Zola vaut-il mieux qu'un MBA?

Publié le 15/05/2013 à 09:41, mis à jour le 15/05/2013 à 09:41

Zola vaut-il mieux qu'un MBA?

Publié le 15/05/2013 à 09:41, mis à jour le 15/05/2013 à 09:41

«Mouret, chaque matin, lorsqu’il faisait avec Bourdoncle son inspection, prenait à part les chefs de comptoir, qu’il avait poussés, l’hiver, pour que la vente ne souffrît pas, à engager plus de vendeurs qu’il ne leur en fallait, quitte à écrémer ensuite leur personnel. Il s’agissait maintenant de diminuer les frais, en rendant au pavé un bon tiers des commis, les faibles qui se laissaient manger par les forts.

– Voyons, disait-il, vous en avez là-dedans qui ne font pas votre affaire… On ne peut les garder pourtant à rester ainsi, les mains ballantes.

Et, si le chef de comptoir hésitait, ne sachant lesquels sacrifier :

– Arrangez-vous, six vendeurs doivent vous suffire… Vous en reprendrez en octobre, il en traîne assez dans les rues!»

«Autre élément non moins choquant, le salaire de misère des débutants, qui contraint les jeunes vendeuses à prendre un amant pour survivre.

«Ces pratiques barbares, qu’un Mouret éperdu d’amour supprimera sous l’influence de sa chère Denise, contrastent avec le paternalisme du petit commerce, dans lequel la boutique est au centre d’une véritable vie de famille. On voit ainsi le père Baudu, incarnation des pratiques traditionnelles, s’élever contre ce commerce «sans affection». Il faut dire que toute l’existence de l’oncle de Denise repose sur un mélange intime entre vie professionnelle et vie familiale : dans sa boutique, cela fait trois générations que la fille du patron épouse le premier commis, assurant de ce fait une transmission sans heurts. (…)

Innovation contre étroitesse d’esprit

«L’opposition entre l’ancien et le nouveau ne porte pas seulement sur l’apparence des magasins mais aussi sur l’état d’esprit de leurs dirigeants respectifs. Toute la personne de Mouret respire l’audace et la prise de risque. Ses projets pharaoniques d’agrandissement fragilisent d’ailleurs sa trésorerie : «Il s’agissait de vaincre ou de mourir».

«À l’inverse, le vieux Baudu se caractérise par une résistance acharnée au changement, liée à une certaine étroitesse d’esprit. «Si c’est une pareille bousculade qu’on appelle à présent le commerce, je n’y entends rien, j’aime mieux m’en aller», déclare-t-il ainsi, dépassé par les événements.

«Pour lui, le fait de bousculer les principes rigides qui régissent le commerce traditionnel s’apparente à un acte immoral : il faut rétablir la «dignité du commerce compromise». L’un de ces principes fondateurs consiste à ne vendre qu’un type de marchandises dans un même lieu. «Il a osé créer un rayon de ganterie», se scandalise Baudu, jugeant la façon dont Mouret multiplie les rayons proprement diabolique. Comme on le voit dans l’extrait présenté, le patron du Vieil Elbeuf réagit en se raccrochant farouchement aux pratiques anciennes et en rejetant en bloc toute forme d’innovation – une stratégie vouée au fiasco.

«À l’inverse, le jeune marchand Robineau, qui vient d’acquérir une boutique, essaye de lutter avec les armes de son menaçant adversaire. Il fait de la publicité et se lance bravement dans une guerre des prix, après avoir noué une alliance avec un fabricant de soieries lyonnais.

«Mais à ce jeu-là, il est forcément perdant puisqu’il ne peut prétendre à des volumes de ventes comparables à ceux de son concurrent. Comprenant qu’il court à sa perte et ne peut rien contre «la fin d’un monde», il tente de se suicider.

À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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