Le retrait du Financial Times de l’App Store annonce-t-il le déclin des applications mobiles?

Publié le 21/09/2011 à 10:47, mis à jour le 28/09/2011 à 09:49

Le retrait du Financial Times de l’App Store annonce-t-il le déclin des applications mobiles?

Publié le 21/09/2011 à 10:47, mis à jour le 28/09/2011 à 09:49

Par Patrick Gagné

Site web mobile du Financial Times réalisé en Html5

Blogue.

Apple s’est heurtée récemment à une opposition grandissante face à son modèle de partage de revenus dans son App Store. Les conditions exigées par Apple ne semblent pas faire l’affaire des éditeurs de contenus tels que les journaux et les magazines. En exigeant que l’abonnement aux contenus se fasse à l’intérieur des applications mobiles (donc, dans l’App Store/iTunes), Apple force les éditeurs à céder trois éléments cruciaux : le contrôle de la transaction avec les abonnés, une partie des revenus (30%) et la récolte d’informations sur les abonnés.

Le Financial Times a récemment décidé de retirer complètement son application iPad de l’App Store d’Apple et a lancé parallèlement une version web mobile de son journal (plus précisément en HTML51). Cette décision a ouvert la voie à d’autres éditeurs, dont Playboy. Le modèle d’Apple est donc mis en cause par les éditeurs et fait ressortir une question importante : les applications mobiles comme seul modèle de distribution de contenu sont-elles viables à terme?

Pour me joindre sur Twitter : @patrickgagne

Apple comme intermédiaire
Le modèle d’Apple est fondé sur un principe simple : pour toute application disponible dans l’App Store, les éditeurs sont tenus de verser 30% de leurs revenus d’abonnement et n’ont accès qu’à un nombre limité de données reliées aux abonnés (nom, prénom et adresse courriel). Apple se positionne donc un intermédiaire dans toute transaction dans l’App Store.

Apple a récemment assoupli ses conditions en permettant aux éditeurs de publier des applications qui affichaient du contenu préacheté (c'est-à-dire achetés à l’extérieur de l’App Store) pour autant qu’il n’y ait ni bouton, ni lien menant à l’extérieur de l’application pour le renouvèlement. Apple veut bien sûr conserver les transactions à l’intérieur de l’environnement iTunes.

Financial Times sort du modèle
Pour un éditeur de contenu (magazine, presse, jeux), ces conditions peuvent s’avérer soit trop onéreuses (30% de partage de revenus), soit impossibles à accepter (nombre limité d’informations sur les abonnés). C’est le second point surtout qui a motivé la décision du Financial Times : le fait de récolter de l’information sur son lectorat est une condition essentielle à la valorisation de son modèle publicitaire, la plus grande portion des revenus de tout éditeur.

Malgré le fait qu’il y ait toujours un nombre grandissant d’éditeurs intéressés à profiter de la masse critique des consommateurs dans l’écosystème Apple (App Store, iTunes, iPad, iPhone), je crois que nous allons voir une croissance des défections dans le temps. Apple s’est campée dans une position hégémonique et devra subir une montée progressive d’alternatives à son modèle économique fermé. Pourquoi Apple a-t-elle opté pour cette position? Tout simplement parce qu’elle le peut, comme elle occupe une place dominante au sein du secteur mobile.

Le web mobile comme alternative au modèle économique du App Store
Le Financial Times a donc décidé de retirer son application iPad de l’App Store d’Apple en juin 2011. Au même moment, elle lançait une version en web mobile (en HTML5) de son contenu ; une alternative très viable économiquement, qui offre presqu’en totalité les mêmes fonctionnalités qu’offrait son application iPad. Cette décision tombe sous le sens pour le Financial Times parce qu’elle lui permet de conserver 100% de ses revenus, de reprendre le contrôle de son processus d’abonnement et de la relation avec ses abonnés.

Au-delà de l’argumentaire du Financial Times, nous pouvons relever plusieurs avantages d’une solution web mobile versus une application mobile :
- Une économie dans le développement : en publiant une version mobile de son site (compatible avec tous les browsers mobiles), l’éditeur s’évite de développer plusieurs versions de son application à soumettre aux diverses boutiques d’applications (Apple, Android, et bientôt Amazon), ce qui est beaucoup plus couteux.
- Un contrôle sur le déploiement : l’éditeur ne dépend plus d’Apple pour l’approbation de son application, ni des mises à jour. Le site web mobile peut être mis à jour à la guise de l’éditeur.
- Une plus grande liberté sur les normes de développement : l’éditeur n’est plus contraint par les normes ou politiques imposées par Apple dans son processus d’approbation.
- Un contrôle des marges bénéficiaires sur l’abonnement : en mettant de côté l’intermédiaire (Apple ou Google), l’éditeur conserve 100% de ses revenus.
- Une expérience utilisateur qui ressemble à celle des applications : les fonctionnalités dites « natives » des tablettes sont maintenant intégrées pour la plupart dans les solutions en HTML5 comme l’accéléromètre, le GPS, ou le stockage en mode local. De fait, le site mobile du Financial Times permet de télécharger les articles sur l’iPad et de le lire en mode local.

Le déclin prévu des applications mobiles
Donc, pas de redevances à payer, un déploiement simple (et non plusieurs déploiements), un coût plus faible de développement et de déploiement? Il y a fort à parier que nous verrons beaucoup plus d’éditeurs pencher du côté du web mobile.

Est-ce que les applications mobiles sont vouées à disparaître dans le temps? Je n’y crois pas un instant. Il y aura certainement une croissance forte du web mobile mais les applications mobiles (sur téléphone intelligent et sur tablette) conserveront leur pertinence ; toutefois, elles ne domineront plus comme c’est le cas aujourd’hui. Les éditeurs vont probablement délaisser progressivement le développement d’applications mobiles. D’autant plus que l’effet de mode des applications est en train de s’essouffler. L’alternative du web mobile est déjà trop attrayante pour les entreprises.

Au-delà de l'édition de contenu, qu’est-ce que ça veut dire pour une organisation qui veut développer son portefeuille mobile ? Qui télécharge des applications ? Quel est leur taux d’utilisation ? Je vais me pencher sur ces questions au courant de l’automne également. À mercredi prochain !

1 Le HTML5 est la nouvelle version du HTML qui incorpore plus de fonctionnalités attrayantes des téléphones intelligents dont la lecture hors-connexion.

À propos du blogue "Horizons Numériques"
Nous sommes au cœur d’une révolution numérique où les changements bouleversent le monde du marketing et des communications, et aussi la vie de tous les jours. Comme je suis en général assez méfiant des modes technos (ou « hype »), je garde un regard toujours critique sur les nouvelles tendances qui se créent.
Dans ce blogue, je ferai donc état des tendances dans le secteur numérique et donnerai une perspective critique sur les événements qui se déroulent et les modes technos qui se créent à tous les jours, en les rattachant à des perspectives d’affaires.
Je tenterai aussi de faire des projections d’avenir de temps à autres, question de me « mouiller » un peu. Je vous inviterai à en faire autant. Nous verrons bien avec le temps qui aura eu raison ;-)

 J’occupe le poste de directeur principal, stratégie chez Transcontinental Interactif.

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