Et si vous travailliez comme vous cuisinez...

Publié le 21/04/2017 à 06:06

Et si vous travailliez comme vous cuisinez...

Publié le 21/04/2017 à 06:06

Une occasion en or de se révéler à soi-même... (Photo: DR)

J'ai une drôle de question pour vous, aujourd'hui : «Vous comportez-vous, en général, au travail comme dans votre vie privée?» Exemple : vous arrive-t-il de vous montrer autoritaire envers vos employés comme il vous arrive de vous montrer autoritaire envers vos enfants? Ou bien, cet autre exemple : feignez-vous d'être quelqu'un de cool avec vos collègues alors qu'en vérité vous mourrez d'envie de les brasser un peu, comme vous brassez vos proches quand ils ne se montrent pas à la hauteur de vos attentes? Réfléchissez-y bien, je suis sûr que cela va être une révélation pour vous : vous y verrez dès lors plus clair concernant le degré d'authenticité dont vous faites réellement preuve dans votre quotidien au travail...


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Maintenant, je vous invite à affiner votre réflexion et vous appuyant sur un extrait d'un livre fabuleux, qui m'a été envoyé par son auteure, Emmanuelle Turquet, une experte du développement personnel qui anime les ateliers «Papilles Créatives» : Dis-moi comment tu cuisines et je te dirai qui tu es! (Éditions Jouvence, 2016). L'idée est simple : l'acte de cuisiner est révélateur de la personnalité d'un individu, si bien qu'on peut en apprendre beaucoup sur soi au travail en analysant la façon dont on se comporte dans sa cuisine. Regardons ça ensemble, grâce à cet extrait tiré du chapitre «Vous êtes plutôt Top Chef ou Stop Chef?»...


«Émissions culinaires, téléréalités, starification des chefs... Force est de constater que la cuisine est aujourd'hui théâtralisée, pétrie de règles, d'enjeux, et souvent... anxiogène. Course à la performance et aux résultats, elle devient une source de stress, de compétition et de pression pour ceux qui la pratiquement comme pour ceux qui n'osent pas s'y adonner. Nous avons en effet trop souvent tendance à considérer la cuisine comme une perspective Top Chef, qui fait l'éloge du faire, comme un lieu où pression, performance et compétition règnent en maîtres.


«Si vous êtes Top Chef, ne culpabilisez pas... Tout est fait pour nous entraîner dans cette direction, comme dans la plupart des entreprises en somme, et avec les effets délétères qu'on connaît :


> Fragilisation. Une fragilisation de la personne sur le plan individuel et un réveil des peurs archaïques, comme la peur de mal faire ou de rater. Certains ne s'autorisent pas la liberté d'échouer en cuisinant, convaincus qu'ils n'ont pas le droit à l'erreur. La cuisine se charge ainsi d'enjeux (il faut que ce soit bon, mais aussi original, bien présenté, sain, local,...).


> Rivalités. Un développement des rivalités plutôt que la coopération : lieu d'expression de soi porté à son paroxysme où il ne s'agit pas tant de s'exprimer que d'exister, la cuisine peut devenir un espace où l'enjeu est de se montrer, de se mettre en scène et d'épater les autres.


«Et pourtant, cuisiner peut devenir libérateur si cette activité est vécue comme une occasion de ne plus être en mode urgence, de renoncer aux objectifs de performance et à la pression des résultats.


«C'est d'ailleurs ce à quoi invite le mouvement No Recipe (Sans Recette, en français) qui se développe aux États-Unis depuis quelques années. Se détacher des recettes permet, selon Marc Matsumoto, le chef à l'initiative de ce mouvement, «de se sentir plus libres, oui, plus libres de rater comme de réussir». Se libérer du perfectionnisme, faire avec ce qui est là sans être focalisé sur le résultat qu'on veut atteindre, voilà la clé de cette cuisine originale.


«C'est, quant à moi, ce que j'appelle l'état d'esprit Stop Chef, qui considère la cuisine comme un lieu où l'on peut juste être soi, sans esbrouffe, ni surenchère, un lieu où l'on peut s'autoriser à se lâcher lousse et dédramatiser les ratés, un lieu où l'on peut expérimenter. Car le simple fait d'enlever la pression du résultat final est salvateur pour les adultes pétris de responsabilités et d'obligations que nous sommes.


«Les facteurs clés de succès pour arriver à l'état d'esprit Stop Chef sont à la fois simples et éminemment complexes :


1. Apprendre à ralentir


«Transformer un aliment nécessite plusieurs étapes et s'inscrit dans un séquencement qui exhorte à faire preuve de patience, à respecter un certain rythme. La sélection puis la préparation des aliments, l'assemblage, la cuisson, le dressage des plats sont des activités cycliques, avec un début, un milieu et une fin ainsi qu'une durée (aussi courte et répétitive soit-elle). Tout cela nécessite de savoir se poser, pour ne pas dire s'apaiser.


«C'est que cuisiner consiste, au fond, à alterner des phases de travail nécessitant plus ou moins de concentration et d'attention, et des phases d'attente (pendant la cuisson notamment), propices à la détente et au relâchement. Il est d'ailleurs intéressant de noter à quel point ces phases «à ne rien faire» sont plus ou moins bien vécues par le cuisinier : certains ne peuvent s'empêcher de s'activer, d'enchaîner les activités ou de prendre de l'avance.


«Pratiquée sans objectif de résultat, la cuisine invite à ralentir, à accepter des phases de non-agir comme parties intégrantes du processus. À l'image d'un sportif qui alterne périodes d'entraînement et périodes de repos pour reconstituer son énergie.


«Bref, l'alternance travail/pause en cuisine agit comme une activité rituelle apaisante, et représente, donc, une source de bien-être et de ressourcement.


2. Faire taire son critique intérieur


«La démarche "Pourquoi pas?" permet de ne se fixer aucune limite a priori et d'enfin oser expérimenter. Exactement comme lorsque nous étions des bambins qui construisaient des cabanes dans le jardin, spontanément, avec les moyens du bord, en restant centrés sur le plaisir de faire. (...)


«Lorsqu'on fait ainsi taire son critique intérieur, on découvre avec émerveillement qu'on peut faire comme on veut en cuisine et qu'il est tout à fait possible de sortir de ses propres conditionnements et limitations, histoire d'explorer le champ des possibles de sa créativité. Et à la clé, la surprise de se surprendre soi-même! (...)


3. Accepter que tout n'est pas contrôlable


«La perfection n'existe pas, en tout cas pas pour le cuisinier amateur, celui qui n'en a pas fait son métier. De bout en bout, différents facteurs externes (qualité des produits, température de cuisson,...) peuvent influer sur le processus et, donc, sur le rendu final. Et ce, même si l'on a veillé à suivre scrupuleusement une recette.


«C'est que la cuisine ne se décrète pas. Elle s'expérimente. Elle procède par tâtonnements, suivant le mode essais/erreurs. Elle invite, donc, à accepter les aléas et à s'adapter au changement. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la cuisine – comme ailleurs, dans d'autres domaines de votre vie –, il est pertinent de lâcher prise avec vos petites habitudes, d'injecter du changement, d'oser de nouvelles façons de faire, plus ludiques, moins structurées, voire... décalées.»


Voilà. Emmanuelle Turquet termine ce passage par une suggestion fort intéressante, à mes yeux :


«En cuisine, faites à l'avenir de l'auto-observation. Mettez-vous en mode Stop Chef, lancez-vous dans une splendide improvisation culinaire, puis répondez honnêtement aux interrogations suivantes :


> Prenez-vous du plaisir à cuisiner de la sorte? Vous sentez-vous plus serein qu'à l'habitude? Plus apaisé? Décomplexé?


> Vous découvrez-vous une capacité à inventer et à créer? Êtes-vous satisfait du résultat? Comment votre entourage accueille-t-il votre nouvelle façon de cuisiner?


> Revenez mentalement sur la manière dont se sont déroulées les choses lorsque vous avez improvisé en cuisine. Quel a été l'impact de votre nouvelle façon de faire, étape par étape? Avez-vous ainsi gagné en efficacité?»


Fascinant, n'est-ce pas? D'autant plus que vous avez là la recette pour renouveler votre quotidien au travail : il suffit tout bonnement de remplacer le mot «cuisine» par celui de «travail», et le tout est joué! Essayez! Puis, dîtes-moi si votre quotidien a ainsi gagné en goût...


En passant, l'écrivaine britannique Elisabeth David a dit dans Cuisine paysanne française : «La bonne cuisine est honnête, sincère et simple».


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À propos de ce blogue

EN TËTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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