Le bonheur en deux tatouages, selon Micael Dahlén

Publié le 11/02/2019 à 06:06

Le bonheur en deux tatouages, selon Micael Dahlén

Publié le 11/02/2019 à 06:06

Micael Dahlén est professeur à l'École d'économie de Stockholm. Photo: DR

Connaissez-vous Micael Dahlén? Non? Alors accordez-moi l’immense plaisir de vous le présenter…


En un mot, Micael Dahlén est un type incroyablement original! Barbu et chevelu à la Jésus, ce Suédois couvert de tatouages symboliques est professeur de marketing et d’économie comportementale à l’École d’économie de Stockholm. Il est aussi un conférencier réputé – aux sneakers colorés – que s’arrachent les congressistes du monde entier (Allemagne, Corée du Sud, Brésil,…). Et il est un auteur prolifique, tant d’essais pointus comme Creativity unlimited : Thinking inside the box for business innovation (2009) que de romans de science-fiction comme Life on Mars (2014).


Ce n’est pas tout. Micael Dahlén est une célébrité en Suède non seulement parce qu’il est détonnant, mais aussi parce qu’il est inspirant. Par exemple, tout le monde le connaît en raison du fait qu’il se maquille les ongles, toujours en noir. Autre exemple : il n’arrête pas de mettre sur sa page Instagram des stories hilarantes où il effectue ses exercices de musculation – ah oui, j’avais oublié de vous mentionner qu’il avait un corps de rêve – tout en… dévorant d’innombrables guimauves ou plusieurs cornets de crème glacée d’affilée! (L’idée est, ici, d’inciter les gens à faire régulièrement de l’exercice, tout en ayant comme lui du starkt kul, c’est-à-dire du gros fun.)


Pourquoi vous parler de ce type? D’une part, parce que j’ai une admiration sans bornes pour tout ce qu’il pense et fait (à mes yeux, il est un véritable génie). Et d’autre part, parce que je suis tombé sur le dernier numéro du magazine suédois Civil Ekonomen, dont il fait la Une.


Il se trouve en effet que l’article qui lui est consacré est carrément passionnant. Micael Dahlén y parle, entre autres, de son dangereux frôlement du burn-out, de sa subtile imperfection et de ses astuces pratiques pour être plus heureux dans la vie…


Vous me connaissez, j’ai aussitôt eu envie de partager l’essentiel de tout ça avec vous. Ce que je m’apprête à faire de ce pas, convaincu que je suis que cela vous permettra d'embellir votre quotidien, en particulier au travail. C’est parti, en deux points, chacun évoquant l’un de ses multiples tatouages!


1. «1=-i», pour dire «Fais ce que tu veux, pas ce que tu dois»


Sur l’un de ses avant-bras, il est tatoué une étrange équation : «1=-i». Qu’est-ce que ça signifie? «Que ce qui existe maintenant n’existait pas auparavant, n’était qu’immatériel, potentiel. Et donc, que ce qui était irréaliste – le mystérieux «-i» de l’équation – hier peut très bien devenir réel demain. Que la réalité n’est, au fond, que la simple concrétisation de ce qui paraissait irréel, voire utopique, jusqu’alors», explique Micael Dahlén.


On le voit bien, ce tatouage est l’expression d’un indéfectible optimisme dans la vie. Il évoque le fait que tout est toujours possible, en particulier le meilleur. Que la clé de notre bonheur réside avant tout dans notre imagination : si jamais nous parvenions à ne pas la brider, rien ne nous serait impossible.


D’où lui est venue l’idée de se faire tatouer cette équation? «Je ne me fais tatouer que des choses qui méritent d’être rappelées», dit-il à ce sujet. Autrement dit, il s’agit de la trace d’un tournant de sa vie, lequel est survenu il y a de cela quelques années…


C’est que Micael Dahlén, à force de voler de succès en succès, a fini par frapper un mur. Celui du burn-out.


Du jour au lendemain, il a senti qu’il se faisait dévorer par son agenda, que plus aucun instant de ses journées ne lui appartenait, qu’il ne faisait plus que courir le plus vite possible dans une roue de hamster. Il a pressenti le danger, et il a aussitôt demandé à son employeur la permission de prendre une «pause à durée indéterminée», sans attendre d’être contraint de prendre un congé maladie.


Le hic? L’École n’avait jamais prévu ce genre de «pause». «Il nous a alors fallu faire preuve de créativité pour trouver une solution qui convenait à tout le monde. Ce qui m’a fait comprendre que rien n’est impossible, si on le veut vraiment», dit-il.


Depuis, il n’inscrit plus jamais rien dans son agenda si l’activité en question ne passe pas un petit test : «Est-ce là vraiment ce que je veux?», se demande-t-il à chaque fois. Si la réponse est «oui», c’est bon; sinon, ça part aux oubliettes.


«J’ai compris qu’il était vital d’accomplir de plus en plus de choses qu’on veut faire et de moins en moins de choses qu’on doit faire», résume-t-il, en soulignant que «pour y parvenir, il suffit de se dire que, chaque jour qui passe, il convient de supprimer un «doit» de nos activités quotidiennes».


2. «70», pour dire «Mieux vaut l’imparfait que le plus-que-parfait»


Toujours sur l’un de ses avant-bras, on peut lire un «70». Son sens? C’est simple, il évoque le fait qu’il est préférable de donner son 70% plutôt que son 110%.


«Quoi que vous fassiez – que vous soyez un économiste ou un athlète de haut niveau –, vous pouvez sûrement atteindre les objectifs que vous visez en donnant 70% de vos capacités. Si jamais vous dépassez ce pourcentage, vous allez vous épuiser, vous allez griller vos forces et vos ressources pour un rendement qui, en vérité, ne sera pas optimal. Bref, au-delà de votre 70%, c’est du gaspillage», explique-t-il.


Et de poursuivre : «Bien entendu, en ne donnant jamais plus que son 70%, on bute sur un problème : on ne deviendra jamais le champion toutes catégories dans notre domaine de prédilection, dit-il. Ce qui est embêtant. Mais minute : certes, le champion du monde doit donner son 110% pour atteindre et demeurer au sommet, mais dîtes-vous bien qu’il n’y a qu’un seul champion du monde sur la planète, et qu’il se pourrait fort bien qu’en donnant votre 110%, un ou plusieurs autres vous surclassent tout de même, que vous ne deveniez jamais le champion du monde. D’où ma question : croyez-vous vraiment que ça vaut le coup de tenter votre chance en donnant malgré tout votre 110%? Moi, je connais la réponse à cette interrogation…»


Un dernier problème, avec cette histoire de 70% : cela ne va-t-il pas finir par paraître au travail que nous ne fournissons «que» notre 70%? Et cela ne va-t-il pas finir par se retourner contre nous-mêmes?


D’après Micael Dahlen, il s’agit là d’une inquiétude sans fondement. D’une part, le 70% est suffisant pour l’atteinte des buts visés, si bien que l’équipe et l’entreprise n’en seront nullement pénalisées. D’autre part, nous allons gagner en énergie puisque nous allons dès lors arrêter de nous «tuer à la tâche», vu que la perfection – le 110% – est énergivore tandis que l’imperfection – 70% – est, elle, énergisante.


Bon. Mais pourquoi le pourcentage de 70%, au juste? Parce que le professeur suédois, de par ses travaux, en est arrivé à la conclusion que lorsqu’on fournissait des efforts, l’idéal était de répartir ceux-ci selon un pourcentage précis : 70% de travail intense et 30% de travail relax.


Quoi? Du travail relax? N’est-ce pas là deux termes contradictoires? Eh bien, pas vraiment : quand on œuvre de manière relax, on le fait en prenant soin de récupérer, un peu comme un coureur cycliste qui demeure dans le peloton et pédale ainsi sans forcer, histoire de conserver l’énergie qu’il va lui falloir pour tenter, près de l’arrivée, une échappée.


Mieux, quand on travaille de manière relax, on a l’esprit léger, voire ludique. C’est d’ailleurs exactement ce qu’il fait lorsqu’il s’amuse, en fin d’entraînement au gym, à grignoter des guimauves à chaque traction à la barre haute. C’est là son fameux concept de starkt kul, dont il va d'ailleurs tirer un livre à paraître au printemps.


Voilà. Vous disposez à présent de trucs simples pour être davantage heureux et efficace dans votre quotidien au travail. À vous d’en faire bon usage dès que possible!


En passant, Micael Dahlén aime à dire, en anglais : «If it’s work, it won’t work!», ce qu’on peut grosso modo traduire par «Si c’est du travail, ça ne le fera pas!»


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À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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