Pourquoi ne télétravailleriez-vous pas... au soleil?

Publié le 24/11/2020 à 07:00

Pourquoi ne télétravailleriez-vous pas... au soleil?

Publié le 24/11/2020 à 07:00

Une autre vie au travail, plus accessible que jamais... (Photo: Artem Beliaikin pour Unsplash)

BLOGUE. Souvenez-vous, juste avant l’arrivée de la COVID-19, il n’y avait pas beaucoup d’employeurs qui pensaient que le télétravail était envisageable au sein de leur entreprise. Et du jour au lendemain, ils s’y sont mis - certes, contraints et forcés par les mesures de confinement imposées par le gouvernement Legault -, sans que cela se traduise pour autant par une catastrophe pour leurs affaires. Loin de là. C’est que des études montrent que les employés en télétravail sont, dans la majorité des cas, plus heureux dans leur quotidien au travail, et même plus engagés que jamais, vu qu’ils travaillent maintenant en moyenne une heure de plus par jour.

Ainsi, le télétravail est non seulement devenu quelque chose d’envisageable, mais aussi, bien souvent, de profitable.

Parfait. Maintenant, je vous invite à poursuivre l’évolution de notre façon de travailler un cran plus loin. Et si vous vous mettiez à télétravailler… au soleil? Ne serait-ce que les six prochains mois, ceux qui paraissent à nombre d’entre nous un peu «tristounes» en raison du froid intense et de l’ensoleillement déclinant de l’hiver québécois.

L’idée n’est pas si farfelue que ça. Laissez-moi vous en convaincre de ce pas…

Les Îles Canaries, au large de l’Espagne, viennent de lancer une campagne publicitaire à l’attention des télétravailleurs du monde entier, son objectif étant d’inciter ces derniers à venir travailler «au soleil, à deux pas de la plage». L’idée est simple: les Îles Canaries vivent habituellement du tourisme - surtout des touristes allemands et britanniques -, si bien que son économie est à terre depuis le début de la pandémie; d’où sa nécessité de trouver de nouvelles sources de revenus étrangers, et donc sa nouvelle politique d’attraction de «télétravailleurs hautement qualifiés et rémunérés», dont les employeurs sont ouverts au travail à distance sur la durée, «à l’image de Google, Facebook et autres Twitter», qui ne voient aucun problème à ce que leurs employés soient 100% en télétravail.

Les Îles Canaries sont parfaitement connectées à Internet et disposent de toutes les infrastructures nécessaires pour des travailleurs étrangers qui resteraient là plusieurs mois, voire une année entière. Elles espèrent que la campagne d’un budget de 500.000 euros (775.000 dollars) leur permettra de séduire 30.000 télétravailleurs venus du monde entier. Et elles y soulignent que le risque de contracter le nouveau coronavirus est «minime»: les Canaries ont le taux de contamination le plus bas d’Espagne, celui-ci étant de 37 nouveaux cas pour 100.000 habitants sur 14 jours, alors que le taux moyen à l’échelle de l’Espagne est de 236.

Il y a aux Canaries quelque 90 espaces de coworking, selon les estimations de l’Association des espaces collaboratifs des Canaries (ACEC). Ceux-ci disposent en moyenne de 20 places accessibles en temps de pandémie. À cela s’ajoute le fait que le taux d’occupation actuel des hôtels des Îles n’est que d’environ 10%, d’après les données de Promotur. Par conséquent, il est parfaitement possible de partir travailler aux Canaries du jour au lendemain, ou presque; les Îles n’attendent que vous!

Bon. Peut-être que les Canaries ne vous tentent pas. Pas de problème, d’autres contrées rivalisent aujourd’hui d’ingéniosité pour attirer à elles les télétravailleurs du monde entier. En voici trois exemples concrets:

> Grèce. Dès janvier 2021, le gouvernement grec exonérera d’impôts les télétravailleurs étrangers sur la moitié de leur salaire. Une loi en ce sens doit être bientôt présentée au Parlement. Le message ainsi envoyé se veut on ne peut plus clair: «En plus du soleil, la Grèce peut proposer des incitations fiscales».

> La Barbade. L’île située au beau milieu de la mer des Caraïbes a lancé en juillet le programme «Welcome Stamp», qui consiste à offrir un visa spécifique aux télétravailleurs étrangers, qui leur permet de rester sur place pendant une année. L’objectif est le même que celui des Canaries: pallier le manque de touristes, un manque criant, pour ne pas dire dramatique pour l’économie locale, plus aucun touriste n’ayant été officiellement enregistré en avril, mai et juin 2020.

> Estonie. Depuis le 1er août, l’Estonie propose un «visa de nomade numérique», lequel permet de télétravailler sur place pendant douze mois. Cette opération vise, bien entendu, à attirer des télétravailleurs chez elle, mais surtout à populariser davantage son programme de citoyenneté numérique, l’e-residency. Il s’agit d’offrir la possibilité à n’importe quel entrepreneur du monde entier d’acquérir une identité numérique officielle afin de pouvoir légalement créer une entreprise en Estonie; et ce, sans que ça veuille dire pour autant avoir la citoyenneté estonienne, ni la résidence fiscale en Estonie.

De fait, la simple possession du statut d’e-résident permet de fonder sa petite entreprise et de la gérer à distance. Les seuls déplacements en Estonie qui peuvent se révéler nécessaires concernent le retrait de sa carte d’e-résident (mais cela peut se faire depuis une ambassade estonienne), voire un rendez-vous physique à la capitale Tallinn pour ouvrir un compte en banque.

Autrement dit, si des télétravailleurs viennent vivre plusieurs mois en Estonie, l’envie peut leur prendre d’en profiter pour devenir également e-residents, et de lancer leurs propres start-ups dont l’implantation officielle se trouverait dans ce petit pays balte.

Voilà. Des pays se plient en quatre pour séduire les télétravailleurs du monde entier. Saurez-vous résister à ces chants envoûteurs? Hum… Je vous entends d’ici penser très fort: «OK. C’est bien beau, tout ça. Ça me tente en diable, mais jamais mon employeur ne voudra entendre parler d’un séjour de six mois aux Barbades avec ma petite famille! Ça, c’est sûr et certain.»

OK. Alors, j’ai un chiffre pour vous, un seul, imparable (vous savez, un de ces chiffres qui parlent tant aux employeurs, en tout cas à ceux qui pensent en format Excel…): la productivité des télétravailleurs à l’étranger est supérieure d’en moyenne de 4,4% à celle de ceux qui télétravaillent à la maison (ou en espace de coworking, etc.), selon une récente étude pilotée par Prithwiraj Choudhury, professeur de management à la Harvard Business School, à Cambridge (États-Unis). Et ce, sans que cela ne se traduise par une surcharge de travail «significative» pour les collègues (en effet, la «mauvaise communication» qui peut se produire lorsqu’on communique à distance les uns des autres peut souvent amener celui qui est loin à livrer un travail qui ne correspond pas à 100% aux attentes, et au lieu de le lui renvoyer, les collègues préfèrent se charger eux-mêmes de boucler le travail comme il aurait dû l’être…).

Ça n’a l’air de rien, mais une productivité supérieure de 4,4%, c’est considérable. Imaginez que cela concerne des ventes: à votre avis, quel n’est pas le vendeur qui, aujourd’hui, n’aimerait pas voir ses ventes progresser d’un coup de près de 5%? Vous voyez…

À présent, à vous de jouer, si jamais vous avez envie de travailler cet hiver avec du sable entre les orteils!

En passant, l’écrivain kényan Ngugi wa Thiong’o a dit dans Enfant, ne pleure pas: «Le soleil brille toujours après une nuit sombre».

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À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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