Les jobs plates, ça n'existe pas!

Publié le 09/09/2019 à 06:06

Les jobs plates, ça n'existe pas!

Publié le 09/09/2019 à 06:06

Votre quotidien est brun? Il suffit d'un rien pour tout changer! (Ph: Davidsonluna/Unsplash)

BLOGUE. Savez-vous qui a fait la une de l’édition du 28 août de l’hebdo estrien Le Reflet du lac? En avez-vous la moindre idée? Je vous le donne dans le mille : Mario Tremblay.

Qui ça? Le signaleur Mario Tremblay, lui-même, en personne, avec son sourire jusqu’aux oreilles, ses bras tatoués en l’air en signe de victoire et son flamboyant gilet jaune. Oui, la star de Magog depuis qu’est devenue virale une courte vidéo tournée cet été par un automobiliste qui le montre en train de danser et de s’amuser comme un fou tandis qu’il travaille, c’est-à-dire pendant qu’il régule la circulation sur un chantier routier.

«J’ai toujours aimé faire rire le monde, a confié à l’hebdo le Magogois de 55 ans qui œuvre pour l’entreprise Signalisation des Cantons. Quand je leur dis qu’ils sont chanceux d’attendre et que je me mets à danser, les gens rient, ils trouvent ça drôle.»

Et d’ajouter : «Il y en a même qui descendent de voiture pour venir danser avec moi! Ça m’est récemment arrivé sur le chemin de Georgeville.»

Sa philosophie est on ne peut plus simple : «Le jour où je vais me lever à reculons pour aller travailler, je vais arrêter», a-t-il dit, en soulignant que «[sa] priorité est la sécurité des gens» et que «faire le fou de temps en temps ne [l]’empêche pas de bien faire [sa] job».

En découvrant cette histoire fantastique, une réflexion m’est venue : au fond, les jobs plates n’existent pas! On pourrait croire qu’il n’y a rien de plus mortel que de tenir un panneau «Arrêt» sur le bord de la route, la journée longue, beau temps mauvais temps, tout en subissant le sempiternel regard noir des automobilistes. Et pourtant, le signaleur a su en faire une source de joie contagieuse. Grâce à ses quelques pas de danse, il s’amuse et parvient à amuser les autres. Grâce à son astuce aussi simple que géniale, il transforme l’ennui en bonheur. Ni plus ni moins.

Mario Tremblay est-il l’exception qui confirme la règle? Non, j’en veux pour preuve un autre signaleur pris de frénésie ondulatoire sur son lieu de travail, Kyran ‘The Tarmac Dancer’ Ashford, devenu une célébrité planétaire en 2017 grâce à sa performance jubilatoire sur le tarmac de l’aéroport international de Rochester, dans l’État de New York. Souvenez-vous:

La question saute aux yeux : est-il vraiment si bon que ça de chercher le moyen d’avoir du fun dans son quotidien au travail, surtout lorsque celui-ci exige une grande vigilance, la sécurité des clients étant en jeu? N’est-ce pas là quelque chose de dangereux, la moindre erreur risquant, au minimum, de nous faire perdre notre emploi?

La réponse est, en vérité, évidente : non, mille fois non, il n’y a là rien de périlleux. Mieux vaut avoir du fun dans son travail que de s’y ennuyer à mourir, car c’est justement lorsqu’on décroche de ce qu’on fait que surviennent de «fâcheux accidents» : les «négligences» catastrophiques, voire fatales, se produisent quand on a la tête ailleurs qu’à son travail, pas lorsqu’on s’investit à 110% dedans, en éprouvant une joie folle à donner le meilleur de soi-même.

Les études abondent en ce sens :

– Engagement. Les professeures de management à l’Université d’Auckland (Nouvelle-Zélande) Barbara Plester et Ann Hutchison ont noté grâce à l’étude intitulée «Fun times : The relationship between fun and engagement» que plus un employé a de bonheur dans son quotidien au travail, plus il est engagé dans ses tâches.

– Productivité. Daniel Sgroi, professeur d’économie de l’Université de Warwick (Grande-Bretagne), a relevé dans son étude «Happiness and productivity : Understanding the happy-productive worker» que les employés qui avaient du fun au travail se montraient plus productifs que les autres d’en général 20%. Ce qui est phénoménal puisque, d’un point de vue économique, tout gain en productivité supérieur à 3% est perçu comme «considérable».

– Créativité. Dans sa thèse de doctorat titrée «Playing at work : Organizational play as a facilitator of creativity» présentée à l’Université de Lund (Suède), Samuel West a mis au jour le fait qu’avoir du fun au travail était un élément déterminant de la créativité dont pouvaient faire preuve les employés dans le cadre de leur travail. Autrement dit, plus on a de fun dans sa job, plus on se montre créatif, et donc plus on peut apporter une contribution positive à l’écosystème professionnel dans lequel on évolue.

Voilà. Ayez désormais le maximum de fun possible dans votre quotidien au travail, et vous verrez vos joie et efficacité boostées d’un seul coup! Et ce, surtout si vous considérez que ce qui vous est demandé d’accomplir est plate, terriblement plate, pathétiquement plate. Oui, n’hésitez pas à embellir votre vie professionnelle, à la pimenter d’une pincée d’humour. Car ça changera votre vie et celle de ceux qui vous entourent, pour le meilleur, ça va de soi. C’est garanti.

En passant, l’écrivain français François Rabelais a dit dans Gargantua : «Rire est le propre de l’homme».

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À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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