L'étrange mécanisme de la procrastination enfin dévoilé!

Publié le 02/03/2017 à 06:06

L'étrange mécanisme de la procrastination enfin dévoilé!

Publié le 02/03/2017 à 06:06

Certains y sont plus propices que d'autres... Photo: DR

La procrastination. Ce syndrome dont nous souffrons tous, à différents degrés. Oui, cette fâcheuse manie qui nous amène à repousser dans le temps l'accomplissement de tâches aussi rebutantes qu'importantes, et donc, à flirter avec le danger, sans en avoir l'air. D'où provient-elle, au juste?

C'est qu'il est a priori totalement illogique de se mettre ainsi en péril, en particulier sur le plan professionnel : qu'est-ce qui fait, par exemple, que l'on ne rappelle pas un client important, alors qu'il attend notre coup de fil depuis déjà 24 heures? qu'est-ce qui fait, encore, que l'on ne boucle pas ce dossier vital que notre boss attend depuis déjà une semaine? Mystère, n'est-ce pas?

Eh bien, j'ai une grande nouvelle à vous annoncer à ce sujet. Il semble en effet qu'un large pan du mystérieux voile ait été récemment levé; et ce, par les auteurs d'une étude intitulée Procrastination and impatience : Ernesto Reuben, professeur d'économie à l'Université de New York à Abou Dabi (Émirats arabes unis); Paola Sapienza, professeure de finance à l'École de management Kellogg à Evanston (États-Unis); et Luigi Zingales, professeur de finance et d'entrepreneuriat à l'École de commerce Booth à Chicago (États-Unis). Regardons ça ensemble...

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Les trois chercheurs se sont demandé s'il y avait le moindre lien entre la procrastination et l'impatience. Pour s'en faire une idée, ils ont invité toute une cohorte d'étudiants en MBA de l'Université de Chicago à participer à trois petites expériences. Le principe de chacune d'elles était simple : évaluer tout d'abord le degré d'impatience de chacun des participants, puis leur demander d'accomplir différentes tâches propices à la procrastination; soit :

– Jouer à un jeu vidéo. Chacun devait jouer à un jeu vidéo en ligne d'une durée d'environ 20 minutes, d'ici les quatre semaines à venir. Et ce, sachant que chaque semaine était effectué un tirage au sort parmi ceux qui avaient déjà accompli cette tâche, un tirage qui permettait de gagner des prix intéressants aux yeux des participants.

– S'inscrire au MBA. Les trois chercheurs ont considéré la date d'inscription de chacun des étudiants. Et ce, sachant que plus on s'inscrivait tôt dans la période d'inscription, moins ça coûtait cher.

– Répondre à un questionnaire. Chacun devait répondre à un questionnaire avant une date limite. Et ce, sachant qu'il n'y avait guère de pénalité si jamais le deadline était dépassé.

Résultat? Tenez-vous bien :

> Un lien étroit. Plus un participant était impatient de nature et plus le coût lié à la procrastination était élevé, plus il se mettait à procrastiner. Et inversement.

Autrement dit, si vous êtes quelqu'un d'impatient dans la vie et si la tâche qui vous rebute peut avoir de lourdes conséquences si jamais ele n'est pas accomplie à temps, alors il y a toutes les chances que vous vous mettiez à procrastiner! À noter un point important : si jamais la tâche qui vous rebute ne prête guère à conséquences, alors les chances sont nettement moindres que vous vous mettiez à procrastiner : vous vous y mettrez à temps, même si c'est à contrecoeur.

Ce n'est pas tout! Les trois chercheurs ont effectué une autre mesure, à l'insu des participants. C'est que chacun était rémunéré pour sa participation à l'expérience, et la rémunération n'a pas été effectuée en liquide (comme c'est l'habitude), mais par chèque. Du coup, il était possible de voir quand il avait été encaissé. Et ce, sachant que la rémunération dépendait d'un choix exprimé par chaque participant :

 Soit le montant prévu, avec envoi immédiat du chèque par la poste.

 Soit un montant apprécié de manière aléatoire (allant de +2% à +12%), mais à condition de ne le toucher que deux semaines après sa date d'émission.

Ce qui leur a permis de découvrir ceci :

> Un comportement absurde. 58% de ceux qui ont opté pour le montant prévu – les impatients – se sont mis à procrastiner, attendant en général plus de deux semaines avant de déposer le chèque sur leur compte en banque. Pis, 31% d'entre eux ont même attendu plus de quatre semaines pour ce faire.

«Une large portion des participants a adopté un comportement absurde puisque, tant qu'à attendre, ils auraient aussi bien fait de choisir un chèque au montant apprécié : leur procrastination leur a fait perdre de l'argent, ce qui est ridicule», soulignent les trois chercheurs dans leur étude.

Bref, on peut très bien se mettre à procrastiner si jamais l'on est impatient et si l'on est convaincu que le "gain raté" à cause de notre procrastination nous semble relativement modeste.

Bien. Maintenant, que signifie tout ça? C'est assez simple, à mon avis :

> Avantage aux personnes patientes. Car leur nature profonde ne les pousse pas particulièrement à procrastiner.

> Désavantage aux personnes impatientes. Car leur nature profonde les incite fortement à procrastiner. Mais à ceci près que si – par chance – la procrastination ne prête guère à conséquence, dès lors elles s'attèleront à la tâche juste à temps, même si ce n'est pas de gaieté de coeur.

Que retenir de tout ça? Ceci, à mon avis :

> Qui se sait impatient dans la vie se doit de regarder d'un oeil neuf les tâches qui l'amènent souvent à procrastiner. Il lui faut considérer un point en particulier, à savoir les conséquences éventuelles de sa procrastination; et ce, en tentant de les minimiser le plus possible. Pourquoi? Parce que cela – aussi curieux que cela puisse paraître a priori – lui permettra de trouver le courage nécessaire pour enfin passer à l'action.

En passant, l'écrivain français Jean Anglade a dit dans Le Temps et la paille : «Les meilleurs choses ont besoin de patience».

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À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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