Managers, et si vous appreniez à... vous taire!

Publié le 20/09/2016 à 06:49

Managers, et si vous appreniez à... vous taire!

Publié le 20/09/2016 à 06:49

L'intérêt de se taire? Ça permet aux autres de prendre la parole... Photo: DR

Avez-vous remarqué, comme moi, que, bien souvent, plus une personne occupe des fonctions de leadership élevées, plus elle a tendance à prendre la parole et à monopoliser la discussion. Peut-être parce qu'elle pense qu'il est important de partager avec les autres son expérience et ses talents, lesquels lui ont d'ailleurs permis d'arriver si haut dans la hiérarchie. Peut-être encore parce qu'elle est convaincue que c'est justement ce qu'attendent les autres de la part d'un vrai leader. Allez savoir...


Le hic? C'est qu'une telle attitude nuit à la bonne circulation des idées, et donc, à la réflexion commune. Ce qui peut mener à des catastrophes : par exemple, un employé, écrasé par la prestance de son boss, ne va pas oser partager avec les autres l'idée révolutionnaire qui lui est venue en tête, si bien que l'entreprise ratera l'innovation qui lui aurait permis de devancer tous ses concurrents; ou bien, un partenaire d'affaires peut finir par prendre la décision de ne pas signer d'entente avec l'entreprise, ne supportant pas ce vice-président qui prend la parole à tout bout de champ sans se soucier de ce que, lui, a à dire. Pensez-y bien, et vous verrez que les exemples réels sont à foison...


Bref, nombre de dirigeants d'entreprise gagneraient clairement à apprendre à se taire. Ne serait que pour mieux écouter ce que les autres ont à leur dire. D'ailleurs, le professeur de management à l'Université McGill Henry Mintzberg lui-même en a fait une loi, celle du 50-50, qui stipule que «tout dirigeant qui entre dans une discussion (en face-à-face, en réunion à plusieurs, etc.) se doit de parler tout autant qu'elle écoute», sans quoi elle ne retirera jamais rien d'intéressant de ses rencontres avec autrui.


Bien. Mais comment arriver à se taire concrètement, surtout lorsqu'on a la sensation que les autres attendent justement de soi qu'on prenne les choses en mains, en particulier la discussion? Eh bien, je pense avoir trouvé une astuce fort pertinente à ce sujet pour vous. Si, si...


C'est en farfouinant dans des piles de livres d'occasion que j'ai récemment mis la main sur un livre qui a tout de suite attiré mon attention : L'Art de se taire (Éditions Jérôme Millon, 1996), de l'abbé Dinouart. Il s'agit d'un opuscule rédigé au XVIIIe siècle par un prêtre du diocèse d'Amiens, en France, qui aimait à défrayer la chronique : son texte intitulé Le Triomphe du sexe, paru en 1749, lui avait valu de sacrés problèmes avec sa hiérarchie car il démontrait sinon la supériorité des femmes sur les hommes, à tout le moins leur égalité.


Que trouve-t-on dans L'Art de se taire? Rien de moins que des conseils pratiques et des réflexions mûrement raisonnées visant à permettre à chacun de «briller, à l'occasion, par son silence». C'est que, d'après l'abbé Dinouart, «le premier degré de la sagesse est de savoir se taire; le second, de savoir parler peu, et de se modérer dans le discours; le troisième, de savoir beaucoup parler, sans parler mal et sans trop parler».


Regardons tout ça ensemble, à travers le passage intitulé Principes nécessaires pour se taire; à noter que j'ai conservé la formulation originale, qui peut paraître un peu complexe à la première lecture (on n'écrit plus de la sorte, de nos jours), d'où mon conseil : lisez chaque phrase deux fois de suite, vous la saisirez alors aisément.


Prêts? C'est parti...


1. On ne doit cesser de se taire, dit l'abbé Dinouart, que lorsqu'on a quelque chose à dire qui vaut mieux que le silence.


2. Il y a un temps pour se taire, comme il y a un temps pour parler.


3. Le temps de se taire doit être le premier dans l'ordre; et on ne sait jamais bien parler, qu'on n'ait appris auparavant à se taire.


4. Il n'y a pas moins de faiblesse, ou d'imprudence, à se taire, quand on est obligé de parler, qu'il y a de légèreté et d'indiscrétion à parler, quand on doit se taire.


5. Il est certain qu' à prendre les choses en général, on risque moins à se taire qu'à parler.


6. Jamais l'homme ne se possède plus que dans le silence : hors de là, il semble se répandre, pour ainsi dire, hors de lui-même, et se dissiper par le discours, de sorte qu'il est moins à soi qu'aux autres.


7. Quand on a une chose importante à dire, on doit y faire une attention particulière : il faut se la dire à soi-même, et après cette précaution, se la redire, de crainte qu'on ait sujet à se repentir, lorsqu'on n'est plus maître de retenir ce qu'on a à déclarer.


8. S'il s'agit de garder un secret, on ne peut trop se taire; le silence est alors une des choses dans lesquelles il n'y a point ordinairement d'excès à craindre.


9. La réserve nécessaire pour bien garder le silence dans la conduite ordinaire de la vie n'est pas une moindre vertu que l'habileté et l'application à bien parler; et il n'y a pas plus de mérite à expliquer ce qu'on sait qu'à se taire sur ce qu'on ignore. Le silence du sage vaut quelquefois mieux que le raisonnement du philosophe; le silence du premier est une leçon pour les impertinents, et une correction pour les coupables.


10. Le silence tient quelquefois lieu de sagesse à un homme borné, et de capacité à un ignorant.


11. On est naturellement porté à croire qu'un homme qui parle très peu n'est pas un grand génie, et qu'un autre qui parle trop est un homme étourdi, ou un fou. Il vaut mieux passer pour ne point être un génie du premier ordre, en demeurant souvent dans le silence, que pour un fou, en s'abandonnant à la démangeaison de trop parler.


12. Le caractère propre d'un homme courageux est de parler peu, et de faire de grandes actions. Le caractère d'un homme de bon sens est de parler peu, et de dire toujours des choses raisonnables.


13. Quelque penchant qu'on ait au silence, on doit toujours se méfier de soi-même; et si on avait trop de passion pour dire une chose, ce serait souvent un motif suffisant pour se déterminer à ne plus la dire.


14. Le silence est nécessaire en beaucoup d'occasions, mais il faut toujours être sincère; on peut retenir quelques pensées, mais on ne doit en déguiser aucune. Il y a des façons de se taire, sans fermer son coeur; d'être discret, sans être sombre et taciturne; de cacher quelques vérités, sans les couvrir de mensonges.


Voilà. Tels sont les 14 conseils et réflexions de l'abbé Dinouart à propos du silence et de ses vertus. J'imagine que vous êtes maintenant convaincus des bienfaits de savoir maîtriser l'art du silence, et donc, disposés à en faire l'expérience dès cette semaine, disons, par exemple, lors de la prochaine réunion d'équipe. Chiche? Go!


En passant, l'écrivain français Honoré de Balzac aimait à lancer : «Quoi de plus complet que le silence?»


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À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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