Oui, les milléniaux vont révolutionner le travail!

Publié le 16/05/2016 à 07:23

Oui, les milléniaux vont révolutionner le travail!

Publié le 16/05/2016 à 07:23

Les milléniaux ne roulent pas pour l'argent, mais pour l'épanouissement... Photo: DR

Je donnais la semaine dernière une conférence à la Journée RH en Beauce, ce qui m'a donné l'occasion de noter à quel point nombre d'employeurs peinaient à travailler avec la relève, à savoir ces jeunes qui arrivent sur le marché de l'emploi et qui, selon les dires de certains, «n'envoient aucun signe de vouloir, un jour, donner leur 110%». Le désespoir était palpable : «J'ai même fini par appeler les parents de ce nouvel employé parce qu'il avait téléphoné, un matin, pour dire qu'il ne viendrait pas au travail ce jour-là parce qu'il "n'arrivait pas à se lever"!», a même lancé un participant.


C'est clair, le courant ne passe pas entre les employeurs - la plupart du temps, des baby-boomers - et les jeunes employés - ceux qu'on présente sous le terme générique des milléniaux, pour parler des personnes nées entre 1980 et 1996. Et ce, parce que la communication ne passe pas.


Comment remédier à la situation? En trouvant le moyen d'établir une communication entre les différentes générations oeuvrant au sein d'une même organisation. Et donc, de se comprendre les uns et les autres.


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La bonne nouvelle du jour, c'est que j'ai mis la main sur une étude toute fraîche du cabinet-conseil Gallup sur le sujet, intitulée How millennials want to work and live. Une étude riche en enseignements, même si elle concerne directement les États-Unis. Une étude dont je vais me faire un plaisir de partager avec vous les principaux faits saillants, car ceux-ci peuvent bel et bien favoriser une meilleure intégration des milléniaux au sein de votre équipe, j'en suis convaincu.


En guise de préambule, voici la conclusion que tire Jim Clifton, le pdg de Gallup, de cette étude-là : «Les gens demandent souvent à Gallup : "Les milléniaux sont-ils vraiment différents?" La réponse est claire et nette : "Oui, profondément". Les milléniaux vont changer le monde. Et ce, encore plus que toutes les autres générations ne l'ont fait avant eux».


Et M. Clifton d'enfoncer le clou : «Le milléniaux vont bel et bien changer l'âme du monde. C'est pourquoi il nous faut l'anticiper au plus vite». Ni plus ni moins.


Comment anticiper, donc? C'est ce que nous allons voir ensemble...


Pour débuter, quelques données frappantes issues de l'étude de Gallup, révélatrices de la révolution annoncée :


> Seulement 1 sur 3 est engagé. Tout juste 29% des milléniaux se disent aujourd'hui engagés dans leur travail. C'est-à-dire connectés par leurs pensées et par leurs actions à ce qu'ils font au quotidien au travail. À noter que ce pourcentage est le plus bas, toutes générations confondues.


> Un feedback insuffisant. Seulement 21% des milléniaux ont un entretien hebdomadaire avec leur boss immédiat, alors que pour eux il est primordial d'avoir un feedback constant et constructif au travail. Ce qui nuit gravement à leur engagement, selon leur propre aveu. 


> Un taux de roulement extrême. 21% des milléniaux ont changé d'emploi au cours des 12 derniers mois. Ce qui correspond à un pourcentage trois fois supérieur aux autres générations. Ce taux de roulement extrêmement élevé représente un coût annuel de 30,5 milliards de dollars américains à l'économie des États-Unis, d'après les estimations de Gallup.


Les experts de Gallup ont creusé davantage dans les résultats de leur sondage, ce qui leur a permis de déterminer que le leadership en vigueur dans la plupart des entreprises devait entamer six mutations afin d'attirer et de retenir les jeunes talents d'aujourd'hui et de demain. Et donc, afin de perdurer, tout bonnement. Les voici explicitées :


1. Les milléniaux ne travaillent pas pour l'argent, mais pour faire oeuvre utile


À leurs yeux, tout travail doit avant tout avoir du sens. Il doit contribuer à des avancées, voire à des progrès, pour l'écosystème dans lequel ils évoluent. C'est pourquoi ils tiennent à travailler pour des entreprises qui ont pour ambition de changer les choses, pour ne pas dire le monde.


«On peut dire que cette approche-là du travail va à l'encontre de celle des baby-boomers, qui ne travaillaient que pour leur paie bi-mensuelle, ne cherchant à faire oeuvre utile que dans leur famille ou leur communauté, à savoir en-dehors du travail», indique l'étude de Gallup.


Bien entendu, les milléniaux ne sont pas prêts pour autant à travailler pour une bouchée de pain. Ils entendent que leur rémunération soit «juste», mais sans en faire une priorité. «L'argent était jusqu'à présent le moteur de l'engagement et de la performance, mais ce n'est plus le cas à présent. Il convient donc de modifier la culture d'entreprise en ce sens», ajoute-t-elle.


2. Les milléniaux ne cherchent pas le fun au travail, mais l'épanouissement


Il y a quelques années, la grande mode des entreprises qui voulaient passer pour branchées consistait à s'équiper de tables de ping-pong, de machines à café latte, ou encore de cafétérias bios. Car elles croyaient attirer ainsi les jeunes talents, qui, d'après elles, ne cherchaient qu'à avoir du fun au travail. Erreur!


Oui, une grave erreur, car les milléniaux, en vérité, ne cherchent pas à avoir du fun au travail. Non, ce qu'ils souhaitent avant tout, c'est l'épanouissement professionnel comme personnel. «Leur donner des jouets et des gadgets électroniques est une grossière erreur de management, d'autant plus que celle-ci trahit une certaine condescendance de la haute-direction à leur égard, puisqu'elle les considère finalement comme de grands enfants», souligne même l'étude de Gallup.


Et d'ajouter : «La clé, c'est de miser plutôt sur le sens du travail à effectuer et sur l'épanouissement qu'il permet».


3. Les milléniaux ne veulent pas d'un boss, mais d'un coach


Le style classique du boss qui commande et contrôle, c'était peut-être bon pour le 20e siècle. Mais ça ne l'est plus du tout en ce début de 21e siècle.


«Les milléniaux souhaitent avoir non pas un boss, mais un coach. Quelqu'un qui les comprenne, qui les soutienne et qui les conseille. Quelqu'un capable de leur faire déployer leurs talents dans le cadre du travail», notent les experts de Gallup.


4. Les milléniaux ne veulent pas une évaluation de performance annuelle, mais un feedback constant


Ayant grandi au même rythme que le Web et les médias sociaux, les milléniaux ont pris l'habitude d'une communication directe et immédiate. Et c'est tout naturellement qu'ils s'attendent à la même chose au travail. D'où leur effarement quand on leur parle d'évaluation de performance annuelle : pour eux, il convient de communiquer de manière directe et immédiate, tout le temps.


«Les entreprises doivent par conséquent se faire à l'idée que les classiques évaluations de performance sont devenues obsolètes. Et agir en conséquence», dit l'étude.


5. Les milléniaux ne veulent pas combler leurs lacunes, mais déployer leurs talents


À travers différents études, Gallup a mis au jour le fait qu'il est extrêmement rare qu'une lacune se transformer, un beau jour, en force, et qu'en revanche une force peut, elle, s'accroître presque indéfiniment. Et il semble que les milléniaux l'aient d'ores et déjà saisi, si bien qu'ils font une priorité la possibilité de déployer leurs talents propres au travail lorsqu'ils cherchent un employeur.


«Les entreprises ne doivent pas ignorer les lacunes des candidats à un poste qu'ils rencontrent. Mais il leur faut les minimiser par rapport aux forces et au potentiel de croissance de celles-ci. Car c'est là une carte maîtresse pour qui souhaite attirer et retenir les perles rares», recommande l'étude.


6. Les milléniaux ne veulent pas gagner leur vie, mais simplement la vivre


Quelles sont les questions que se posent les milléniaux lorsqu'il leur faut décider de postuler, ou pas, à un poste? Ceci : "Cette organisation saura-t-elle valoriser mes talents? Saura-t-elle juger ma contribution à sa juste valeur? Saura-t-elle me donner l'occasion d'exprimer le meilleur de moi-même, jour après jour?"


Autrement dit, les milléniaux n'abordent pas le travail comme «un moyen de gagner sa vie», mais plutôt comme «une façon de vivre». À leurs yeux, le travail fait partie intégrante de la vie, il n'y a donc pas de raison valable de se gâcher la vie pour la gagner. D'où la nécessité vitale pour les entreprises de comprendre qu'elles doivent devenir, si elles ne le sont pas déjà, un espace de vie. Oui, un écosystème où il fait bon vivre et grandir ensemble, en harmonie.


Voilà. En résumé, les six mutations managériales à amorcer sans tarder sont :


1. Passer de «ma paie» à «mon oeuvre»


2. Passer de «mon fun» à «mon épanouissement»


3. Passer de «mon boss» à «mon coach»


4. Passer de «mon évaluation de performance annuelle» à «mon feedback constant»


5. Passer de «mes lacunes» à «mes talents»


6. Passer de «ma job» à «ma vie»


Et si jamais vous y parvenez, le tour sera joué!


En passant, l'écrivaine québécoise Aki Shimazaki a dit dans Mitsuba : «Raisonnable ou non, la mutation fait partie de notre vie de salariés; il est normal de passer une certaine période difficile».


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À propos de ce blogue

EN TËTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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