La gentillesse, un vilain défaut au travail?

Publié le 27/05/2019 à 06:09

La gentillesse, un vilain défaut au travail?

Publié le 27/05/2019 à 06:09

Trop de gentillesse peut curieusement nuire... (Photo: Brooke Cagle/Unsplash)

Au travail, vous arrive-t-il de dévoiler le fond de votre pensée ? De dire vraiment ce que vous pensez lorsque, par exemple, quelqu’un partage son idée en réunion, une idée qui va à l’encontre de la vôtre ? Ou encore, lorsque quelque chose vous préoccupe à propos d’un dossier important aux yeux du boss ?

Cela vous arrive-t-il souvent ? Parfois ? Jamais ? Hum… Vous voulez la vérité ? OK, je peux vous dire que pour la majorité d’entre nous, la réponse est «Jamais». C’est qu’un sondage mené en Amérique du Nord par le cabinet-conseil en management Fierce Conversations vient de mettre au jour le fait que 63% des salariés – sans distinction de sexe, ni d’ancienneté – choisissent alors… de se taire. À aucun prix ils ne sont prêts à «partager leurs commentaires» ou à «émettre un commentaire négatif» dans leur quotidien au travail.

Pourquoi ça ? Parce qu’ils craignent surtout de passer pour un «belliqueux», si ce n’est pour quelqu’un de «peu coopératif», voire pour un «fauteur de trouble». Oui, parce qu’ils ont peur que ce genre d’attitude ne nuise à leur image professionnelle, le risque étant d’être perçu négativement par les autres.

C’est bien simple, 80% des salariés considèrent qu’il est crucial d’être bien vu de ses collègues, et en revanche seulement 5% estiment que, peu importe l’impact sur leur image professionnelle, la priorité est d’être authentique au travail. Autrement dit, la grande majorité des employés préfèrent effacer leur personnalité au travail ; et ce, pour trois raisons principales :

– Agréabilité. Il est plus agréable de travailler en équipe lorsque tout le monde s’entend bien, et donc quand aucune chicane n’éclate.

– Fluidité. Au quotidien, le travail se déroule plus facilement quand aucune prise de bec ne se produit.

– Carrière. Il est toujours bénéfique d’être perçu comme quelqu’un avec qui il est facile de travailler; cela peut contribuer à l’obtention de dossiers intéressants, voire d’une promotion.

«Le hic ? C’est que trop d’organisations souffrent d’une «culture de gentillesse», à savoir d’une ambiance de travail où les gens ont peur de parler ouvertement, de confronter leurs idées originales à celles des autres, de faire chavirer le bateau à force de contester le statu quo. Ce qui, en vérité, nuit plus qu’autre chose à l’organisation : les idées novatrices sont tues, les prises d’initiative sont avortées, les avancées potentielles sont bloquées. À la clé, certains employés peuvent voir leur santé mentale affectée, sans parler des répercussions directes et indirectes de tout cela sur le chiffre d’affaires de l’organisation», dit Stacey Engle, la présidente de Fierce.

À votre avis, quand est-il le plus complexe d’être authentique au travail ? Le sondage indique que les employés s’effacent surtout lors:

– Des réunions 1 :1, qu’elles se produisent avec leur boss immédiat, un autre boss, ou encore certains collègues.

– Des réunions d’équipe.

«Le fait que les employés hésitent à s'exprimer dans les situations qui sont justement censées faire ressortir des idées neuves est on ne peut plus préoccupant pour les employeurs. Il est clair qu’il leur faut rapidement corriger le tir, et donc rendre plus fluides les échanges d’informations et d’idées au sein de leurs organisations», souligne Mme Engle.

Convient-il par conséquent d’entrer en guerre contre la gentillesse ? D’inciter chacun à se montrer un peu plus direct qu’à l’habitude, pour ne pas dire un peu plus «brutal» dans ses interventions ? Non, bien sûr que non.

«Être gentil avec ses collègues est une bonne chose, et même une nécessité, ça va de soi, dit la présidente de Fierce. Cela étant, si la gentillesse prend le pas sur tout le reste, le succès de l’organisation va en être irrémédiablement entravé. Ce qu’il faut, c’est réussir à établir une culture d’échanges à la fois courtois et constructifs, où chacun peut se montrer authentique tant qu’il se montre respectueux d’autrui : on peut discuter d’une idée, pas d’une personne.»

Voici, pour vous, les conseils pratiques des experts de Fierce pour y parvenir :

– Liberté de parole. Il faut autoriser – et même encourager – chacun à exprimer le fond de sa pensée, tant que cela ne concerne pas une personne. Chacun doit se sentir libre de parole, sans craindre d’être jugé, ou pis, d’être sanctionné pour ses idées.

– Modèles. Il faut que les leaders montrent l’exemple, en exprimant librement leurs propres idées et en invitant les autres à les discuter de manière courtoise et constructive. Et, dans la mesure du possible, ils doivent tenir compte des commentaires ainsi obtenus.

– Nouvelle habitude. Il faut que les leaders prennent l’habitude d’inviter chacun à prendre la parole avant qu’eux-mêmes ne la prennent, histoire de ne pas influencer les réflexions des uns et des autres. Car cela ôte la crainte de passer pour un contestataire, si jamais l’employé émet une suggestion contraire à celle que le leader a en tête.

«L’idée, c’est de promouvoir un environnement de collaboration et de transformer les réunions en occasions en or de réfléchir tous ensemble. C’est de se réjouir chaque fois que l’on parvient à récolter de nombreux points de vue, que toutes les voix se sont fait entendre, que des idées franchement neuves ont été générées», dit Mme Engle, en soulignant que c’est comme ça qu’une organisation peut «gagner en engagement, en talent et en productivité».

Dont acte.

En passant, l’écrivain suisse Henri-Frédéric Amiel a dit dans ses Fragments d’un journal intime : «La gentillesse, c’est l’art de plaire, sans prétention ni coquetterie».

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À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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