Un truc ultrasimple pour progresser dans votre travail!

Publié le 22/11/2016 à 06:06, mis à jour le 22/11/2016 à 06:24

Un truc ultrasimple pour progresser dans votre travail!

Publié le 22/11/2016 à 06:06, mis à jour le 22/11/2016 à 06:24

Il suffit de former un binôme de collègues aux talents complémentaires... Photo: DR

Qui d'entre nous ne rêve pas de s'améliorer dans son travail? De viser l'excellence dans son talent de prédilection? Ou tout bonnement de progresser dans son champ de compétences? Car, chacun de nous le sait bien, c'est en progressant lentement, mais sûrement que l'on peut prétendre tutoyer, un beau jour, l'épanouissement dans notre quotidien au bureau...


Le hic? Nous avons beau décrocher, pour les plus chanceux d'entre nous, l'autorisation de passer une journée à un congrès professionnel, voire le go pour suivre un programme de formation dernier cri, eh bien, il faut reconnaître que trop souvent cela n'est guère suivi de progrès stupéfiants dans les semaines qui suivent... Du coup, nous avons l'impression de faire du surplace. Pas vrai?


Pourtant, il existe un truc on ne peut plus simple pour changer tout ça! Si, si... Je l'ai déniché dans une étude passionnante, intitulée Learning job skills from colleagues at work: Evidence from a field experiment using teacher performance data. Celle-ci est signée par deux professeurs d'économie et d'éducation de l'Université Brown à Providence (États-Unis) – John Papay et John Tyler –, assistés de leur étudiante Mary Laski, ainsi que par Eric Taylor, professeur d'éducation à Harvard (États-Unis). Regardons ensemble de quoi il s'agit...


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Les quatre chercheurs américains ont noté qu'au Tennessee se trouvait une formidable base de données sur les enseignants du niveau collégial, laquelle était – curieusement – inexploitée scientifiquement : d'une part, ceux-ci peuvent avoir la visite d'un inspecteur-évaluateur plusieurs fois dans une même année; d'autre part, ceux-ci sont évalués chaque année en fonction de 19 critères liés aux talents attendus pour un enseignant (ex.: «gérer le comportement des étudiants», «poser des questions aux étudiants», «structure et rythme des leçons», etc.). En se penchant dessus leur est venue une idée originale : et si on formait des binômes de professeurs d'un même établissement scolaire, histoire de les inciter à s'entraider pour devenir de meilleurs enseignants... et si, par la suite, on regardait l'éventuel impact que cela aurait sur la qualité de leur enseignement...


Aussitôt dit, aussitôt fait. Les quatre chercheurs américains ont pris contact avec 14 cégeps du Tennessee et leur ont proposé de participer à une petite expérience. Le principe était très simple :


> Composition des binômes. Demander à la direction de l'établissement scolaire de former des binômes de manière théorique, en veillant à ce qu'il y ait un enseignant (A) qui ait une faiblesse dans un des 19 talents évalués et à ce que l'autre enseignant (B) soit justement doué dans le talent en question.


> Invitation. Inviter la direction du cégep à indiquer à A et B qu'ils gagneraient à former un binôme, en leur soulignant qu'ils étaient certainement complémentaires (autrement dit, sans leur indiquer qu'ils avaient été unis a priori parce que l'un avait une faiblesse et que l'autre avait une force concernant un talent en particulier).


> Plan d'attaque. Pour chaque binôme visiblement intéressé par l'expérience, lui expliquer qu'il convient de regarder ensemble les dernières évaluations de l'un et de l'autre, en toute transparence; puis, d'en dégager, toujours ensemble, un plan pour s'améliorer l'un l'autre. (Note : pour ceux qui peinaient à identifier un tel plan, il est arrivé qu'on leur ait donné un coup de main, en leur suggérant de raconter à l'autre comment il enseignait, comment il construisait ses leçons, comment il gérait les étudiants qui traînent des pieds, etc.; cela suffisait pour leur permettre de déceler leur complémentarité, et donc, le moyen concret d'en tirer parti).


> Liberté d'action. Souligner que le binôme était totalement libre de s'organiser comme il l'entendait pour mener à bien son plan d'attaque. Il était ainsi libre de se voir quand bon lui semblait durant la semaine de travail normale, le temps nécessaire, sur la base régulière de son choix, tant que cela ne nuisait pas à leurs tâches quotidiennes (ex.: cela pouvait se traduire par une première heure ensemble, histoire d'établir le plan d'attaque, prise entre deux cours; puis, par des rencontres de 15 minutes, une fois par semaine, lors d'une pause entre deux cours).


Bref, les quatre chercheurs ont juste veillé à ce que des binômes pertinents soient formés, sur une base volontaire, et à ce qu'ils aient les coudées franches pour remplir la mission que chacun d'eux s'est fixée. C'est tout.


Résultats? Accrochez-vous bien :


> Meilleures notes. Les étudiants de l'enseignant A – celui qui avait une faiblesse dans un talent en particulier – ont vu leurs notes s'apprécier globalement «de manière significative» tout au long de l'année. De combien? Il est aventureux d'avancer un chiffre, néanmoins, les quatre chercheurs indiquent que cela correspond à une appréciation correspondant au fait d'avoir, tout d'un coup, un bon professeur alors que jusqu'alors on avait un professeur médiocre. Plus précisément, cela équivaut à avoir un professeur dont la performance figure dans la médiane de l'ensemble des professeurs au lieu d'un professeur dont la performance est située dans le dernier quartile. «Un différence majeure, qui se traduit jusque dans les notes des étudiants», soulignent les quatre chercheurs dans leur étude. Ce qui est le signe de l'efficacité du travail d'amélioration en binôme.


> Effet durable. Mieux, les étudiants de l'enseignant A de l'année scolaire qui a suivi celle de l'expérience du binôme ont vu leurs notes littéralement bondir par rapport à ce qu'elles auraient dû être si l'expérience n'avait pas été menée. C'est que la progression a été deux fois supérieure à celle des étudiants de l'année précédente, celle où le binôme menait à bien son plan d'attaque. Du coup, l'effet bénéfique de l'expérience est clairement durable. Ce qui est un signe supplémentaire de l'efficacité du travail d'amélioration en binôme.


Qu'est-ce que tout ça signifie? Que le simple fait d'oeuvrer en binôme dans l'optique de s'améliorer dans son travail donne des résultats. Des résultats tangibles et durables : les notes des étudiants ont, en général, progressé dès la première année, puis ont bondi, pour les étudiants de l'année suivante. Comme quoi, l'enseignant avait réellement progressé, ayant comblé l'une de ses faiblesses grâce aux seules lumières d'un collègue.


Fantastique, n'est-ce pas? Et d'autant plus intéressant que le coût de tout cela, on s'entend, est minime : il suffit juste à chacun de s'arranger pour ne pas trop empiéter sur ses journées de travail, et le tour est joué! Un dernier point, que je me permets de souligner : il faut que les bosses de ces deux collègues aient suffisamment confiance en eux pour les laisser agir à leur guise, et ne pas s'immiscer dans le processus, en se retenant, entre autres, de surveiller, voire contrôler, ce que les deux ont décidé de faire et font réellement.


Bon. Que retenir de tout ça? Ceci, à mon avis :


> Qui entend progresser dans son travail se doit de former un binôme avec un collègue aux talents complémentaires aux siens. Il lui faut avoir l'humilité de reconnaître qu'il a certaines faiblesses et que celles-ci correspondent à des forces d'un collègue. Puis, il doit lui en parler en toute franchise, sachant que, dans un monde idéal, ce collègue-là aimerait justement apprendre d'un talent que, lui, a (ex.: «Tu sais, j'aimerais bien savoir comment tu fais pour analyser des documents complexes en un rien de temps», dit l'un; et l'autre de lui rétorquer «Ça me fera plaisir, d'autant plus que, moi, j'aimerais bien savoir comment tu fais nouer des liens aussi facilement avec tout le monde, ici, au bureau»). Ne reste plus qu'à former un binôme – après avoir obtenu le go des bosses respectifs, bien entendu –, établir un plan d'attaque et s'arranger pour le mener à bien.


En passant, le scientifique britannique Isaac Newton disait : «Lorsque deux forces sont jointes, leur efficacité est double».


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À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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