j’ai ramassé mon sac de raquettes et suis sorti du court en direction des vestiaires. Environ une demi-heure plus tard, après avoir pris ma douche et changé de vêtements, je suis ressorti du vestiaire pour constater que mon adversaire était toujours en train d’argumenter avec les arbitres! Il n’a jamais accepté sa défaite.

Cette vieille histoire m’est revenue à l’esprit au cours des derniers jours, depuis le verdict officiel des élections présidentielles américaines et la réaction de déni de M. Trump et de plusieurs membres du Parti républicain.

À mon avis, les investisseurs et les dirigeants d’entreprises peuvent apprendre beaucoup de cette réaction de Trump.

En premier lieu, il faut se fier aux faits, aux données. En examinant les résultats de l’élection, il me semble que les chances sont à peu près nulles que Donald Trump réussisse à renverser le résultat de l’élection.

En deuxième lieu, il faut savoir accepter la défaite et tenter d’en tirer des leçons pour mieux faire lors de la prochaine bataille. Croyez-vous que mon adversaire de 1984 a appris de sa défaite s’il n’a jamais été capable de l’accepter? Au tennis, comme dans tout domaine compétitif, comme le disent les Américains: «You win some, you lose some» («On en gagne et on en perd»).

Je me souviens qu’en 2010, Couche-Tard avait tenté d’acquérir la société américaine Casey’s General Stores («CASY»). Malgré une offre qui semblait attrayante pour les actionnaires de la société, le conseil d’administration de cette dernière l’avait refusée. À l’époque, après avoir étiré la période de son offre, M. Bouchard avait abdiqué. C’était, me semblait-il, un échec humiliant et très public pour Couche-Tard et pour M. Bouchard. Or, au lieu de s’entêter et de majorer son offre, la société s’est retirée en bonne perdante. Deux ans plus tard, en 2012, elle a fait l’acquisition majeure de Statoil Fuel & Refueling, un exploitant de quelque 2 300 dépanneurs dans le Nord de l’Europe, qui s’est avérée un grand succès pour ses actionnaires.

Pour l’investisseur boursier, il est impossible d’avoir raison à tout coup. Dans son livre «One Up On Wall Street», le célèbre investisseur Peter Lynch a écrit: «En investissement, si vous êtes bon, vous avez raison six fois sur dix. Vous n’aurez jamais raison neuf fois sur dix.» Les erreurs font partie du parcours de tous les investisseurs, même les meilleurs. Or, à mon avis, ce qui différencie ces derniers des autres n’est pas qu’ils ne commettent pas d’erreurs, mais qu’ils apprennent de celles-ci et qu’ils aient tendance à ne jamais les répéter.

Or, avant d’espérer apprendre d’une défaite ou d’une erreur, il faut d’abord l’accepter humblement et en bon perdant.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

Chef des placements, COTE 100

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